Aly Diouara condamné pour diffamation en appel : ce que tout élu risque avant d'accuser en campagne
La cour d'appel de Paris a confirmé, le 11 juin 2026, la condamnation d'Aly Diouara, maire LFI de La Courneuve et député de la 5e circonscription de Seine-Saint-Denis, pour diffamation envers son rival socialiste Oumarou Doucouré. La peine prononcée : 500 euros d'amende avec sursis et 3 000 euros de dommages et intérêts. Une affaire qui illustre un risque souvent sous-estimé par les candidats aux élections : la diffamation publique en campagne.
Ce qui s'est passé à La Courneuve en 2026
Tout commence le 23 février 2026, en pleine campagne pour les élections municipales de La Courneuve. Aly Diouara publie un communiqué de presse dans lequel il accuse nommément son concurrent Oumarou Doucouré de distribuer des enveloppes contenant entre 10 et 30 euros, ainsi que des colis alimentaires, pour acheter des voix. Des accusations graves, sans preuves produites à l'appui.
Le 22 mars 2026, Diouara remporte les municipales avec seulement 51,53 % des voix — 243 bulletins d'écart sur Doucouré (48,47 %). La victoire est nette sur le papier, mais les propos du communiqué ont déjà déclenché une procédure judiciaire. La cour d'appel l'a partiellement acquitté pour les déclarations visant Stéphane Troussel, président PS du Conseil départemental du 93, mais a confirmé la condamnation pour les accusations contre Doucouré. Le maire a annoncé un pourvoi en cassation.
Qu'est-ce que la diffamation au sens de la loi française ?
La diffamation est définie par l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse comme « toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé ». Pour être constitutive d'une infraction, elle doit réunir trois conditions :
- Être publique : exprimée dans un support accessible à tous — communiqué de presse, affiche, réseau social, déclaration à un journaliste
- Porter sur un fait précis : pas une vague opinion, mais une allégation identifiable et attribuée à une personne
- Porter atteinte à l'honneur ou à la considération : de nature à nuire à la réputation de la personne visée
Dans l'affaire Diouara, le communiqué du 23 février 2026 remplissait les trois critères : il désignait nommément Doucouré, décrivait des faits précis (distribution d'enveloppes et de colis), et sous-entendait un achat de votes — ce qui porte atteinte à l'honneur d'un candidat à une élection.
Pourquoi la campagne électorale n'est pas une zone de non-droit
De nombreux candidats et militants croient, à tort, que « tout est permis en campagne ». La jurisprudence française opère pourtant une distinction fondamentale entre deux types de discours :
- Les jugements de valeur — critiquer la gestion d'un maire sortant, dénoncer une orientation politique, exprimer sa désapprobation : ces propos relèvent de l'opinion et sont largement protégés par la liberté d'expression
- Les allégations de faits précis — accuser nommément un adversaire d'un acte délictueux ou illégal : ces propos sont soumis à la preuve de leur véracité
C'est exactement le piège dans lequel est tombé Aly Diouara. Accuser Doucouré de distribuer des enveloppes d'argent est une allégation factuelle. Pour être exonéré, il aurait fallu apporter la preuve de ces faits devant le tribunal — témoins directs, vidéos, documents. Sans preuve, l'allégation tombe sous le coup de la diffamation.
Quelles sanctions pour un élu condamné pour diffamation ?
Selon l'article 32 de la loi de 1881, la diffamation publique envers un particulier est punie d'une amende pouvant atteindre 12 000 euros. En cas de diffamation aggravée (à raison de l'origine, de la religion, du sexe...), des peines d'emprisonnement peuvent s'appliquer.
Au-delà des sanctions pénales, les conséquences pratiques pour un élu sont multiples :
- Dommages et intérêts civils : 3 000 euros dans ce cas, mais la somme peut être bien plus élevée selon le préjudice évalué par le juge
- Frais de procédure : les appels et les pourvois en cassation représentent un coût juridique substantiel
- Atteinte à l'image : une condamnation pour diffamation s'inscrit durablement dans le parcours public d'un élu
- Exposition médiatique prolongée : chaque audience ravive l'affaire dans la presse
L'*exceptio veritatis* : se défendre en prouvant la vérité
La principale défense face à une accusation de diffamation est d'apporter la preuve de la vérité des faits allégués — ce que le droit appelle exceptio veritatis. Si Aly Diouara avait pu produire des preuves tangibles de la distribution d'enveloppes par Doucouré (témoins assermentés, vidéos horodatées, billets marqués), il aurait pu être relaxé sur ce chef d'accusation.
Cette défense est ouverte dans la plupart des cas de diffamation publique, à condition d'être soulevée dans les 10 jours suivant la citation en justice et d'être accompagnée de preuves suffisantes. Elle impose une rigueur que beaucoup de candidats en campagne n'ont pas anticipée.
Quand consulter un avocat avant de publier ?
Que vous soyez élu, candidat ou simple citoyen souhaitant dénoncer des pratiques électorales, il est recommandé de consulter un avocat spécialisé en droit de la presse avant toute déclaration publique susceptible de viser nommément une personne. Comme l'illustre l'affaire Guillaume Pennelle sur les tracts de campagne, la ligne entre critique politique et diffamation est parfois très fine.
Un avocat spécialisé peut vous aider à :
- Qualifier vos propos avant publication : distinguer ce qui relève de l'opinion protégée et ce qui constitue une allégation de fait risquée
- Sécuriser vos communications de campagne : reformuler vos accusations pour les rendre inattaquables, ou identifier les preuves à rassembler avant de publier
- Vous défendre si vous êtes mis en cause : préparer une exceptio veritatis ou contester la qualification retenue
- Répondre à une mise en demeure : de nombreuses affaires se règlent avant le procès si l'on réagit rapidement et de façon appropriée
Sur Expert Zoom, des avocats spécialisés en droit électoral et en droit de la presse sont disponibles pour répondre à vos questions et vous conseiller sur vos droits.
Ce que retenir de l'affaire Diouara
L'affaire Aly Diouara ne concerne pas que La Courneuve. Elle rappelle à tous les candidats aux élections — municipales, législatives, régionales — que la liberté de parole en campagne a des limites juridiques précises. Accuser un adversaire sans preuve, c'est s'exposer à une condamnation pour diffamation, quel que soit le résultat du scrutin.
Avertissement : Cet article est à caractère informatif. Il ne constitue pas un avis juridique. Si vous êtes concerné par une situation de diffamation, consultez un avocat pour obtenir une analyse personnalisée de votre situation.

Audrey Camara