Femme constatant des fissures au plafond de son salon lyonnais, téléphone en main pour déclencher sa garantie décennale

Garantie décennale : comment agir quand l'artisan a disparu

Kevin Kevin RoseAmélioration de la Maison
6 min de lecture 12 juin 2026

La garantie décennale court-elle encore si l'artisan n'existe plus ? Oui — l'obligation de garantie repose sur l'assureur de l'artisan au moment des travaux, pas sur l'artisan lui-même. Qu'il ait cessé volontairement son activité ou qu'un tribunal prononce sa liquidation judiciaire, vos droits à réparation restent intacts pendant 10 ans à compter de la réception des travaux, conformément à l'article 1792 du Code civil.

Ce guide répond aux questions les plus fréquentes des propriétaires confrontés à cette situation en 2026.

La garantie décennale est-elle encore valable si l'artisan a disparu ?

La garantie décennale est attachée à l'ouvrage réalisé, non à l'entreprise qui l'a construit. La loi Spinetta du 4 janvier 1978 (article L241-1 du Code des assurances) impose à tout professionnel du bâtiment — maçon, couvreur, électricien, plombier, charpentier — de souscrire une assurance de responsabilité décennale avant le démarrage du chantier. Cette assurance couvre les sinistres déclarés pendant les 10 ans qui suivent la réception des travaux, même si l'entreprise a entre-temps fermé ses portes.

Autrement dit : la liquidation judiciaire ou la radiation au registre des métiers de l'artisan n'éteint pas la garantie. Le contrat d'assurance reste actif jusqu'à son terme, et c'est la compagnie d'assurance qui prend le relais pour indemniser les désordres couverts.

À retenir : La garantie décennale survit à la disparition de l'artisan. C'est son assureur, identifié sur l'attestation d'assurance remise avant les travaux, qui est votre interlocuteur.

Quels désordres la garantie décennale couvre-t-elle exactement ?

Toutes les malfaçons ne relèvent pas de la garantie décennale. La loi en précise strictement le périmètre :

Type de désordre Couvert par la décennale ?
Fissures compromettant la solidité de la structure ✅ Oui
Effondrement partiel de toiture ou de plancher ✅ Oui
Infiltrations par la toiture ou les murs porteurs ✅ Oui
Défaut d'isolation thermique rendant le logement inhabitable ✅ Oui
Défaillance d'une installation électrique non encastrée ❌ Non (garantie de bon fonctionnement, 2 ans)
Malfaçons esthétiques (peinture, carrelage mal posé) ❌ Non (parfait achèvement, 1 an)

Pour être éligible à la garantie décennale, le désordre doit compromettre la solidité de l'ouvrage ou le rendre impropre à sa destination [article 1792 al. 2 du Code civil]. Un tribunal de grande instance peut trancher en cas de litige sur la qualification du désordre.

Homme inspectant une fissure sur le mur extérieur d'une maison à Bordeaux, constatant les dégâts pour un sinistre décennal

Comment retrouver l'assureur décennal de l'artisan en liquidation ?

C'est souvent l'étape la plus difficile. Voici les démarches à suivre dans l'ordre :

  1. Consultez l'attestation d'assurance décennale que l'artisan devait vous remettre avant le début des travaux. Elle mentionne la compagnie d'assurance, le numéro de police et la période de validité.
  2. Contactez la Chambre des Métiers et de l'Artisanat (CMA) du département où l'artisan était immatriculé : elle peut orienter vers les coordonnées de l'assureur déclaré.
  3. Si l'artisan est en liquidation judiciaire, les coordonnées du liquidateur judiciaire sont publiques (tribunal de commerce ou greffe du tribunal judiciaire). Le liquidateur est tenu de répondre aux demandes relatives aux contrats d'assurance en cours.
  4. Consultez l'AGIRA (Association pour la Gestion des Informations sur le Risque en Assurance) : cet organisme peut vous aider à identifier l'assureur d'un professionnel, sous conditions.

Si l'artisan a pris soin de souscrire une assurance décennale valide avant le chantier, vous disposez de tous les droits pour activer cette couverture, indépendamment de son sort judiciaire.

Quelle procédure suivre pour déclarer le sinistre décennal ?

