Audrey Crespo-Mara poursuivie après son documentaire Ardisson : ce que tout réalisateur doit savoir sur le droit à l'image

Réalisatrice examinant des documents juridiques et des photographies dans un bureau éditorial parisien
6 min de lecture 9 août 2026

Audrey Crespo-Mara n'est pas seulement la présentatrice star du 13 Heures de TF1 — avec 4,25 millions de téléspectateurs et 43,2 % de part d'audience le 8 août 2026. Depuis son documentaire sur Thierry Ardisson, "La face cachée de l'homme en noir", elle se retrouve devant les tribunaux : le photographe Roberto Battistini l'a poursuivie en justice pour avoir utilisé l'une de ses œuvres sans autorisation. Pendant ce temps, ses projets de documentaires sur Zinédine Zidane — désormais sélectionneur de l'équipe de France —, Jean-Jacques Goldman et Mylène Farmer restent au point mort, tous trois ayant décliné ses sollicitations. Une situation qui illustre avec une précision chirurgicale les risques juridiques qui guettent tout réalisateur, amateur ou professionnel, dès qu'il touche à l'image d'une célébrité.

La mésaventure d'Audrey Crespo-Mara : une leçon en droit de l'image

Le cas Battistini-Crespo-Mara met en lumière un angle souvent sous-estimé : les droits d'auteur photographiques. En France, une photographie est une œuvre de l'esprit protégée par le Code de la propriété intellectuelle (article L111-1). Son utilisation dans un documentaire — même à titre illustratif, même pour illustrer l'histoire d'une célébrité publique — nécessite l'accord explicite du photographe, sauf exception légale.

Pour Audrey Crespo-Mara, utiliser une photo de Thierry Ardisson sans l'accord de Roberto Battistini constitue, si les faits sont avérés, un acte de contrefaçon au sens de l'article L335-2 du Code de la propriété intellectuelle. Les sanctions sont substantielles : jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende en cas de contrefaçon aggravée. Dans les litiges civils — les plus courants dans ce type d'affaire —, les dommages-intérêts accordés aux photographes se situent généralement entre 2 000 et 30 000 euros selon l'étendue de la diffusion et le préjudice subi.

Ce n'est pas un cas isolé. Chaque année, des centaines de réalisateurs amateurs ou semi-professionnels intègrent des images glanées sur Internet dans leurs montages sans vérifier les droits sous-jacents. Le développement des plateformes de streaming a considérablement amplifié le risque : une diffusion internationale expose à des demandes de dommages-intérêts dans plusieurs juridictions simultanément.

Droit à l'image et droit d'auteur : deux boucliers distincts

Le réalisateur qui se lance dans un documentaire sur une personnalité publique doit naviguer entre deux régimes juridiques distincts, souvent confondus.

Le droit à l'image (article 9 du Code civil) protège toute personne contre l'utilisation de son image sans son consentement. Il s'applique aux enregistrements filmés, aux photographies, aux dessins ou à toute représentation visuelle identifiable. Même une personnalité aussi exposée que Zinédine Zidane peut s'y opposer — sauf dans des contextes précis : actualité pure, intérêt historique documenté, ou traitement purement informatif d'un événement public.

Le droit d'auteur protège le créateur de l'œuvre — ici, le photographe Battistini. C'est ce second régime qui est au cœur du litige actuel. Utiliser la photo d'un photographe, même pour illustrer l'histoire d'une célébrité dont on a par ailleurs obtenu l'accord, constitue une violation distincte si le photographe n'a pas donné son autorisation.

Selon service-public.fr, l'autorisation d'utilisation d'une image doit être claire, précise et délimitée dans son objet, sa durée et son territoire. Un accord pour la presse écrite ne vaut pas accord pour un documentaire télévisé. Un accord pour une diffusion nationale ne couvre pas une exploitation sur une plateforme internationale. Ces distinctions techniques sont fréquemment ignorées — et elles constituent le terrain fertile des litiges.

Cas concret : vous produisez un documentaire sur un artiste qui refuse

Imaginons que vous décidiez de réaliser un documentaire sur un chanteur français emblématique — appelons-le "Marc D." — qui, comme Jean-Jacques Goldman, a coupé tout contact avec les médias depuis plus de vingt ans et refuse toute sollicitation.

