La marque horlogère Richard Mille fait à nouveau parler d'elle en ce printemps 2026 : après le dévoilement en février de la RM 41-01 Tourbillon Soccer à 1,94 million de dollars, le 25 mars Richard Mille a annoncé un partenariat avec le champion UFC Ilia Topuria, devenant ainsi la première montre de luxe à s'associer à un sportif de combat. Ces actualités relancent une question que de nombreux investisseurs se posent : une montre Richard Mille est-elle un actif d'investissement sérieux ?
Des prix qui défient la gravité
La RM 41-01 Tourbillon Soccer, limitée à 30 exemplaires par variation de boîtier, est entièrement réalisée en TPT Basalte rouge Carmin ou TPT Quartz bleu foncé. Cinq années de développement ont été nécessaires pour mettre au point le seul calibre capable d'afficher mécaniquement le score d'un match de football — jusqu'à 9 buts — ainsi qu'un indicateur de phase de jeu et un tourbillon chronographe. Au prix de catalogue, chaque pièce coûte l'équivalent d'un appartement parisien de 60 mètres carrés dans le XVIème arrondissement.
La collection Ceramics colorés, dernier chapitre d'une série iconique, est quant à elle limitée à 50 exemplaires par coloris et intègre des gemmes sur céramique — une première technique dans l'horlogerie de haute complication.
La montre de luxe comme classe d'actif
Depuis une décennie, les grandes maisons horlogères — Patek Philippe, Rolex, Richard Mille — figurent dans les portefeuilles de family offices et de gestionnaires de patrimoine avertis. Pourquoi ?
Rareté structurelle. Richard Mille produit délibérément peu de montres : environ 5 000 pièces par an pour l'ensemble de la marque, contre plus d'un million pour Rolex. Cette rareté structurelle soutient les prix sur le marché secondaire, souvent bien au-delà du prix catalogue.
Corrélation faible avec les marchés financiers. Contrairement aux actions ou obligations, les montres de collection ne suivent pas directement les indices boursiers. Durant la crise de 2020, par exemple, les montres de haute horlogerie ont mieux résisté que beaucoup d'actifs traditionnels.
Appétit mondial en hausse. Le marché asiatique — notamment Hong Kong, Singapour et Shanghai — affiche une demande croissante pour les montres de luxe occidentales. Cette demande internationale soutient les prix même lorsque les marchés européens ralentissent.
Mais attention : ce n'est pas un actif comme les autres
Un conseiller en gestion de patrimoine vous dira d'emblée : les montres ne doivent jamais représenter la totalité d'une stratégie d'investissement. Plusieurs réalités s'imposent.
Liquidité limitée. Vendre une montre de collection prend du temps. Contrairement à une action que l'on cède en quelques secondes, une vente aux enchères ou via un revendeur spécialisé peut prendre plusieurs semaines, voire mois.
Authenticité et traçabilité. Le marché secondaire des montres de luxe est infesté de contrefaçons sophistiquées. Une montre sans boîte, sans papiers d'origine et sans historique de service voit sa valeur de revente diminuer significativement. Un expert en horlogerie peut réaliser une authentification formelle.
Fiscalité des plus-values mobilières. En France, la cession d'une montre de collection peut être soumise à la taxe forfaitaire sur les métaux précieux (si la montre contient de l'or ou de l'argent) ou à l'impôt sur les plus-values. Les règles diffèrent selon la valeur, le délai de détention et la nature du bien. Un gestionnaire de patrimoine peut vous orienter vers la structure fiscale la plus avantageuse.
Ce que font les experts en gestion de patrimoine
Les praticiens de la gestion de patrimoine intègrent les montres de collection dans la catégorie des "actifs tangibles de passion" — aux côtés des œuvres d'art, des voitures de collection et des vins fins. Cette classe d'actifs représente généralement entre 5 et 15 % d'un portefeuille patrimonial diversifié chez les investisseurs fortunés.
La stratégie recommandée par la plupart des professionnels : n'acheter que ce que vous comprenez et appréciez réellement. Une montre que vous portez avec plaisir reste un actif même si sa valeur ne progresse pas — c'est là toute la différence avec un placement purement financier.
Selon le site officiel de la Banque de France, les Français détiennent environ 6 000 milliards d'euros de patrimoine brut, dont une part croissante est investie dans des actifs non financiers et des biens de collection. La Banque de France publie annuellement ses analyses patrimoniales, utiles pour comprendre les tendances de diversification.
La question de la transmission
Les montres de luxe ont une particularité qui séduit les planificateurs successoraux : elles se transmettent facilement. Une Patek Philippe ou une Richard Mille limitée peut changer de mains sans notaire, sans acte, sans frais de transfert élevés — ce qui en fait un outil de transmission patrimoniale discret, bien que cette dimension doive être encadrée juridiquement.
Un conseil patrimonial personnalisé, tenant compte de votre situation familiale, de votre régime matrimonial et de vos objectifs successoraux, permettra de déterminer si et comment les montres de collection ont leur place dans votre stratégie de transmission.
Ce qu'il faut retenir
Les montres Richard Mille ne sont pas un placement universel. Elles s'adressent à des investisseurs déjà bien diversifiés, qui cherchent à ajouter une touche de passion à leur portefeuille. Si vous souhaitez explorer cette piste, consultez un conseiller en gestion de patrimoine avant tout achat. Un professionnel peut évaluer la cohérence de cet investissement avec votre profil de risque global.
Avertissement YMYL : Cet article est à but informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. Toute décision patrimoniale doit être prise avec l'accompagnement d'un professionnel agréé.

Véronique Cezanne