TL;DR : Le virus Andes est un hantavirus d'Amérique du Sud, identifié en 1995 en Patagonie, dont le réservoir naturel est un rongeur (Oligoryzomys longicaudatus). Il provoque un syndrome cardiopulmonaire grave avec 35 à 40 % de mortalité sans soins intensifs, et constitue le seul hantavirus au monde dont la transmission interhumaine est scientifiquement confirmée — une propriété qui le distingue radicalement de tous ses congénères européens.
Qu'est-ce que le virus Andes ? Classification et identité virologique
Le virus Andes (ANDV) appartient à la famille des Hantaviridae, genre Orthohantavirus. Comme tous les hantavirus, c'est un virus à ARN monocaténaire à brin négatif, enveloppé, dont le génome est organisé en trois segments : L (Large), M (Medium) et S (Small). Ce type d'organisation génomique confère au virus une capacité de recombinaison limitée mais une évolution génétique par dérive suffisante pour générer des variants géographiques distincts.
Découvert pour la première fois en 1995 lors d'épidémies survenues simultanément en Argentine (province de Neuquén) et au Chili méridional, le virus Andes tire son nom de la cordillère des Andes, région centrale de son aire de distribution. Les premiers cas décrits présentaient un tableau clinique similaire au syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH/HPS) identifié en 1993 aux États-Unis avec le virus Sin Nombre, mais s'en distinguaient par un taux de létalité plus élevé encore et, surtout, par des données épidémiologiques suggérant dès 1996 une possible transmission de personne à personne.
À ce jour, le virus Andes est considéré par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) comme le seul hantavirus présentant une transmission interhumaine confirmée [ECDC, 2024]. Cette caractéristique, unique dans l'ensemble du genre Orthohantavirus, impose une vigilance épidémiologique particulière qui dépasse les protocoles standard applicables aux autres hantaviroses.
À retenir : Le virus Andes est classé agent pathogène de groupe 3 (biosécurité BSL-3) dans la plupart des pays, en raison de sa létalité élevée et de sa capacité de transmission interhumaine.
Le réservoir animal : Oligoryzomys longicaudatus, le rat à longue queue
Le réservoir naturel du virus Andes est Oligoryzomys longicaudatus, communément appelé rat à longue queue ou colilargo en espagnol. Ce rongeur de la famille des Cricetidae, endémique des zones de forêt tempérée humide et de steppe de Patagonie (Argentine et Chili), mesure entre 17 et 25 cm queue incluse pour un poids de 25 à 40 g. Il occupe des habitats variés : lisières forestières, zones agricoles, abords de maisons rurales.
Comme pour tous les hantavirus, la relation entre le rongeur-réservoir et le virus est une relation de commensalisme : l'animal est infecté de manière persistante et chronique sans manifester de symptômes. Le virus se réplique dans les glandes salivaires, les reins et les poumons du rongeur, qui l'excrète continuellement via l'urine, les fèces et la salive. Les populations d'Oligoryzomys longicaudatus connaissent des explosions démographiques cycliques (ratadas) liées à la fructification périodique de bambous du genre Chusquea, générant des pics de risque pour les populations humaines locales.
La séroprévalence chez les rongeurs-réservoirs varie selon les études entre 10 % et 35 % dans les zones endémiques de Patagonie [Instituto Nacional de Enfermedades Infecciosas, Argentine, 2022]. La transmission au sein des populations de rongeurs se fait par morsures et contacts directs. Des études de phylogénie moléculaire ont montré que le virus co-évolue avec son hôte depuis plusieurs millions d'années, expliquant la spécificité de la relation hôte-pathogène.
En dehors de l'Amérique du Sud, aucune population d'Oligoryzomys longicaudatus n'est établie naturellement. Le risque de transmission au virus Andes en Europe reste donc théoriquement nul par voie animale directe — sauf importation humaine, comme l'illustre le cas du MV Hondius en mai 2026.

Données clés : le virus Andes en chiffres
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Mortalité sans soins intensifs | 35–40 % | CDC, 2024 |
| Incubation moyenne | 4–42 jours | OMS/WHO |
| Cas confirmés depuis 1995 | > 500 (Argentine + Chili) | PAHO, 2023 |
| Séroprévalence chez O. longicaudatus | 10–35 % zones endémiques | INEI Argentine, 2022 |
35–40 % Taux de mortalité sans réanimation
1995 Première identification en Patagonie
4–42 j Durée d'incubation (OMS)
BSL-3 Niveau de biosécurité requis
Ces chiffres positionnent le virus Andes parmi les agents infectieux les plus létaux d'Amérique latine. À titre de comparaison, la grippe saisonnière présente une mortalité inférieure à 0,1 %, et l'Ebola — agent de comparaison souvent cité — 25 à 90 % selon les souches. La mortalité du virus Andes, sans soins intensifs, se situe donc dans une fourchette intermédiaire mais sévère, justifiant son classement en groupe de biosécurité 3.
