Depuis le 5 août 2026, l'IGA Stadium de Montréal ressemble à un champ de bataille après une vague d'éliminations qui a balayé les favoris. Alexander Zverev, tête de série numéro 1 et grand favori du National Bank Open présenté par Rogers, s'est incliné face au Néerlandais Tallon Griekspoor en trois sets (6-7 [3], 6-2, 6-4). Dans la foulée, Daniil Medvedev (4e tête de série) a été éliminé par son compatriote Botic van de Zandschulp, et Taylor Fritz (7e) a lui aussi quitté prématurément le tableau. Avant même le troisième tour d'un tournoi doté de 9 415 725 dollars américains, à peine trois têtes de série du top 10 restaient en lice. Pour des milliers de spectateurs canadiens qui avaient acheté leurs billets des semaines à l'avance en espérant voir les stars du tennis mondial jouer à Montréal, la question se pose : ont-ils des recours juridiques ?
Une hécatombe historique en cinq jours de compétition
Le National Bank Open est l'un des événements sportifs les plus importants du calendrier canadien. Ce Masters 1000 du circuit ATP, organisé chaque année en alternance entre Montréal et Toronto, attire des dizaines de milliers de spectateurs et figure parmi les rares occasions pour les amateurs canadiens de tennis de voir les meilleurs joueurs de la planète évoluer en sol québécois. L'édition 2026 se déroule du 2 au 13 août à l'IGA Stadium, sur surface dure extérieure, dans un contexte où l'affluence avait retrouvé ses niveaux records d'avant-pandémie.
Mais dès la cinquième journée, le tableau avait pris des allures de roman policier. Outre les défaites de Zverev, Medvedev et Fritz, Shang Juncheng a sauvé cinq balles de match consécutives pour renverser Andrey Rublev dans l'un des matchs les plus spectaculaires de l'édition. Cameron Norrie a écarté Alex de Minaur. Des joueurs comme Arthur Fils, Jiri Lehecka et Rafael Jodar se retrouvaient en troisième tour avant même que les favoris n'aient eu le temps de s'installer.
Pour les organisateurs, c'est le spectacle du sport dans toute son imprévisibilité. Pour des spectateurs ayant déboursé entre 80 et 450 dollars canadiens par billet — sans compter les hôtels, le transport et les forfaits famille —, c'est une question plus prosaïque qui se pose : à qui s'adresser, et avec quels arguments ?
Ce que dit réellement la Loi sur la protection du consommateur du Québec
La Loi sur la protection du consommateur du Québec (LPC, RLRQ c P-40.1) et son organe d'application, l'Office de la protection du consommateur (OPC), encadrent les transactions entre commerçants et consommateurs québécois, y compris la vente de billets pour des événements sportifs. Mais leur application à la situation du National Bank Open 2026 est plus nuancée qu'un simple droit au remboursement automatique.
La LPC distingue clairement trois grandes situations :
1. Annulation totale de l'événement. Si le tournoi avait été annulé — pour cause de catastrophe naturelle, de grève, ou de décision administrative —, le consommateur aurait droit à un remboursement intégral selon l'article 11.2 de la LPC, introduit lors des amendements de 2018. Ce scénario ne s'applique pas ici : l'événement se tient normalement.
2. Modification substantielle des conditions. Un changement de lieu, de dates ou de nature de l'événement ouvre un droit au remboursement. Là encore, ce n'est pas le cas.
3. Fausse représentation dans la publicité. C'est ici que la situation du National Bank Open 2026 prend une dimension juridiquement intéressante. L'article 219 de la LPC interdit à tout commerçant de faire une représentation fausse ou trompeuse à un consommateur, et les articles 272 et 278 permettent d'obtenir des dommages-intérêts ou la résolution du contrat en cas de violation prouvée. Si des billets ont été commercialisés avec des mentions explicites sur la présence de certains joueurs — noms affichés en page de vente, photos de Zverev ou Medvedev associées à des sessions spécifiques, ou garanties implicites de participation — une réclamation pour pratique commerciale déloyale pourrait être fondée.
La nuance fondamentale reste cependant la suivante : dans l'immense majorité des cas, les billets de tournois sportifs donnent accès à une session ou un court, et non à un match impliquant un joueur nommé. C'est dans les conditions générales de vente que tout se joue — et peu de spectateurs les lisent attentivement avant l'achat.
