Jacques Attali a présenté début avril 2026, au festival Quais du Polar de Lyon, son nouveau thriller Vos rêves seront bientôt les miens — une fiction noire qui explore comment l'intelligence artificielle pourrait un jour accéder à nos processus cognitifs et manipuler nos pensées. Si l'œuvre est romanesque, le fond ne l'est pas : les neurotechnologies connectées à l'IA progressent à un rythme alarmant, et les cadres juridiques et techniques pour les encadrer sont encore lacunaires. Pour les entreprises françaises et leurs équipes informatiques, c'est un défi qui s'impose dès maintenant.
Ce qu'Attali pressent que la loi ne voit pas encore
Dans son roman, Attali imagine un futur proche où des interfaces cerveau-machine — déjà commercialisées par des entreprises comme Neuralink — peuvent être piratées ou manipulées à distance. La dystopie est fictive, mais la technologie sous-jacente est bien réelle.
En France et en Europe, le cadre réglementaire des neurotechnologies est encore embryonnaire. Le Règlement européen sur l'IA (EU AI Act), entré partiellement en vigueur en 2024, classe les systèmes d'IA capables d'influencer les comportements humains parmi les risques élevés — mais ne couvre pas spécifiquement les interfaces cerveau-machine ni les dispositifs neurologiques connectés.
Le Conseil de l'Europe a adopté en mars 2024 la première convention internationale sur l'IA, incluant des dispositions sur la protection des droits fondamentaux dans le contexte des systèmes automatisés. La France l'a signée, mais les textes d'application nationaux tardent.
Pour un expert en sécurité informatique ou en conformité réglementaire, cette situation crée une zone grise : comment conseiller une entreprise qui souhaite déployer ou tester des technologies d'IA neuro-assistée sans cadre légal précis ?
Les risques concrets pour les entreprises en 2026
Au-delà de la science-fiction, les risques liés à l'IA dans le domaine des données cognitives et comportementales sont déjà présents dans le quotidien des organisations :
Les systèmes d'IA émotionnelle : Des outils de RH basés sur l'IA peuvent analyser les expressions faciales, le ton de la voix ou les patterns comportementaux d'un salarié pour évaluer son engagement ou sa productivité. En France, l'utilisation de tels outils sans information préalable des salariés constitue une violation de l'article L1222-4 du Code du travail et des dispositions RGPD sur les données biométriques.
Les assistants IA en entreprise : L'intégration d'assistants IA conversationnels dans les flux de travail pose des questions de confidentialité. Selon une étude de l'ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) publiée en janvier 2026, 34 % des incidents de fuite de données signalés en 2025 impliquaient une exposition involontaire via des outils IA grand public utilisés en contexte professionnel.
Les interfaces neuronales en milieu médical : Le secteur de la santé commence à expérimenter des dispositifs connectés capables de transmettre des données neurales en temps réel. Ces données constituent des données de santé au sens du RGPD — catégorie particulièrement protégée — et leur traitement exige des garanties techniques et contractuelles très strictes.
RGPD et neurotechnologies : ce que votre DSI doit savoir
Le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) constitue aujourd'hui le premier rempart légal contre les abus liés aux données cognitives. Plusieurs points méritent une attention particulière de la part des équipes informatiques :
La qualification des données neurales : Toute donnée issue d'un dispositif mesurant l'activité cérébrale (EEG, interface cerveau-machine) est potentiellement qualifiable de donnée biométrique ou de donnée de santé. Ces catégories spéciales exigent, en vertu de l'article 9 du RGPD, une base légale renforcée — consentement explicite, intérêt public ou nécessité médicale.
L'obligation de Privacy by Design : Tout nouveau système d'information intégrant de l'IA doit être conçu dès l'origine en respectant les principes de minimisation des données et de protection dès la conception. Cette obligation, définie à l'article 25 du RGPD, implique une revue technique approfondie avant tout déploiement.
La DPIA (Data Protection Impact Assessment) : Pour tout traitement de données susceptible d'engendrer un risque élevé — ce qui inclut les systèmes d'IA émotionnelle et les dispositifs neuro-connectés —, une analyse d'impact est obligatoire avant la mise en service. Son absence peut entraîner des amendes jusqu'à 2 % du chiffre d'affaires mondial selon l'article 83 du RGPD.
L'IA Act : ce qui change pour les entreprises françaises dès 2026
L'EU AI Act introduit une classification des systèmes d'IA selon leur niveau de risque. Pour les entreprises françaises, deux catégories sont particulièrement critiques :
Les systèmes à risque inacceptable — dont les systèmes de notation sociale et les technologies de manipulation subliminale — sont purement et simplement interdits depuis le 2 février 2025. Les systèmes à haut risque — incluant les IA utilisées dans les RH, l'éducation ou les infrastructures critiques — devront être conformes d'ici août 2026.
Concrètement, cela signifie que les entreprises disposent de quelques mois pour auditer leurs systèmes, mettre à jour leurs registres de traitement et, si nécessaire, reconfigurer leurs outils. Un consultant en cybersécurité ou en conformité IA peut identifier rapidement les zones de risque et proposer un plan d'action priorisé.
Ce que révèle Attali au-delà du roman
Si Jacques Attali a choisi de faire de l'IA neuro-invasive le cœur de son thriller, ce n'est pas un hasard. L'économiste et prospectiviste surveille les évolutions technologiques depuis plus de cinquante ans. Son message est simple : les démocraties qui ne légifèrent pas vite sur ces technologies seront dépassées par des acteurs — États ou entreprises — qui n'ont aucun scrupule à les utiliser.
Pour les professionnels de l'informatique, la question n'est plus "faut-il se préparer ?" mais "par où commencer ?". Un expert en sécurité informatique ou en conformité réglementaire peut vous accompagner dans ce diagnostic, depuis l'audit de vos outils IA existants jusqu'à la formation de vos équipes sur les nouvelles obligations légales.
Sur Expert Zoom, des spécialistes en intelligence artificielle et conformité numérique peuvent vous aider à anticiper ces changements réglementaires et protéger votre organisation.
L'ANSSI publie des guides pratiques sur la sécurisation des systèmes d'IA accessibles sur cyber.gouv.fr.
