Une réforme adoptée fin 2025 va changer radicalement les règles de l'arrêt maladie en France à partir du 1er septembre 2026 : la durée initiale sera limitée à un mois, avec un renouvellement possible de deux mois seulement. Des millions de salariés sont concernés, et beaucoup ignorent encore leurs droits face à cette nouvelle contrainte.
Ce que change la réforme du 1er septembre 2026
Jusqu'ici, un médecin pouvait prescrire un arrêt maladie pour la durée qu'il jugeait nécessaire, sans plafond légal. La réforme, votée en loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, fixe désormais des bornes claires :
- Arrêt initial : 1 mois maximum
- Renouvellement : 2 mois maximum par renouvellement
- Exceptions médicales : les médecins pourront dépasser ces limites avec une justification explicite dans le dossier médical
Cette règle s'applique aux arrêts prescrits à partir du 1er septembre 2026. Les arrêts en cours à cette date ne sont pas rétroactivement impactés, selon les précisions apportées par le ministère de la Santé.
Les indemnités journalières en 2026 : combien touchez-vous ?
Le montant maximum des indemnités journalières versées par la Sécurité sociale a été revalorisé au 1er février 2026 à 41,95 € par jour, contre 41,47 € en 2025. Ce calcul repose sur 50 % du salaire journalier de base, plafonné à 1,4 fois le SMIC mensuel brut (soit 2 552,24 € en 2026).
Trois jours de carence restent applicables : les indemnités débutent au quatrième jour d'arrêt. Selon l'Assurance Maladie (Ameli.fr), les conditions d'ouverture des droits exigent soit 150 heures de travail salarié dans les trois mois précédents, soit 1 015 fois le montant horaire du SMIC sur les six derniers mois.
Un acquis important introduit en 2024 subsiste : les salariés accumulent désormais jusqu'à deux jours ouvrables de congés payés par mois d'absence pour maladie, dans la limite de 24 jours par période de référence.
Pourquoi cette réforme inquiète médecins et patients
Plusieurs syndicats médicaux ont exprimé leurs réserves. Le Dr Marc Dupont, médecin généraliste en Seine-Saint-Denis, résume la tension dans Libération : « Un mois ne suffit pas pour les convalescences longues après une chirurgie ou une dépression sévère. Le risque, c'est que les patients reprennent trop tôt et rechutent. »
Du côté des patients, la réforme génère plusieurs interrogations légitimes :
- Que se passe-t-il si mon médecin juge que je ne suis pas guéri à l'issue du premier mois ? Il devra justifier sa prescription prolongée dans le dossier médical. Aucun salarié ne sera forcé de reprendre sans aval médical.
- Mon employeur peut-il me licencier si l'arrêt dépasse la durée standard ? Non. Un licenciement pour cause d'absence maladie justifiée reste illégal, sauf si votre convention collective prévoit des dispositions spécifiques ou si le poste doit être pourvu.
- Puis-je refuser de reprendre si je ne me sens pas en état ? Oui, à condition que votre médecin renouvelle l'arrêt. La reprise ne peut être imposée.
Les pathologies les plus concernées
La réforme impacte davantage certains profils de patients. Les arrêts dépassant un mois concernent notamment :
- Les suites opératoires (orthopédie, chirurgie abdominale, cardiologie)
- Les troubles de santé mentale : burn-out, dépression, anxiété sévère
- Les maladies chroniques en phase aiguë : maladies auto-immunes, cancer
- Les accidents du travail complexes
Pour ces situations, le médecin traitant doit anticiper la rédaction des justificatifs de prolongation dès le premier arrêt. Il est recommandé de réaliser un bilan complet en consultation dédiée avant la fin du premier mois, afin que le professionnel de santé dispose de tous les éléments pour argumenter une poursuite de l'arrêt si nécessaire.
Quand consulter un médecin sans attendre
Cette réforme renforce l'importance de consultations médicales régulières, et non uniquement en phase de crise. Voici les situations qui méritent un avis médical en amont d'un arrêt :
- Vous sentez votre état se dégrader avant même d'être en arrêt : anticiper permet de mieux planifier la durée dès la première prescription
- Vous êtes en mi-temps thérapeutique : les règles peuvent différer selon votre situation
- Votre médecin traitant est absent : un autre praticien peut prescrire un arrêt, mais la cohérence du suivi médical est essentielle
- Votre employeur conteste l'arrêt : la Caisse primaire peut diligenter un contrôle médical ; avoir un dossier documenté est une protection
Un médecin généraliste ou spécialiste peut vous accompagner pour structurer votre parcours de soins et anticiper les démarches administratives liées à l'arrêt, notamment dans les cas complexes ou prolongés.
Ce que doivent faire les salariés dès maintenant
Avant septembre 2026, plusieurs précautions s'imposent pour les personnes déjà en arrêt ou susceptibles de l'être :
- Vérifiez votre convention collective : certains secteurs prévoient un maintien de salaire au-delà des indemnités journalières de la Sécurité sociale, ce qui reste indépendant de la durée de l'arrêt
- Constituez un dossier médical complet si vous êtes atteint d'une pathologie chronique
- Parlez à votre médecin de la réforme à venir : il pourra adapter sa pratique en prévision
L'arrêt maladie est un droit fondamental du salarié. Cette réforme ne le supprime pas, mais elle en encadre davantage l'exercice. Anticiper avec un professionnel de santé reste la meilleure façon de préserver sa santé sans risquer sa situation professionnelle.
Cet article traite d'un sujet de santé et de droit du travail. Consultez votre médecin traitant et, si nécessaire, un avocat spécialisé en droit social pour toute situation personnelle.