À retenir : Avec 35 à 40 % de mortalité sans réanimation et une transmission interhumaine confirmée, le virus Andes exige une prise en charge en unité de soins intensifs dès les premiers signes de détresse respiratoire.
La propriété unique : transmission interhumaine confirmée
C'est la caractéristique qui distingue fondamentalement le virus Andes de tous les autres hantavirus connus : sa capacité à se transmettre d'un être humain à un autre. Depuis 1996, plusieurs clusters familiaux et hospitaliers ont été documentés en Argentine et au Chili, démontrant des chaînes de transmission clairement établies entre personnes sans contact avec des rongeurs.
L'étude fondatrice de Pessoa et ses collaborateurs (1998) a décrit un cluster dans la province de Rio Negro (Argentine) où un médecin ayant soigné un patient atteint du syndrome cardiopulmonaire à hantavirus sans protection adéquate a développé la maladie à son tour. Des études ultérieures, notamment celle de Ferres et al. publiée dans The New England Journal of Medicine (2007), ont confirmé que la transmission interhumaine requiert un contact étroit et prolongé — généralement dans un même foyer ou lors de soins sans équipement de protection individuelle — mais ne relève pas d'une transmission aéroportée à distance comme SARS-CoV-2.
« Le virus Andes représente un cas à part dans la virologie des hantavirus. La mise en évidence de sa transmission interhumaine a conduit à revoir entièrement les protocoles d'isolement applicables aux cas suspects, en particulier dans les unités de soins intensifs », précise un virologue de l'Institut Pasteur ayant participé à l'évaluation du cas MV Hondius en mai 2026.
L'ECDC a réaffirmé en 2024 que cette propriété reste unique au sein du genre Orthohantavirus et que sa biologie moléculaire — notamment la présence d'une glycoprotéine de surface particulièrement stable — pourrait expliquer cette capacité accrue de transmission inter-hôtes. Des recherches sont en cours à Genève (OMS) et à Paris (Institut Pasteur) pour en caractériser les déterminants moléculaires exacts.
À retenir : Aucun autre hantavirus — ni le Sin Nombre américain, ni le Seoul à diffusion mondiale, ni le Dobrava balkanique — ne présente de transmission interhumaine documentée. Cette singularité du virus Andes justifie des mesures d'isolement renforcées comparables à celles appliquées pour Ebola ou Marburg.

Virus Andes vs virus Puumala : deux hantavirus, deux réalités cliniques
Pour comprendre l'enjeu particulier du virus Andes en contexte français, il convient de le comparer au hantavirus présent en France : le virus Puumala. Ces deux virus appartiennent au même genre mais diffèrent sur tous les plans cliniquement pertinents.
Le virus Puumala est endémique en Europe du Nord et centrale, y compris en France (Ardennes, Alsace, Haute-Saône). Son réservoir est le campagnol roussâtre (Myodes glareolus). La maladie qu'il provoque — la néphropathie épidémique (NE) — est une fièvre hémorragique avec syndrome rénal. Elle se manifeste par une insuffisance rénale aiguë réversible dans la grande majorité des cas, avec une mortalité inférieure à 0,1 % [Santé publique France, 2023]. La transmission se fait exclusivement par inhalation d'aérosols de déjections de campagnols, sans aucune transmission interhumaine documentée.
Le virus Andes, à l'inverse, provoque un Syndrome Cardiopulmonaire à Hantavirus (SCPH) : les poumons deviennent l'organe cible principal, avec accumulation de liquide dans les alvéoles, détresse respiratoire aiguë et défaillance cardiaque. Sans ventilation mécanique et assistance circulatoire en réanimation, ce tableau évolue vers le décès dans 35 à 40 % des cas. La transmission interhumaine confirmée impose, de surcroît, un isolement de type contact et aérosols pour les cas suspectés.
| Critère | Virus Andes | Virus Puumala |
|---|---|---|
| Aire géographique | Patagonie (Argentine, Chili) | Europe du Nord et centrale |
| Rongeur réservoir | Oligoryzomys longicaudatus | Myodes glareolus |
| Maladie causée | SCPH (poumons, cœur) | Néphropathie épidémique (reins) |
| Mortalité | 35–40 % sans réanimation | < 0,1 % |
| Transmission H2H | Oui (confirmée) | Non |
| Présence en France | Non (cas importés uniquement) | Oui (endémique) |
Cette comparaison souligne pourquoi le cas survenu à bord du MV Hondius le 11 mai 2026 — premier cas confirmé de virus Andes en France — a immédiatement déclenché une réponse de niveau national coordonnée par Santé publique France et l'Institut Pasteur, avec identification de 22 cas contacts et mise en quarantaine de 42 jours.
Tableau clinique : du prodrome à la détresse respiratoire
La maladie causée par le virus Andes évolue en trois phases distinctes, dont la reconnaissance précoce conditionne le pronostic vital.
