Citigroup licencie encore en 2026 : ce que les travailleurs québécois doivent savoir avant de signer

Siège de Citigroup New York octobre 2023, restructuration emplois Canada 2026

Photo : Epicgenius / Wikimedia

7 min de lecture 6 octobre 2026

En octobre 2026, Citigroup poursuit la vague de suppressions de postes amorcée en janvier 2024 sous la direction de la PDG Jane Fraser. L'effectif mondial de la banque est tombé à 219 000 personnes à la fin du deuxième trimestre 2026, contre 230 000 un an auparavant, selon les chiffres publiés par le groupe. La banque vise une réduction globale de 20 000 postes d'ici la fin 2026 pour atteindre environ 180 000 employés. Au Canada, environ 1 700 salariés ont été visés depuis le début de la restructuration — dans les bureaux de Toronto, Montréal, Calgary et Vancouver. Les résultats du troisième trimestre sont attendus le 13 octobre 2026, et chaque publication trimestrielle depuis dix-huit mois a coïncidé avec de nouvelles suppressions de postes.

Si vous travaillez chez Citigroup à Montréal ou ailleurs au Québec, voici la question que beaucoup de salariés se posent en ce moment — et la réponse que peu reçoivent avant de signer.

Dois-je accepter l'indemnité initiale que Citigroup me propose ?

Non. Et comprendre pourquoi représente la première étape pour ne pas laisser des dizaines de milliers de dollars sur la table.

Au Québec, la protection des travailleurs licenciés repose sur deux cadres juridiques distincts qui se superposent sans s'annuler.

Le plancher légal — la Loi sur les normes du travail (LNT)

La LNT prévoit un préavis minimal calculé sur l'ancienneté : 1 semaine pour moins d'un an de service, jusqu'à 8 semaines pour 10 ans ou plus (selon l'article 82 LNT). C'est ce que la majorité des grands employeurs proposent dans leur première offre — parfois habillé d'un langage flatteur comme « indemnité de départ volontaire » ou « forfait de transition de carrière ».

Le plafond civil — le Code civil du Québec (article 2091)

Le Code civil impose, lui, un « délai de congé raisonnable » dont le calcul dépend de quatre facteurs dits Desrosiers : votre âge, votre ancienneté, la nature spécialisée de votre poste, et vos perspectives réelles de réemploi dans votre secteur. Pour un professionnel de la finance chez Citigroup avec plusieurs années de service, ce délai raisonnable se situe typiquement entre 8 et 16 mois — soit de quatre à vingt fois les minimums prévus par la LNT.

La règle d'or : le plus élevé des deux s'applique. Et dans la quasi-totalité des dossiers impliquant des employés de banque avec cinq ans ou plus d'ancienneté, c'est le Code civil qui l'emporte, et de loin.

Un troisième levier méconnu : le droit à la réintégration

Particularité propre au Québec, l'article 124 de la LNT accorde à tout salarié comptant au moins deux ans de service continu le droit de contester un congédiement sans cause juste et suffisante devant le Tribunal administratif du travail. Ce salarié peut non seulement réclamer des dommages, mais aussi demander sa réintégration dans son poste. Même si l'objectif premier n'est pas de retourner au travail, ce levier offre une puissance de négociation considérable face à un employeur qui préfère éviter un arbitrage long et coûteux.

Le contexte de la restructuration Citigroup en 2026

La transformation de Citigroup vise à simplifier la structure d'entreprise héritée des décennies précédentes, regrouper les activités autour de cinq lignes de métier (marchés, services aux entreprises, banque d'investissement, gestion de patrimoine et cartes de crédit) et réduire les coûts opérationnels de façon durable.

Les coûts d'indemnisation liés à cette restructuration ont déjà dépassé 650 millions de dollars américains à l'échelle mondiale, selon des données financières publiées au fil des trimestres. Ce chiffre illustre une réalité importante : une large proportion des employés licenciés ont négocié au-delà du minimum légal de leur juridiction respective. Au Canada, les cabinets spécialisés en droit de l'emploi signalent une hausse significative des demandes de consultation provenant d'anciens salariés de grandes banques depuis janvier 2024.

À Montréal, les profils les plus touchés incluent des analystes en marchés de capitaux, des spécialistes en conformité réglementaire, des gestionnaires de comptes institutionnels et des équipes de soutien en gestion des risques — précisément les postes pour lesquels la jurisprudence québécoise reconnaît une forte spécialisation, un facteur qui allonge mécaniquement la durée du préavis raisonnable.

