L'East African Crude Oil Pipeline (EACOP), le mégaprojet d'oléoduc porté par TotalEnergies en Afrique de l'Est, a atteint un taux d'avancement de 82% en avril 2026. L'infrastructure de 1 443 kilomètres reliant les gisements pétroliers ougandais au port tanzanien de Tanga est officiellement prévue pour son premier chargement de pétrole en juillet 2026. Mais le projet accumule des surcoûts préoccupants qui changent la donne pour les investisseurs exposés à TotalEnergies.
EACOP : l'état des lieux en mai 2026
Lancé par TotalEnergies avec ses partenaires ougandais et tanzaniens, l'EACOP est conçu pour transporter environ 216 000 barils par jour de brut ougandais. C'est l'un des plus longs oléoducs chauffés du monde — une caractéristique technique indispensable pour maintenir le pétrole ougandais en état liquide à travers un tracé de haute altitude.
À l'issue d'une inspection menée début février 2026 par la ministre ougandaise de l'Énergie Ruth Nankabirwa, EACOP Company a confirmé un avancement à plus de 75%, passé à 82% en avril selon les dernières données disponibles. Les parties prenantes ciblent juillet 2026 pour le premier chargement commercial, ce qui ferait de l'EACOP l'un des projets pétroliers les plus significatifs de la décennie en Afrique subsaharienne.
Les surcoûts qui changent le calcul financier
Le point de friction majeur pour les investisseurs : le coût total du projet a atteint environ 5,6 milliards de dollars, soit une hausse de 55% par rapport aux estimations initiales de 3,6 milliards. Cette dérive budgétaire dépasse largement les contingences habituellement provisionnées pour un projet d'infrastructure de cette envergure.
Pour l'Ouganda, partenaire minoritaire mais stratégique, ces surcoûts menacent directement les projections de recettes pétrolières sur lesquelles le pays avait fondé ses plans de développement. Plusieurs économistes spécialisés estiment que le délai nécessaire pour amortir l'investissement et générer des flux positifs pour l'État ougandais sera significativement allongé.
Pour TotalEnergies et ses actionnaires, la question est différente mais tout aussi sérieuse : comment ces surcoûts affectent-ils la rentabilité prévisionnelle du projet, et quels autres risques financiers doit-on intégrer dans l'évaluation de ce dossier ?
Les risques ESG qui pèsent sur la valorisation
L'EACOP est depuis plusieurs années au cœur d'une controverse internationale. Le Parlement européen a adopté en mai 2022 une résolution demandant la suspension du projet, invoquant des violations des droits humains — expulsions de communautés, atteintes à l'environnement et à l'accès à l'eau — ainsi que des risques climatiques incompatibles avec les objectifs de l'Accord de Paris.
Ces risques ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) ne sont pas uniquement symboliques. Ils ont des conséquences financières concrètes :
- Risque de financement : plusieurs banques européennes, dont des établissements français, ont renoncé à financer le projet sous pression des actionnaires et des régulateurs.
- Risque de réputation : TotalEnergies est régulièrement visée par des actions en justice et des campagnes d'activisme qui affectent son image de marque et sa capacité à attirer des capitaux ESG.
- Risque réglementaire : les nouvelles normes européennes sur la publication d'informations en matière de durabilité (directive CSRD) imposent aux grands groupes cotés une transparence accrue sur les impacts environnementaux et sociaux de leurs activités.
Pour un gestionnaire de patrimoine, ces facteurs s'ajoutent au risque financier classique lié à la dérive des coûts et doivent être intégrés dans toute analyse de la valeur TotalEnergies en portefeuille.
Ce que dit l'AMF sur les risques pour les investisseurs individuels
L'Autorité des Marchés Financiers (AMF) rappelle régulièrement que les investisseurs en actions d'une entreprise de la taille de TotalEnergies doivent distinguer les risques sectoriels (volatilité du prix du pétrole, transition énergétique), les risques spécifiques au projet (surcoûts, retards, arrêts judiciaires) et les risques réglementaires et de responsabilité (sanctions, contentieux environnementaux). Les ressources pédagogiques de l'AMF sur l'investissement en actions sont accessibles sur amf-france.org.
Pour un actionnaire individuel, l'EACOP représente une exposition indirecte à un projet controversé. Cette exposition ne justifie pas nécessairement une décision de vente, mais elle mérite d'être évaluée dans le contexte global du portefeuille, du profil de risque et des convictions ESG de l'investisseur.
Oléoduc à 82% : buy, hold ou sell pour TotalEnergies ?
Il n'existe pas de réponse universelle à cette question. La réponse dépend de la composition globale du portefeuille, de l'horizon d'investissement, de la tolérance au risque et des objectifs financiers de chaque investisseur. Voici cependant les éléments que tout gestionnaire de patrimoine sérieux analyserait :
- La capacité de TotalEnergies à absorber les surcoûts : avec un résultat net ajusté de plusieurs milliards d'euros par an et une position financière solide, le groupe dispose des ressources pour financer la dérive budgétaire de l'EACOP sans compromettre son bilan global.
- L'impact sur le dividende : TotalEnergies a maintenu une politique de dividende croissant ces dernières années. Les surcoûts d'EACOP n'ont pas encore conduit à une révision à la baisse de la politique de distribution — mais la vigilance s'impose.
- Le prix du pétrole : l'EACOP est rentable à un cours du Brent supérieur à environ 50 dollars. Avec le pétrole autour de 70 à 80 dollars début 2026, la fenêtre de rentabilité reste ouverte.
- Les procédures judiciaires en cours : plusieurs ONG ont engagé des procédures en France contre TotalEnergies sur la base du devoir de vigilance (loi de 2017). L'issue de ces contentieux reste incertaine mais pourrait avoir un impact financier non négligeable.
Pourquoi consulter un gestionnaire de patrimoine ?
La complexité de ce type de dossier illustre pourquoi l'investissement en actions d'entreprises exposées à des projets controversés bénéficie d'un accompagnement expert. Un gestionnaire de patrimoine ou un conseiller en investissement financier (CIF) peut vous aider à quantifier votre exposition réelle à TotalEnergies, à évaluer les scénarios de risque et à déterminer si cette position est cohérente avec votre stratégie globale.
Sur Expert Zoom, vous pouvez consulter un expert en gestion de patrimoine pour obtenir une analyse personnalisée de votre situation et des orientations claires sur vos investissements en actions d'entreprises exposées aux risques ESG et aux grands projets d'infrastructure énergétique.