Phase prodromique (jours 1–5) : Les symptômes initiaux sont non spécifiques et trompeurs — fièvre élevée (38,5–40 °C), myalgies diffuses, céphalées intenses, nausées et parfois vomissements. Ce tableau ressemble à une grippe sévère ou à une leptospirose. Aucun signe respiratoire n'est encore présent. C'est pourtant pendant cette phase que le diagnostic différentiel est crucial, car la fenêtre thérapeutique est ouverte.
Phase cardiopulmonaire (jours 5–10) : L'apparition soudaine d'une toux sèche, d'une dyspnée d'effort puis de repos, suivie d'une hypoxémie progressive, signe l'entrée dans la phase cardiopulmonaire. La radiographie thoracique montre des infiltrats bilatéraux en verre dépoli. Sur le plan cardiaque, une dépression myocardique sévère peut survenir, nécessitant un support par ECMO (oxygénation par membrane extracorporelle) dans les cas les plus graves. C'est à ce stade que la mortalité est maximale sans soins intensifs.
Phase de convalescence : Chez les survivants, la résolution est relativement rapide (3–7 jours) une fois la phase critique passée, avec récupération de la fonction pulmonaire et cardiaque. Des séquelles à long terme sont décrites chez une minorité de patients, notamment des troubles de la fatigue chronique.
Sur le plan biologique, on observe typiquement une thrombopénie, une lymphocytose atypique, une élévation des transaminases et une augmentation du taux de lactates déshydrogénase (LDH) — marqueurs d'alerte à surveiller chez tout voyageur revenant de Patagonie avec syndrome grippal.
À retenir : Tout médecin confronté à un syndrome grippal fébrile chez un patient revenant d'Argentine ou du Chili dans les 6 semaines précédentes doit évoquer le virus Andes et contacter immédiatement le Centre National de Référence des Hantavirus (Institut Pasteur, Paris).
Questions fréquentes sur le virus Andes
Le virus Andes est-il présent en France ? Naturellement, non. Le virus Andes est endémique en Patagonie (Argentine et Chili). En France, le seul hantavirus présent à l'état endémique est le virus Puumala (néphropathie épidémique). Cependant, des cas importés sont possibles — le premier cas confirmé en France a été signalé le 11 mai 2026 en lien avec un navire de croisière (MV Hondius) ayant navigué dans des eaux d'Amérique du Sud.
Existe-t-il un vaccin contre le virus Andes ? Non. Aucun vaccin homologué n'est disponible contre le virus Andes ni contre aucun autre hantavirus en Europe ou en Amérique. Des essais cliniques de phase I/II sont en cours en Amérique du Sud, notamment au Chili, avec des approches à ARNm, mais aucun vaccin n'a encore obtenu d'autorisation de mise sur le marché à la date de 2026 [OMS].
Comment se protéger si l'on voyage en Patagonie ? Éviter tout contact avec des rongeurs ou leurs déjections ; ne pas dormir dans des abris rudimentaires mal aérés ; porter un masque FFP2 et des gants lors du nettoyage de locaux potentiellement infestés. En cas de syndrome grippal dans les 6 semaines suivant un séjour en Patagonie, consulter un médecin en signalant l'antécédent de voyage.
Peut-on attraper le virus Andes dans un avion à côté d'un patient infecté ? Non — sauf contact très étroit et prolongé. Le virus Andes n'est pas transmissible par simple proximité aérienne comme une grippe ou COVID-19. La transmission interhumaine requiert un contact direct prolongé (partage du même espace de vie, soins sans protection). Le risque en cabine d'avion en cas de siège adjacent est théoriquement très faible mais non nul ; les autorités sanitaires recommandent une surveillance des passagers ayant partagé plus de 8 heures de vol avec un cas confirmé.
Quelle est la différence entre HPS (Hantavirus Pulmonary Syndrome) et HFRS (Hemorrhagic Fever with Renal Syndrome) ? Ces deux syndromes sont causés par des hantavirus différents. Le HPS (ou SCPH en français) est provoqué par les hantavirus du Nouveau Monde (Andes, Sin Nombre) et atteint principalement les poumons et le cœur. Le HFRS est provoqué par les hantavirus de l'Ancien Monde (Puumala, Hantaan, Seoul) et atteint principalement les reins. Le pronostic du HPS est généralement plus sévère.
Avertissement médical (YMYL)
Cet article est rédigé à des fins d'information générale sur la base de données épidémiologiques et virologiques publiées. Il ne constitue pas un avis médical, un diagnostic ou une recommandation thérapeutique. En cas de symptômes évocateurs d'une infection à hantavirus ou de retour récent de zone endémique, consultez immédiatement un médecin ou appelez le 15 (SAMU) en France. Les protocoles de prise en charge sont définis par Santé publique France et l'Institut Pasteur ; seuls les professionnels de santé habilités sont compétents pour poser un diagnostic et initier un traitement.
Sources principales : ECDC (2024), CDC (2024), OMS/WHO, Institut Pasteur, Santé publique France, Instituto Nacional de Enfermedades Infecciosas (Argentine, 2022), Pan American Health Organization (PAHO, 2023).










