Benoît Paire absent de Roland-Garros 2026 : 12 infiltrations en 18 mois, les médecins du sport s'expriment

Benoît Paire lors d'un match de tennis, symbole des blessures chroniques chez les sportifs de haut niveau

Photo : Carine06 from UK / Wikimedia

4 min de lecture 1 juin 2026

Benoît Paire ne foule pas la terre battue de Roland-Garros 2026. Le Français de 36 ans, ancien 18e mondial, n'a pas reçu de wild card pour cette édition (attribuées à Gaël Monfils, Hugo Gaston, Arthur Gea et Moïse Kouamé). La raison est connue depuis l'été 2025 : douze infiltrations en dix-huit mois n'ont pas suffi à éteindre ses douleurs chroniques au dos et à l'épaule. Le 2 juillet 2025, il annonçait une «pause provisoire» sur Instagram. Neuf mois plus tard, il apparaissait comme capitaine d'équipe lors des Roland-Garros eSeries by Renault, le 23 mai 2026 : spectateur d'un tournoi qu'il a disputé quinze fois. Ce cas clinique pose une question que les médecins du sport connaissent bien : pourquoi les infiltrations répétées échouent-elles à soigner les douleurs chroniques du sportif de haut niveau ?

Douze infiltrations : quand le traitement symptomatique ne suffit plus

Une infiltration est une injection locale de corticoïdes ou d'acide hyaluronique, destinée à réduire une inflammation. Dans le traitement des tendinopathies et des hernies discales, elle soulage rapidement mais ne traite pas la cause. Répétée au-delà de trois à quatre fois par an sur une même articulation, elle présente des risques bien documentés : fragilisation du cartilage, ostéoporose locale, infections, et surtout risque de rupture tendineuse si l'athlète reprend trop vite l'effort.

Benoît Paire déclarait en janvier 2026 au moment de son retour au Challenger de Quimper, où il s'inclinait au premier tour face à Benjamin Bonzi (6-4, 6-3) : «J'hésitais à raccrocher en fin de saison dernière à cause de trop de douleurs au dos, mais avec beaucoup de soins et de renforcement musculaire je me sens de mieux en mieux.» Le retour n'a pas tenu. Aucun tournoi ATP depuis Newport en juillet 2024.

Selon la Haute Autorité de Santé, les recommandations cliniques pour les lombalgies chroniques insistent sur la prise en charge multimodale : kinésithérapie active, renforcement musculaire profond, éducation thérapeutique, et recours chirurgical uniquement en dernier ressort. Les infiltrations répétées hors de ce cadre sont considérées comme une stratégie de «court terme» qui peut masquer des signaux d'alerte importants.

Les alternatives médicales aux infiltrations répétées

La médecine du sport dispose aujourd'hui d'un arsenal bien plus large que la seule infiltration. Les médecins spécialisés orientent en priorité vers des approches qui traitent la cause, pas le symptôme :

Renforcement musculaire excentrique et isométrique. Pour les tendinopathies (rotule, tendon d'Achille, coiffe des rotateurs), les protocoles de renforcement excentrique ont prouvé leur efficacité à long terme, contrairement aux infiltrations répétées qui inhibent parfois le signal de douleur utile à la guérison.

Thérapie par ondes de choc extracorporelles (OCSE). Non invasive, elle stimule la cicatrisation tendineuse et est recommandée en première ou deuxième intention pour les tendinopathies calcanéennes et de la coiffe.

Plasma riche en plaquettes (PRP). Encore débattu dans la littérature scientifique, le PRP consiste à injecter des facteurs de croissance extraits du propre sang du patient pour favoriser la régénération tissulaire. Ses résultats sont jugés prometteurs dans certaines tendinopathies sévères.

Chirurgie décompressive lombaire. En cas de hernie discale avec compression radiculaire persistante, la chirurgie (microdiscectomie) peut offrir un soulagement durable là où les infiltrations ont échoué. La décision doit être prise avec un neurochirurgien ou un chirurgien orthopédiste du rachis.

On retrouve des trajectoires similaires chez d'autres joueurs français. La blessure dorsale d'Arthur Fils, diagnostiquée comme fracture de stress, et le retour progressif de Tommy Paul après plusieurs mois d'arrêt illustrent combien les blessures chroniques chez le sportif de haut niveau exigent une gestion pluridisciplinaire rigoureuse.

Quand consulter un médecin du sport : les signaux qui imposent d'agir

Pour les sportifs amateurs, les signaux d'alerte sont souvent minimisés. La douleur «passe toujours» après l'échauffement, les activités ne sont jamais complètement stoppées. Pourtant, certains signes imposent une consultation médicale sans délai :

  • Douleur persistante au-delà de trois mois malgré le repos relatif
  • Douleur nocturne ou douleur au repos (signe d'inflammation active ou de lésion structurelle)
  • Limitation fonctionnelle progressive : amplitude articulaire réduite, force diminuée
  • Échec de deux infiltrations sur la même zone en moins de six mois
  • Paresthésies ou fourmillements dans un membre (signe neurologique à explorer en urgence)
  • Recrudescence des douleurs malgré l'arrêt complet de l'activité sportive

Dans ces cas, le médecin du sport réalise un bilan clinique approfondi et prescrit les examens complémentaires nécessaires (IRM, échographie musculo-tendineuse, électromyogramme). Il coordonne ensuite l'équipe de soins : kinésithérapeute, chirurgien si besoin, et psychologue du sport pour gérer l'impact mental de l'arrêt prolongé.

L'impact mental : la dimension que les sportifs ignorent

Benoît Paire est apparu souriant sur les réseaux sociaux lors des eSeries du 23 mai 2026. Mais les médecins du sport savent que les arrêts prolongés génèrent des conséquences psychologiques importantes : perte d'identité, anxiété, dépression, syndrome de manque lié à l'effort physique. Ces aspects doivent être intégrés à la prise en charge globale.

Pour un professionnel comme Paire, dont la carrière touche à sa fin à 36 ans quel qu'en soit le scénario, la question de la reconversion est également médicalement pertinente : le suivi d'un médecin du sport accompagne aussi la transition post-carrière, notamment pour éviter les pathologies articulaires et cardiovasculaires à long terme liées à des années d'effort intense.

Pour les sportifs amateurs ou de compétition confrontés à des douleurs chroniques, un médecin du sport spécialisé peut être consulté via Expert Zoom, pour un bilan complet et une prise en charge adaptée à votre niveau de pratique.

Cet article est à visée informative. Il ne remplace pas un avis médical. Toute douleur chronique ou limitation fonctionnelle doit faire l'objet d'une consultation médicale spécialisée.

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