Katrina Patchett, danseuse emblématique de Danse avec les stars sur TF1, a brisé le silence le 10 avril 2026 en publiant son livre Mon corps, mon combat (Fayard). Dans cet ouvrage de 312 pages, la danseuse australienne de 39 ans raconte pour la première fois avec une franchise bouleversante sa lutte contre la boulimie — une maladie qui l'a rongée pendant des années dans le secret des coulisses. Son témoignage relance un débat de santé publique essentiel : combien de personnes souffrent de troubles du comportement alimentaire (TCA) sans jamais consulter ?
Avertissement : cet article aborde des troubles du comportement alimentaire (TCA). Si vous êtes touché(e) par ces sujets, des professionnels de santé spécialisés peuvent vous accompagner.
Ce que révèle le livre de Katrina Patchett
Dans Mon corps, mon combat, Katrina Patchett décrit avec une précision troublante la mécanique de la boulimie : les crises de nourriture en secret, les vomissements provoqués dans les toilettes des loges, la honte tenace qui empêchait d'en parler. « Je mangeais et je me faisais vomir », confie-t-elle, décrivant un comportement qui avait commencé dans le monde de la danse compétitive, sous la pression d'un père lui-même ancien danseur professionnel et de régimes alimentaires imposés dès l'enfance.
La boulimie s'installe souvent ainsi : progressivement, par glissement, dans des environnements à forte exigence corporelle — danse, sport de haut niveau, mannequinat, mais aussi milieu scolaire compétitif. Ce qui commence comme une "solution" temporaire au stress ou à la prise de poids devient rapidement une compulsion difficile à briser seul.
Le tournant pour Katrina Patchett est venu d'une découverte extérieure : son ex-belle-mère l'a surprise et lui a exprimé sa détresse. Ce regard externe, cette prise de conscience que sa maladie affectait aussi ses proches, a déclenché une quête de soins. Aujourd'hui, elle dit avoir appris à aimer son corps — et souhaite que son livre soit un miroir pour toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans son histoire.
Boulimie : ce que les médecins observent
La boulimie nervosa est un trouble du comportement alimentaire caractérisé par des épisodes récurrents d'hyperphagie (ingestion de grandes quantités de nourriture en peu de temps), suivis de comportements compensatoires : vomissements provoqués, abus de laxatifs, jeûne prolongé ou exercice physique excessif.
Selon les données de Santé publique France, les TCA touchent environ 3 à 5 % de la population — avec une surreprésentation des femmes et une apparition souvent à l'adolescence ou chez les jeunes adultes. Mais les hommes sont également concernés, même si le sujet reste encore plus tabou pour eux.
Les conséquences médicales sont sérieuses et souvent sous-estimées :
- Érosion dentaire causée par l'acidité des reflux gastriques
- Déséquilibres électrolytiques (potassium, sodium) pouvant entraîner des arythmies cardiaques
- Inflammation chronique de l'œsophage et risque de syndrome de Mallory-Weiss
- Gonflement des glandes salivaires (parotidites)
- Carences nutritionnelles impactant le système immunitaire, la peau, les cheveux
La boulimie peut coexister avec d'autres troubles psychiques : dépression, anxiété généralisée, troubles de la personnalité. C'est pourquoi un suivi médical pluridisciplinaire — médecin généraliste, psychiatre ou psychologue, diététicien — est souvent nécessaire pour traiter le trouble dans sa globalité.
Quand consulter un médecin pour un TCA ?
L'un des plus grands obstacles au soin des TCA reste le déni — ou la honte. Beaucoup de personnes souffrant de boulimie n'en parlent à personne pendant des mois, voire des années. Le témoignage de Katrina Patchett est précieux précisément parce qu'il dit : c'est possible de s'en sortir, à condition d'oser chercher de l'aide.
Les signes qui doivent alerter — chez soi ou chez un proche :
- Épisodes répétés de consommation rapide et excessive de nourriture, souvent en cachette
- Sentiment de perte de contrôle pendant ces épisodes
- Comportements compensatoires réguliers (vomissements, laxatifs, sport intensif)
- Préoccupation excessive pour le poids, la forme corporelle, les aliments
- Repli social autour des repas, évitement des situations alimentaires partagées
- Signaux physiques : joues gonflées, cicatrices sur les articulations (signe de Russell), dents abîmées
Un médecin généraliste est le premier interlocuteur à consulter : il peut évaluer la situation, orienter vers un spécialiste (psychiatre, psychologue clinicien spécialisé en TCA) et prescrire des bilans biologiques pour détecter les carences ou déséquilibres. Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ont montré une efficacité solide dans le traitement de la boulimie. Des médications peuvent également être prescrites en complément, selon les cas.
L'effet Katrina : quand la célébrité brise le tabou
Le livre de Katrina Patchett n'est pas le premier témoignage public sur un TCA — mais il s'inscrit dans un mouvement de libération de la parole qui peut avoir un impact réel sur les comportements de santé. Quand une personnalité médiatique raconte sa maladie, des milliers de personnes se reconnaissent et passent parfois à l'action : prendre rendez-vous avec un médecin, en parler à un proche, chercher des ressources.
Des sujets comme l'addiction ou la santé mentale des jeunes, abordés récemment dans des analyses médias comme pour Euphoria, montrent que la culture populaire peut être un vecteur puissant de sensibilisation. La boulimie ne fait pas exception : plus on en parle, moins elle reste dans l'ombre.
En France, l'association Anorexie Boulimie Info (numéro vert 0 800 900 260) propose une écoute gratuite et anonyme pour les personnes concernées et leurs proches. Le site de Santé publique France propose également des ressources documentaires accessibles.
Oser consulter : un acte de courage, pas de faiblesse
Katrina Patchett l'écrit sans détour : elle a failli mourir plusieurs fois. La boulimie n'est pas un caprice ni une question de volonté — c'est une maladie sérieuse qui répond à des traitements efficaces, à condition d'être prise en charge à temps.
Si vous vous reconnaissez dans ces descriptions, ou si vous êtes inquiet(e) pour un proche, n'attendez pas que "ça passe". Consultez un médecin, un psychologue ou un diététicien spécialisé en TCA. Le premier rendez-vous est souvent le plus difficile à prendre — et le plus décisif.
