Apple doit se conformer à l'injonction Epic : ce que les développeurs français doivent retenir

Stand Epic Games à Berlin, fabricant de Fortnite et App Store rival

Photo : Sergey Galyonkin / Wikimedia

Martial Martial GregInformatique
5 min de lecture 1 mai 2026

Le 29 avril 2026, la cour d'appel fédérale américaine a rendu une décision qui va remodeler le paysage numérique mondial : Apple ne peut plus facturer de commission sur les paiements effectués via des liens externes dans ses applications. Cette victoire judiciaire d'Epic Games — l'éditeur de Fortnite — n'est pas qu'une affaire américaine. Pour les développeurs et entreprises français, elle marque un tournant dans la façon dont les plateformes technologiques peuvent monétiser leur écosystème.

L'essentiel : ce que le tribunal a décidé

Depuis 2021, Apple faisait l'objet d'une injonction lui interdisant d'empêcher les développeurs de rediriger leurs utilisateurs vers des systèmes de paiement externes. Apple avait contourné cette obligation en imposant une commission de 27 % sur tout paiement réalisé en dehors de l'App Store via un lien externe — pratiquement équivalente à sa commission habituelle de 30 %.

Le 29 avril 2026, le 9e Circuit de la cour d'appel américaine a refusé d'accorder à Apple un sursis pendant son recours devant la Cour suprême. Résultat : Apple doit se conformer immédiatement à l'injonction, sans pouvoir percevoir de commission sur ces paiements externes tant que le litige se poursuit. Apple a déposé un recours devant la Cour suprême le 6 avril 2026, mais cette démarche ne suspend plus l'obligation.

Parallèlement, Epic avait aussi gagné un autre front : le 4 mars 2026, Google a conclu un accord avec Epic, abaissant sa commission sur le Play Store à 20 % (contre 30 % auparavant), avec 10 % pour les abonnements récurrents. Fortnite est revenu sur le Google Play Store mondial le 19 mars 2026.

Ce que cela change concrètement pour les développeurs

Pour un développeur ou une entreprise qui distribue ses applications sur iOS, cette décision a des implications directes :

1. Des paiements alternatifs sans surcoût légal Aux États-Unis, il devient illégal pour Apple de facturer sa commission sur un paiement réalisé via un lien externe. Un utilisateur qui achète un abonnement en passant par le site web d'un éditeur, puis revient dans l'application, ne fait plus passer de revenus par la caisse d'Apple.

2. En Europe, le Règlement sur les marchés numériques (DMA) va plus loin Ce que le tribunal américain vient d'imposer à Apple aux États-Unis, le droit européen l'exige déjà. Le Digital Markets Act (DMA) — en vigueur depuis mars 2024 — oblige les "contrôleurs d'accès" désignés par la Commission européenne, dont Apple, à permettre la concurrence dans la distribution d'applications et dans les systèmes de paiement. La Commission européenne a déjà ouvert des procédures formelles contre Apple pour non-conformité au DMA.

Pour les développeurs français, cela signifie qu'ils disposent théoriquement du droit de proposer des méthodes de paiement alternatives sur iOS en Europe. Mais mettre en œuvre ce droit techniquement et commercialement reste complexe, et Apple conteste encore l'étendue exacte de ses obligations dans l'UE.

3. Des modèles économiques à revoir Un développeur français qui générait, par exemple, 100 000 € de revenus annuels via l'App Store payait jusqu'à 30 000 € de commission à Apple. Avec la possibilité de proposer un paiement externe sans surcoût, le modèle économique change radicalement — à condition de bien configurer les flux techniques et les mentions légales.

Pourquoi consulter un expert informatique avant de modifier vos pratiques de paiement

Cette évolution juridique ne signifie pas que chaque développeur peut immédiatement supprimer les paiements intégrés (IAP) d'Apple et les remplacer par un lien vers sa propre caisse. Plusieurs contraintes subsistent :

  • Les obligations de conformité DMA en Europe : l'interopérabilité forcée d'Apple implique des conditions techniques spécifiques que les développeurs doivent respecter pour y accéder.
  • Les CGU d'Apple : Apple met régulièrement à jour ses conditions d'utilisation et ses règles App Store. Ce qui est autorisé aujourd'hui peut changer demain, ou s'accompagner de nouvelles exigences techniques.
  • La sécurisation des paiements : mettre en place un système de paiement alternatif implique de respecter la directive PSD2 en Europe, les exigences de la CNIL sur la collecte de données de paiement, et les règles DSA sur la transparence commerciale.
  • Le risque de retrait de l'App Store : Apple a historiquement utilisé ses CGU pour retirer des applications non conformes à ses règles. Même si la légalité des commissions est en débat, un développeur qui modifie ses pratiques unilatéralement sans audit préalable s'expose à un blocage.

Sur ExpertZoom, des consultants en informatique et des spécialistes de la conformité numérique peuvent analyser votre application et vos flux de revenus pour identifier les opportunités ouvertes par ces décisions judiciaires, tout en anticipant les risques d'audit Apple ou de non-conformité réglementaire européenne.

Le contexte plus large : Epic Games, FTC et les droits des utilisateurs

La bataille d'Epic contre Apple est souvent présentée comme un affrontement entre géants technologiques. Mais elle touche aussi les droits des consommateurs. En 2022, la Commission fédérale du commerce américaine (FTC) avait obtenu un règlement de 520 millions de dollars d'Epic Games — 275 millions pour violation des règles de protection des enfants en ligne (COPPA) et 245 millions de remboursements à des joueurs victimes de pratiques commerciales trompeuses (achats involontaires, dark patterns).

Ce précédent illustre que la surveillance des pratiques des grandes plateformes de jeux et d'applications s'intensifie des deux côtés de l'Atlantique. Pour les utilisateurs français, l'ARCOM et la CNIL exercent des fonctions équivalentes — et les entreprises qui distribuent des applications en France ont tout intérêt à s'assurer que leurs pratiques commerciales respectent à la fois le DMA, le RGPD et les règles sur les pratiques commerciales déloyales.

Ce que les entreprises françaises doivent retenir

La décision américaine du 29 avril 2026 confirme une tendance de fond : les grandes plateformes technologiques ne peuvent plus maintenir des modèles de revenus opaques et fermés. Pour les développeurs et entrepreneurs français, il est maintenant stratégiquement pertinent de :

  1. Auditer vos flux de revenus sur l'App Store et le Play Store
  2. Évaluer les droits que le DMA vous ouvre en Europe
  3. Sécuriser techniquement et juridiquement tout passage à des paiements alternatifs
  4. Anticiper les mises à jour des CGU d'Apple et de Google

Un consultant en systèmes d'information ou un expert en droit numérique peut vous aider à transformer ce changement réglementaire en avantage concret, sans risque pour votre présence sur les stores.

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