Gabriel Nadeau-Dubois : quand «être usé» devient un signal d'alarme pour votre santé

Gabriel Nadeau-Dubois prenant la parole lors d'une manifestation à Montréal en 2014

Photo : Peoples' Social Forum / Wikimedia

5 min read 13 avril 2026

Gabriel Nadeau-Dubois a annoncé son retrait définitif de la vie politique québécoise en mars 2025, citant un épuisement profond après quinze ans d'engagement intense. « L'élan qui me portait depuis 15 ans s'est arrêté », a confié le député de Gouin. Ce témoignage public d'un homme usé par le travail relance un débat de santé publique crucial : à quel moment l'épuisement professionnel devient-il une urgence médicale ?

Qu'est-ce que l'épuisement professionnel, au juste ?

Le burnout — ou épuisement professionnel — est reconnu par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme un syndrome lié au travail chronique. Il se manifeste par trois dimensions indissociables : un sentiment d'épuisement intense, une distanciation mentale croissante vis-à-vis de son emploi, et une efficacité professionnelle réduite.

Selon Santé publique Canada, environ 30 % des travailleurs canadiens rapportent des niveaux élevés de stress au travail, et les secteurs à forte charge émotionnelle — comme la politique, la santé ou l'éducation — sont particulièrement touchés. Gabriel Nadeau-Dubois n'est pas un cas isolé : il est le reflet d'une réalité que vivent des milliers de Québécois chaque année.

Ce qui distingue le burnout de la simple fatigue, c'est sa durée et son intensité. Une nuit de mauvais sommeil, ça se récupère. Un épuisement qui dure depuis des mois, qui ronge l'enthousiasme, qui rend la pensée brumeuse et les émotions instables — c'est une tout autre affaire.

Les signaux d'alarme que GND a nommés à voix haute

Nadeau-Dubois a publiquement utilisé des mots rarement employés en politique : « usé », « élan brisé », « je ne peux plus continuer ». Ces expressions correspondent précisément aux indicateurs cliniques du burnout.

Les professionnels de la santé mentale identifient plusieurs signaux précoces à ne pas ignorer :

  • Fatigue persistante qui ne disparaît pas avec le repos
  • Cynisme ou détachement envers des tâches autrefois motivantes
  • Difficultés de concentration et troubles de la mémoire à court terme
  • Irritabilité accrue ou hypersensibilité émotionnelle
  • Isolement social progressif, même dans le cadre familial
  • Troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie)
  • Douleurs physiques sans cause apparente : maux de tête, tensions musculaires, problèmes digestifs

Le fait que Nadeau-Dubois ait mentionné la parentalité comme facteur aggravant illustre un phénomène bien documenté : la naissance d'un enfant, combinée à une charge de travail extrême, peut précipiter un effondrement psychologique chez des individus qui avaient jusqu'alors « tenu » grâce à une résilience hors du commun.

Quand faut-il consulter un médecin ?

La réponse courte : plus tôt que vous ne le pensez.

Le problème avec le burnout, c'est qu'il frappe souvent des personnes hautement investies dans leur travail — des « performeurs » qui ont tendance à minimiser leurs symptômes et à repousser la consultation. On se dit que ça va passer, qu'on peut encore tenir. Puis un matin, on ne peut plus sortir du lit.

Un médecin de famille ou un médecin spécialisé en santé mentale doit être consulté dès que les symptômes durent plus de deux semaines et commencent à affecter la vie quotidienne, les relations personnelles ou la capacité à travailler.

Le diagnostic différentiel est important : certains symptômes du burnout ressemblent à ceux d'une dépression majeure, d'un trouble anxieux généralisé, ou même d'une hypothyroïdie. Seul un professionnel de la santé peut évaluer correctement la situation et orienter vers le bon traitement.

En pratique, la prise en charge peut inclure un arrêt de travail temporaire, une psychothérapie (notamment la thérapie cognitivo-comportementale), une approche médicamenteuse si nécessaire, ainsi qu'un accompagnement en médecine du travail pour faciliter le retour à l'emploi.

Le milieu politique, un terrain particulièrement fertile

Le cas de Nadeau-Dubois met en lumière les spécificités du burnout dans les professions à exposition médiatique et à haute charge décisionnelle. Les politiciens, comme les médecins urgentistes ou les avocats plaignants, cumulent plusieurs facteurs de risque : horaires imprévisibles, responsabilité morale lourde, pression des réseaux sociaux, exposition au conflit public, et difficulté à « déconnecter ».

D'après l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), les travailleurs en situation de demandes psychologiques élevées et de faible latitude décisionnelle sont les plus vulnérables à l'épuisement professionnel. Or, les représentants élus se retrouvent paradoxalement dans une situation où les demandes sont extrêmes, mais où la marge de manœuvre réelle est souvent étroite.

Madeleine Lacombe, qui avait quitté un poste de direction dans le secteur public en 2023 après un burnout sévère, témoigne dans une chronique du Devoir : « Ce n'est pas la faiblesse qui vous fait tomber. C'est précisément la force accumulée trop longtemps sans filet. »

Que faire si vous reconnaissez ces signes en vous ?

La bonne nouvelle : le burnout se traite. Avec un accompagnement médical adapté et des ajustements du mode de vie, la majorité des personnes touchées retrouvent un équilibre fonctionnel et, souvent, une vie professionnelle épanouie — parfois réorientée, comme ce fut le cas de nombreux ex-politiciens.

Les étapes concrètes recommandées par les professionnels de la santé au Québec :

  1. Consulter votre médecin de famille dès que les premiers signes persistent au-delà de deux semaines
  2. Tenir un journal de symptômes pour objectiver ce que vous ressentez et faciliter le diagnostic
  3. Parler à votre entourage : l'isolement aggrave le burnout
  4. Ne pas attendre la catastrophe pour agir — le congé de maladie préventif est toujours moins coûteux qu'une hospitalisation
  5. Consulter un spécialiste (psychologue, psychiatre) si votre médecin vous y réfère

Gabriel Nadeau-Dubois a eu le courage de nommer ce que beaucoup vivent en silence. Si son témoignage vous résonne, c'est peut-être le signe qu'il est temps de prendre rendez-vous. Un professionnel de la santé qualifié peut vous aider à évaluer votre situation et à retrouver un équilibre durable.

Pour en savoir plus sur la santé mentale et l'épuisement professionnel, consultez la page officielle de l'Organisation mondiale de la santé sur la santé mentale.

Avertissement YMYL : cet article est rédigé à titre informatif et ne remplace pas un avis médical professionnel. Si vous présentez des symptômes d'épuisement professionnel, consultez un médecin ou un professionnel de la santé mentale.

Our Experts

Advantages

Quick and accurate answers to all your questions and requests for assistance in over 200 categories.

Thousands of users have given a satisfaction rating of 4.9 out of 5 for the advice and recommendations provided by our assistants.