Les blagues de Barkley sur les femmes de San Antonio : ce que la science dit du body shaming

Charles Barkley lors d'un événement public en 2019

Photo : Chensiyuan / Wikimedia

5 min de lecture 4 juin 2026

Le 3 juin 2026, à San Antonio, Gina Ortiz Jones, mairesse de la ville, est montée sur le plateau d'ESPN en direct avant le Jeu 1 des Finales NBA pour remettre Charles Barkley à sa place. « You can't teach class », lui a-t-elle lancé devant des millions de téléspectateurs, avant de lui offrir des churros en guise de réponse à ses blagues répétées sur les femmes de la ville. Depuis plus de 25 ans, Barkley tourne en dérision les femmes de San Antonio sur Inside the NBA, les qualifiant de « big ole women ». Mais ces commentaires sur le corps et le poids sont-ils anodins ? La médecine dit non — et les experts en santé mentale sont catégoriques.

Une longue histoire de moqueries sur l'apparence physique

Depuis ses débuts sur Inside the NBA en 2000, Charles Barkley a fait de San Antonio une cible récurrente de ses blagues sur l'apparence physique des femmes. Les références aux churros, aux corps « imposants », aux commentaires sur le poids — tout cela est devenu une sorte de running gag toléré dans le monde du sport professionnel. Barkley a fini par s'excuser en partie, en 2023, avec un fameux « J'ai mangé des churros hier soir » — une plaisanterie de plus.

Avec les Finales NBA 2026 disputées à San Antonio, les commentaires ont resurgi avec une nouvelle intensité. Une fan des Spurs, devenue virale sur les réseaux sociaux, a publié des images générées par intelligence artificielle pour « prouver que Barkley a tort ». La mairesse Ortiz Jones, elle, a choisi la confrontation directe et publique.

L'incident illustre un phénomène bien documenté dans la littérature médicale : le body shaming — qu'il soit délibéré ou présenté comme de l'humour — a des effets réels et mesurables sur la santé des personnes visées.

Ce que la science dit sur le body shaming

Le body shaming consiste à formuler des commentaires négatifs sur l'apparence physique d'une personne, notamment son poids, sa taille ou la forme de son corps. Il peut prendre la forme de moqueries directes, de plaisanteries publiques ou de remarques considérées comme « inoffensives ».

Selon le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), les facteurs de stress liés à l'image corporelle figurent parmi les principaux déclencheurs de troubles de santé mentale au Canada. Une étude publiée en 2024 dans Frontiers in Psychology portant sur des adolescents confirme que la stigmatisation liée au poids et le body shaming constituent des précurseurs potentiels des troubles du comportement alimentaire.

Une étude américaine de 2023 menée auprès de 2 707 étudiants universitaires a montré que les personnes qui avaient subi une stigmatisation liée au poids étaient significativement plus susceptibles de rapporter des symptômes modérés à sévères d'anxiété ou de dépression. Les Enquêtes canadiennes sur la santé (dont l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes et l'Enquête sur la santé des enfants et des jeunes) documentent régulièrement les impacts de l'image corporelle négative sur la santé mentale au Canada.

Quand l'humour devient un problème de santé publique

L'argument classique défend ces blagues comme de l'humour bienveillant, sans conséquence réelle. La recherche contredit fermement cette idée. Même les commentaires indirects — entendre une célébrité se moquer d'un autre corps à la télévision — créent ce que les psychologues appellent une « pression de comparaison sociale » qui affecte l'estime de soi.

Le phénomène touche particulièrement les jeunes. Pour les adolescents qui intègrent ces messages à un moment clé du développement de leur identité, le body shaming peut précipiter ou aggraver des troubles tels que l'anorexie mentale, la boulimie ou l'hyperphagie boulimique. Au Canada, selon l'organisme Mental Health Research Canada (MHRC), les troubles alimentaires sont parmi les maladies mentales les plus mortelles — et l'image corporelle négative en est souvent un facteur déclencheur.

Une faible estime de soi, alimentée par des moqueries répétées sur l'apparence, est fortement associée aux troubles du comportement alimentaire, notamment l'accès compulsif à la nourriture (BED) et la boulimie.

Les signes qui doivent alerter

Tout le monde ne réagit pas de la même façon à l'exposition au body shaming. Mais certains signes peuvent indiquer qu'une personne souffre réellement de son image corporelle et devrait consulter un professionnel de santé :

  • Évitement systématique des situations sociales liées au corps (plage, sport, restaurant, vêtements)
  • Pensées obsessionnelles et récurrentes sur le poids ou la silhouette
  • Changements importants dans les habitudes alimentaires (restriction ou excès)
  • Sentiment de honte ou d'infériorité lié à l'apparence physique, persistant sur plusieurs semaines
  • Irritabilité, anxiété ou dépression déclenchées par des commentaires sur le corps

Si vous reconnaissez ces signes chez vous ou un proche, sachez que ces troubles se traitent efficacement. Des thérapies cognitivo-comportementales, combinées ou non à un suivi médical, donnent des résultats solides documentés.

Pour en savoir plus sur la santé mentale et les triggers émotionnels, consultez notre article sur Noah Kahan et les troubles anxieux : quand consulter un professionnel.

Quand et comment consulter un expert en santé ?

Si vous traversez des difficultés liées à votre image corporelle, vous n'avez pas à attendre que la situation devienne critique pour chercher de l'aide. Un médecin généraliste peut vous orienter vers les ressources appropriées — psychologue, nutritionniste, ou thérapie spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire.

ExpertZoom vous permet de consulter rapidement un professionnel de santé qualifié, depuis chez vous, pour une première évaluation confidentielle. La prise en charge précoce des problèmes d'image corporelle est l'une des stratégies les plus efficaces pour prévenir l'aggravation vers des troubles plus graves.

La réaction de la mairesse Ortiz Jones face à Barkley a montré quelque chose d'important : ces blagues ne sont pas sans conséquences. Les nommer publiquement est un premier pas. Le suivant est de reconnaître qu'elles font partie d'un environnement culturel qui peut nuire à la santé des personnes réelles — et que des professionnels peuvent aider ceux qui en souffrent.

Avertissement : cet article est fourni à titre informatif. Pour tout problème de santé mentale ou de comportement alimentaire, consultez un professionnel de santé qualifié.

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