Une fois l'assureur identifié, la procédure de déclaration est encadrée par le Code des assurances :

Mains tenant un procès-verbal de réception des travaux sur un bureau en bois dans un bureau toulousain, documents de chantier étalés

  1. Rassemblez vos pièces : contrat ou devis signé, procès-verbal de réception des travaux (daté et signé), attestation d'assurance décennale de l'artisan, photos datées des désordres avec descriptions précises.
  2. Rédigez une déclaration de sinistre par lettre recommandée avec accusé de réception adressée à l'assureur décennal. Décrivez les désordres constatés, leur date d'apparition et leurs conséquences sur l'ouvrage.
  3. N'engagez pas de réparations avant l'accord de l'assureur et la fin de l'expertise, sauf urgence avérée — dans ce cas, faites constater les dommages par un huissier de justice avant toute intervention.
  4. Contestez si nécessaire : en cas de désaccord avec l'expert mandaté par l'assureur, vous pouvez demander une contre-expertise contradictoire à vos frais, ou saisir le médiateur de l'assurance (recours gratuit).

L'assureur dispose de 90 jours pour formuler une offre d'indemnisation à compter de la réception de la déclaration complète [article L242-1 du Code des assurances].

L'assurance dommages-ouvrage simplifie-t-elle la démarche ?

Si vous avez souscrit une assurance dommages-ouvrage (DO) avant le début des travaux, vous bénéficiez d'un mécanisme de pré-financement extrêmement protecteur : votre propre assureur prend en charge les réparations sans recherche de responsabilité préalable, puis se retourne ensuite contre l'assureur décennal de l'artisan.

Avantage décisif quand l'artisan est en liquidation : vous n'avez pas à localiser vous-même l'assureur défaillant. Votre assurance DO porte cette démarche à votre place et vous indemnise dans un délai maximal de 90 jours [article L242-1 du Code des assurances].

En revanche, si vous n'avez pas souscrit de DO — ce qui concerne une majorité de propriétaires particuliers faisant réaliser des travaux sans maître d'œuvre — vous devrez vous adresser directement à l'assureur décennal de l'artisan selon la procédure décrite ci-dessus.

Que faire si l'artisan n'avait aucune assurance décennale ?

Un artisan sans assurance décennale contrevient à l'article L241-1 du Code des assurances : c'est une infraction pénale passible d'une amende de 75 000 € et de 6 mois d'emprisonnement. Mais cette sanction ne résout pas votre problème concret.

Dans ce cas, vos recours sont plus limités :

  • Action directe contre l'artisan : si l'artisan est encore solvable (activité cessée volontairement), vous pouvez lui réclamer les réparations en justice pour manquement à son obligation légale d'assurance.
  • Liquidation judiciaire : vous pouvez déclarer votre créance auprès du liquidateur judiciaire. L'indemnisation reste aléatoire selon l'actif disponible.
  • Le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires (FGAO) intervient dans des cas très spécifiques et limités pour la garantie décennale — consultez un avocat spécialisé en droit de la construction pour évaluer si votre situation y est éligible.

Face à cette situation complexe, le recours à un avocat spécialisé ou un expert en assurance construction reste la voie la plus sûre pour défendre vos droits efficacement.

Questions fréquentes

La garantie décennale court-elle à partir de la date des travaux ou de la réception ? Elle court à compter de la date de réception des travaux — c'est-à-dire le jour où vous avez signé le procès-verbal de réception, avec ou sans réserves. Si aucun PV n'a été signé, la date de fin de chantier attestée par d'autres documents (facture finale, courriers) fait foi.

Peut-on faire jouer la garantie décennale si l'on a acheté le bien après les travaux ? Oui. La garantie décennale est attachée à l'ouvrage, pas au propriétaire initial. Elle bénéficie de plein droit à tous les acquéreurs successifs du bien pendant les 10 ans [article 1792-3 du Code civil].

Quel est le délai pour agir en justice si l'assureur refuse d'indemniser ? Vous disposez d'un délai de prescription de 10 ans à compter de la date de réception pour agir en garantie décennale. Passé ce délai, aucun recours n'est possible. En cas de refus de l'assureur, saisissez d'abord le médiateur de l'assurance (délai : 6 mois), puis le tribunal judiciaire compétent.


Avertissement : Les informations présentes sur cette page sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil juridique. Consultez un avocat spécialisé en droit de la construction ou un expert en assurance pour votre situation personnelle.

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