Votre projet repose sur trois types de sources :

  • 5 extraits vidéo de concerts achetés sous licence auprès de chaînes de télévision → légal, à condition que la licence couvre explicitement l'usage documentaire
  • 12 photographies d'archives trouvées en ligne sans vérification du statut de droits → risque élevé : si le photographe n'a pas cédé ses droits d'exploitation, chaque photo utilisée peut générer une demande entre 2 000 et 10 000 euros selon l'étendue de la diffusion
  • 3 témoignages de proches recueillis avec leur accord signé → légal, mais attention si les témoins divulguent des éléments de vie privée concernant "Marc D." sans l'accord de celui-ci — l'article 9 du Code civil peut être invoqué par lui-même ou ses ayants droit

Si votre documentaire est diffusé sur une plateforme générant 100 000 vues, et que le photographe agit en justice pour chacune des 12 photos utilisées sans autorisation, votre exposition financière peut atteindre 120 000 euros avant même les frais de justice et d'avocat.

La règle d'or : n'intégrez jamais une image sans avoir en main un document signé attestant la cession des droits pour le format précis (film, web, TV), le territoire géographique et la durée d'exploitation envisagée.

Ce que la loi autorise sans consentement de la star

Cela dit, le cadre légal ménage des espaces de liberté réels que tout réalisateur peut exploiter à condition de les connaître.

Les archives officielles sous licence : clubs sportifs, fédérations, maisons de disque et sociétés de production détiennent des bibliothèques d'archives négociables. Moyennant un accord de licence — dont le coût varie de quelques centaines à plusieurs milliers d'euros selon l'utilisation —, un réalisateur peut légalement intégrer des images issues de la carrière publique d'un artiste sans solliciter son consentement direct.

L'exception d'information du public : elle couvre les traitements strictement factuels de l'actualité (retransmissions sportives officielles, conférences de presse publiques, cérémonies de remise de prix). Elle ne couvre pas un documentaire biographique à vocation commerciale. Audrey Crespo-Mara ne pourrait pas s'en prévaloir pour l'intégralité d'un film consacré à Zinédine Zidane.

Le droit de courte citation (article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle) permet d'intégrer des extraits courts d'œuvres existantes à des fins d'analyse ou de critique, à condition que la source soit mentionnée et que la citation soit proportionnée. La durée n'est pas fixée par la loi — c'est le juge qui apprécie au cas par cas, en tenant compte du caractère "court" et de la finalité critique ou pédagogique.

Quand consulter un avocat spécialisé en droit à l'image ?

La consultation préventive d'un avocat doit intervenir avant le tournage, pas après la mise en demeure. Les honoraires d'un avocat spécialisé en propriété intellectuelle ou en droit de la presse se situent entre 180 et 450 euros de l'heure selon le profil et la complexité du dossier. Pour un projet documentaire standard, deux à quatre heures de consultation suffisent généralement pour :

  • Établir une cartographie des sources d'archives utilisables et celles nécessitant une négociation de droits spécifique
  • Rédiger ou valider les contrats de cession de droits d'image avec les personnes acceptant de témoigner
  • Évaluer le risque de violation du droit à l'image pour les personnalités centrales du documentaire
  • Préparer les clauses de garanties et d'indemnisation en cas de litige avec un tiers

Face à une exposition potentielle de plusieurs dizaines de milliers d'euros — comme l'illustre précisément l'affaire Battistini —, la consultation préventive est un investissement, pas une dépense superflue.

Sur Expert Zoom, des avocats spécialisés en droit de la presse et propriété intellectuelle sont disponibles pour analyser votre projet avant le tournage. Vous pouvez également consulter notre analyse des droits des journalistes audiovisuels de TF1, qui explore un autre volet des protections juridiques dans le secteur des médias français.

Cet article traite de principes généraux du droit français. Il ne constitue pas un avis juridique individuel. Consultez un avocat qualifié pour votre situation personnelle.

Nos experts

Avantages

Des réponses rapides et précises pour toutes vos questions et demandes d'assistance dans plus de 200 catégories.

Des milliers d'utilisateurs ont obtenu une satisfaction de 4,9 sur 5 pour les conseils et recommandations prodiguées par nos assistants.