Les règles officielles sur les fins d'emploi et le droit au préavis au Québec sont disponibles sur le site de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Cas concret : Sophie, gestionnaire de compte à Montréal

Prenons le cas de Sophie, 41 ans, gestionnaire de comptes institutionnels chez Citigroup Montréal depuis 11 ans, avec un salaire annuel de 110 000 $. Le 8 octobre 2026, elle reçoit une lettre de mise à pied accompagnée d'une offre d'indemnité équivalant à 8 semaines de salaire — soit 16 923 $ brut — le maximum prévu par la LNT pour son ancienneté.

On lui donne 7 jours pour signer. Elle se demande si c'est une offre équitable.

Ce que dit le Code civil pour Sophie :

En appliquant les facteurs Desrosiers à sa situation — 41 ans (âge intermédiaire), 11 ans d'ancienneté, poste spécialisé dans la gestion de clients institutionnels, marché financier montréalais compétitif mais restreint pour ce profil en 2026 — la jurisprudence québécoise récente pointe vers un préavis raisonnable de 11 à 15 mois, soit entre 100 833 $ et 137 500 $.

Si/alors :

  • Si Sophie signe dans les 7 jours : elle perçoit 16 923 $ et renonce à entre 83 910 $ et 120 577 $ supplémentaires, somme à laquelle le Code civil lui accorde pourtant un droit.
  • Si Sophie consulte un avocat avant de signer : une négociation raisonnée peut mener à un règlement à l'amiable entre 80 000 $ et 130 000 $, selon les forces du dossier et l'exposition procédurale de l'employeur.
  • Coût d'une consultation initiale au Québec : de 300 $ à 500 $. Honoraires pour une négociation complète : de 4 000 $ à 9 000 $. La rentabilité potentielle de cette démarche est immédiate.

Un point fiscal à ne pas négliger : au Québec, une indemnité forfaitaire élevée est assujettie à la fois à l'impôt fédéral et à l'impôt provincial. Un montant de 100 000 $ reçu en une seule année peut porter le taux marginal effectif de Sophie au-delà de 53 %. Un conseiller en gestion de patrimoine peut aider à structurer le versement en plusieurs tranches ou à maximiser un transfert dans un REER, dans la limite des droits de cotisation disponibles.

Que faire dans les 48 heures suivant une lettre de mise à pied ?

Étape 1 — Ne signez rien immédiatement. Les grandes institutions financières intègrent souvent une clause d'expiration à leur offre initiale. Cette pression est une technique de négociation, pas une obligation légale. Vous avez le droit de demander un délai raisonnable pour consulter.

Étape 2 — Rassemblez vos documents clés. Contrat d'embauche original et tous ses avenants, évaluations de performance des trois dernières années, historique de salaire et de bonus, relevé d'emploi, et toute correspondance écrite concernant votre poste et vos responsabilités.

Étape 3 — Consultez un avocat spécialisé en droit de l'emploi au Québec. Plusieurs cabinets de Montréal et de Québec offrent une première consultation gratuite ou à tarif fixe. En moins d'une heure, un avocat qualifié peut estimer la fourchette réaliste de votre préavis raisonnable selon les données de votre dossier.

Étape 4 — Vérifiez votre admissibilité à l'assurance-emploi. Une mise à pied dans le cadre d'une restructuration d'entreprise est considérée comme un licenciement sans faute de votre part. Vous pouvez présenter votre demande d'assurance-emploi dès le lendemain de votre dernier jour travaillé, sans attendre la signature d'une entente avec votre employeur.

Étape 5 — Évaluez l'option du recours à l'article 124 LNT. Si vous avez deux ans ou plus de service continu et que vous estimez que votre mise à pied n'est pas justifiée, ce recours distinct peut être déposé en parallèle avec une demande de préavis raisonnable selon le Code civil. Ces deux voies ne sont pas mutuellement exclusives dans tous les cas — un avocat pourra vous guider selon votre situation spécifique.

Des situations comparables se présentent dans d'autres secteurs : par exemple, lors de la fermeture d'usine de Lear Corporation en 2026, les travailleurs québécois ont pu bénéficier des mêmes leviers LNT et Code civil pour maximiser leurs indemnités.


La restructuration de Citigroup approche de sa conclusion — les résultats du 13 octobre 2026 en confirmeront l'avancement — mais les mises à pied de l'automne 2026 ne seront pas les dernières. Si vous avez reçu, ou anticipez, une lettre de mise à pied, la différence entre accepter la première offre et consulter un expert en droit du travail se mesure souvent en plusieurs mois de salaire. Prenez le temps d'évaluer vos droits avant de signer.


Avis important : Cet article est fourni à titre informatif général et ne constitue pas un avis juridique. Les montants et estimations mentionnés sont à titre indicatif uniquement. Consultez un avocat qualifié pour toute situation personnelle en matière de droit du travail ou de fiscalité.

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