Cas concret : Sophie a payé 340 $ pour une session que Zverev ne jouera pas
Voici un scénario réaliste qui illustre où se situe la frontière légale. Sophie, 36 ans, technicienne en informatique à Longueuil, achète le 20 juin 2026 un billet premium de 340 $ pour la session du vendredi 8 août sur le Court Central, annoncée comme la session des huitièmes de finale masculins. La page de vente affiche une photo d'Alexander Zverev avec la légende « #1 mondial en action à Montréal cet été », et le descriptif précise que « les principales têtes de série seront en compétition lors de cette session ».
Le 5 août, Zverev est éliminé. La session du 8 août se tient — mais sans la moindre tête de série du top 10.
Analyse si/alors avec chiffres à l'appui :
Si la page de vente au moment de l'achat indiquait spécifiquement la présence de Zverev ou des « principales têtes de série » pour cette session du 8 août → Sophie dispose d'un fondement solide pour invoquer l'article 219 LPC (représentation trompeuse). Elle peut réclamer l'annulation du contrat et le remboursement de 340 $.
Si le site indiquait seulement « accès Court Central — session vendredi » sans mention de joueurs → la réclamation est plus difficile, bien que la publicité globale du tournoi avec Zverev en vedette puisse constituer un argument d'ambiance commerciale.
Si Sophie a payé par carte de crédit Visa ou Mastercard → elle peut initier une rétrofacturation (chargeback) pour non-conformité du service dans les 120 jours suivant la transaction, sans passer par l'OPC ni engager d'avocat.
Si la valeur estimée du préjudice dépasse 100 $ mais reste sous 15 000 $ → la Division des petites créances de la Cour du Québec constitue une voie rapide, accessible sans représentation obligatoire par un avocat, et dont les frais de dépôt sont inférieurs à 75 $.
Si plusieurs amis ou connaissances de Sophie sont dans la même situation et ont acheté des billets sous les mêmes conditions → une action collective (recours collectif) coordonnée par un cabinet spécialisé peut être envisagée, sans frais initiaux pour les membres du groupe.
Un avocat en droit de la consommation peut évaluer en moins de trente minutes si le dossier de Sophie est solide et quelle voie est la plus efficace — rétrofacturation, OPC, petites créances ou mise en demeure directe.
Ce que vous pouvez faire maintenant si vous êtes concerné
Que vous ayez assisté à la session ou que vous n'y soyez pas encore allé dans l'attente d'une réponse de l'organisateur, voici les étapes concrètes à suivre :
Rassemblez toutes vos preuves. Conservez les emails de confirmation, captures d'écran de la page de vente au moment de l'achat (utilisez la Wayback Machine ou archive.org si la page a changé), publicités reçues par email, et relevés de carte de crédit.
Relisez les conditions générales de vente. Cherchez les clauses portant sur les politiques de remboursement, la garantie relative aux joueurs participants et les événements de force majeure. Ce sont ces clauses qui détermineront la solidité de votre réclamation.
Contactez l'organisateur par écrit. Formulez une demande de remboursement ou d'échange dans les 30 jours suivant l'événement. Une communication écrite — email avec accusé de lecture — est préférable à un appel téléphonique, car elle constitue une preuve.
Déposez une plainte à l'OPC si le commerçant refuse et que vous avez des preuves d'une représentation trompeuse. La plainte est gratuite et peut déclencher une enquête. L'OPC peut également émettre des recommandations à l'organisateur ou transmettre le dossier au Procureur général du Québec.
Initiez un chargeback auprès de votre émetteur de carte si le paiement a été effectué par carte bancaire, en invoquant la non-conformité du service livré par rapport à ce qui était annoncé.
Consultez un avocat spécialisé en droit de la consommation pour les montants plus importants ou pour explorer la piste d'un recours collectif. Certains cabinets travaillent sur la base d'honoraires conditionnels dans ces dossiers.
Des juristes québécois spécialisés en protection du consommateur peuvent vous accompagner pour évaluer la solidité de votre dossier, pour une première consultation en ligne sans vous déplacer. Dans un tournoi qui a déjà réservé plus d'une surprise cette semaine — comme en témoigne l'histoire touchante de Zachary Svajda, qui joue à Montréal en mémoire d'un proche —, les droits des spectateurs méritent autant d'attention que ceux des joueurs.
Avertissement : Cet article présente une information juridique générale et ne constitue pas un avis juridique personnalisé. La situation de chaque consommateur peut varier selon les termes spécifiques de son contrat d'achat et la province de résidence. Consultez un professionnel du droit pour obtenir un conseil adapté à votre situation.

Noémie Dion