Adam Back est-il Satoshi ? Ce que la loi française dit sur les cryptos sans héritier identifié

Adam Back, PDG de Blockstream, principal suspect dans l'enquête Satoshi Nakamoto du New York Times

Photo : Joi Ito / Wikimedia

Bernard Bernard LapierreGestion de Patrimoine
4 min de lecture 12 avril 2026

Le New York Times a identifié le 8 avril 2026 Adam Back, cryptographe britannique et PDG de Blockstream, comme le suspect numéro un derrière le pseudonyme Satoshi Nakamoto — l'inventeur anonyme du Bitcoin. Si Back continue de nier, cette révélation soulève une question juridique explosive : que se passe-t-il avec les quelque 1,1 million de bitcoins estimés détenus par Satoshi si l'identité de leur propriétaire reste introuvable ou non revendiquée ?

L'enquête du NYT qui fait trembler le monde de la crypto

Après dix-huit mois d'investigation, le journaliste John Carreyrou a présenté plusieurs séries de preuves convergentes. L'analyse stylistique a révélé 67 erreurs identiques de césure entre les écrits de Satoshi et ceux d'Adam Back. Les deux utilisent deux espaces après les points, les mêmes orthographes britanniques et des fautes de trait d'union caractéristiques. Plus troublant encore, un e-mail datant de 2008 montre que Satoshi a contacté Back pour valider une citation avant de publier le livre blanc fondateur du Bitcoin.

Le cryptographe britannique dément fermement : « Je ne suis pas Satoshi. Les similitudes s'expliquent par notre background commun dans la cryptographie et les systèmes de paiement électronique. » Le propre linguiste mandaté par le NYT a qualifié les résultats de « non concluants ». Sur la plateforme de paris Polymarket, les mises ont toutefois explosé, reflétant l'effervescence de cette révélation — selon Blockchain News, les volumes ont atteint plusieurs millions de dollars en 48 heures.

Que dit le droit français sur les cryptomonnaies sans propriétaire identifié ?

Au-delà du suspense cryptographique, cette affaire pose une question très concrète pour les Français détenteurs de bitcoin : que devient un portefeuille numérique dont le propriétaire est anonyme, disparu ou décédé ?

Depuis l'ordonnance du 8 décembre 2017, la France reconnaît les cryptoactifs comme des actifs numériques. L'article L54-10-1 du Code monétaire et financier les intègre explicitement dans le patrimoine. Pour autant, leur transmission héréditaire reste semée d'embûches.

Premier problème : l'accès aux clés privées. Sans la clé cryptographique, un bitcoin est inaccessible — pour toujours. Or, selon une estimation de la société d'analyse Chainalysis citée par CNBC, entre 3 et 4 millions de bitcoins seraient définitivement perdus, soit parce que leur propriétaire est mort sans transmettre ses accès, soit parce que les clés ont été oubliées ou détruites.

Deuxième obstacle : l'identification du patrimoine. Contrairement à un compte bancaire, aucune institution ne détient la liste des portefeuilles associés à un défunt. Un notaire chargé d'une succession ne peut pas « interroger » la blockchain pour retrouver les avoirs crypto d'un client, à moins que celui-ci n'ait laissé des instructions précises.

Troisième dimension : la fiscalité. En France, les cryptoactifs sont soumis aux droits de succession comme tout autre bien patrimonial. Pour les investisseurs, l'AMF (Autorité des marchés financiers) encadre les prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) depuis la loi PACTE de 2019 — un cadre qui s'applique aussi à la détention et à la transmission. Mais si la valeur ne peut pas être établie faute d'accès aux clés, l'administration fiscale se retrouve dans un flou juridique total.

L'affaire Satoshi vue par un conseiller en gestion de patrimoine

Pour un conseiller en gestion de patrimoine (CGP), l'affaire Satoshi Nakamoto illustre parfaitement les risques d'une planification patrimoniale négligée autour des cryptoactifs. Si Adam Back est effectivement Satoshi — hypothèse non confirmée — les 1,1 million de bitcoins non touchés depuis 2010 (évalués à plus de 100 milliards de dollars au cours actuel) soulèvent une question inédite : à qui appartiendraient-ils en cas de décès sans testament explicite ?

En France, faute de désignation d'héritier et d'accès technique aux portefeuilles, ces actifs resteraient techniquement inaccessibles. Ils ne reviendraient pas à l'État — l'État ne peut pas saisir ce qu'il ne peut pas identifier — mais ils seraient simplement bloqués sur la blockchain, à jamais.

Ce scénario, aussi extrême soit-il, arrive quotidiennement à une échelle individuelle. Des milliers de Français possèdent aujourd'hui des cryptoactifs sans avoir pris les dispositions nécessaires pour en faciliter la transmission.

Ce que vous devez mettre en place dès maintenant

Un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé en actifs numériques peut vous aider à structurer trois éléments essentiels :

1. Un inventaire sécurisé des accès. Lister vos portefeuilles, exchanges, et clés privées dans un document confidentiel, idéalement stocké dans un coffre-fort ou chez un notaire sous scellé. Certains notaires acceptent désormais les mandats de protection future incluant les cryptoactifs.

2. Un mandat successoral adapté. Votre testament ou vos directives patrimoniales doivent explicitement mentionner les cryptoactifs et désigner un légataire capable de gérer ce type d'actifs. Un notaire ou un CGP peut vous accompagner dans la rédaction d'une clause spécifique.

3. Une structure de détention appropriée. Pour les montants significatifs, détenir ses cryptoactifs via une société civile patrimoniale ou un véhicule juridique adapté simplifie la transmission et limite l'exposition fiscale. Cette approche est recommandée pour toute position dépassant 50 000 euros.

Avertissement YMYL : Les informations contenues dans cet article ont une portée générale. Consultez un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine agréé pour toute décision relative à la transmission de vos actifs numériques.

Une affaire qui change la donne pour tous les détenteurs de crypto

Que Adam Back soit ou non Satoshi Nakamoto, son histoire illustre avec force l'urgence de planifier la succession de ses cryptoactifs. En France, le cadre légal existe, mais il est encore peu appliqué par les particuliers : selon une étude d'Adan (Association pour le développement des actifs numériques) publiée en 2025, moins de 12 % des détenteurs français de cryptomonnaies ont pris des dispositions successorales spécifiques.

Le mystère Satoshi est peut-être amusant à suivre comme un roman policier. Pour vos propres finances, la négligence n'est pas une option. Un spécialiste en gestion de patrimoine numérique peut vous accompagner pour ne pas transformer vos investissements en trésor inaccessible pour vos proches.

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