Bell Media a annoncé en février 2026 l'élimination d'environ 60 postes à travers le Canada, dont 20 membres du syndicat Unifor — parmi eux, 11 journalistes. CTV News Ottawa, l'un des seuls bureaux à avoir conservé ses bulletins de fin de semaine, reste dans la ligne de mire d'une restructuration qui, depuis 2024, a coûté plus de 5 600 emplois chez Bell et Bell Media. Ce que peu de travailleurs savent : leurs droits en vertu du Code canadien du travail peuvent valoir beaucoup plus que ce que l'employeur offre initialement.
Ce qui se passe chez Bell Media en 2026
Le 4 février 2026, Bell Media a confirmé une nouvelle vague de suppressions de postes, décrivant ces compressions comme faisant partie d'une « transformation continue vers un leader numérique en matière de contenu et de médias ». Les villes touchées incluent Toronto, North Bay, Halifax, Edmonton et Calgary. Ottawa n'a pas été nommée dans cette série — mais ce n'est pas la première fois que les employés de CTV News Ottawa frôlent la hache.
En février 2024, Bell Media avait déjà supprimé les bulletins de midi dans la quasi-totalité de ses stations CTV, et éliminé les bulletins du week-end à 18 h et 23 h partout au pays — sauf à Toronto, Montréal et Ottawa. La capitale fédérale a donc été partiellement épargnée, mais des changements de postes de correspondants ont quand même eu lieu.
Depuis le début de 2024, Bell Media a procédé à plusieurs vagues successives :
- Environ 4 800 suppressions de postes au début de 2024 (dont 800 membres Unifor)
- 50 postes additionnels en juin 2024
- 98 postes chez Bell Media en février 2025
- Environ 690 postes en novembre 2025
- 60 postes supplémentaires en février 2026
Ce schéma illustre un pivot stratégique délibéré de Bell vers les plateformes numériques, au détriment de la radiodiffusion traditionnelle.
Le dossier juridique : Unifor conteste la légalité des licenciements
La dernière vague de compressions touche particulièrement cinq membres nouvellement syndiqués de CTV National News qui ont reçu des avis de licenciement juste après leur adhésion à Unifor. Le syndicat a confirmé qu'il « examine la légalité des congédiements », soulevant la question de savoir si les protections syndicales ont été adéquatement respectées.
C'est un signal d'alarme important pour tout travailleur des médias : le moment et les circonstances d'un licenciement peuvent radicalement changer les droits dont vous disposez.
Ce que vous devez savoir sur vos droits sous le Code canadien du travail
Bell Canada est un employeur fédéral. Cela signifie que ses employés sont couverts par le Code canadien du travail, et non par les codes provinciaux du travail. Cette distinction est cruciale — et souvent méconnue des employés qui se retrouvent face à une mise à pied.
1. Avis de licenciement et indemnité de départ
En vertu de la common law canadienne, un employé non syndiqué peut avoir droit à un préavis — ou à une indemnité compensatrice — allant jusqu'à 24 mois de salaire, selon son ancienneté, son poste et ses perspectives de réemploi. Bell Media offre systématiquement des indemnités initiales bien inférieures à ce plafond légal.
Les avocats en droit du travail signalent régulièrement deux pratiques préoccupantes chez Bell :
- Des délais de signature très serrés : l'employeur impose une fenêtre courte pour signer l'entente de départ, limitant le temps de consulter un avocat
- L'exclusion des primes et avantages dans le calcul de l'indemnité proposée
Signer trop vite peut vous coûter des dizaines de milliers de dollars.
2. Êtes-vous syndiqué ?
Si vous êtes membre d'Unifor ou d'un autre syndicat, votre convention collective prévoit des protections spécifiques que Bell est tenu de respecter. Les licenciements qui contreviennent à la convention peuvent faire l'objet d'un grief formel. La consultation de votre représentant syndical doit être votre premier réflexe.
3. L'ancienneté compte
Un journaliste ayant 15 ans d'expérience à CTV News Ottawa n'est pas dans la même situation qu'un nouveau correspondant. L'ancienneté, la spécialisation du poste et la difficulté à retrouver un emploi équivalent sont tous des facteurs que les tribunaux considèrent pour fixer l'indemnité raisonnable en droit commun.
4. Vos options concrètes si vous recevez un avis
Si vous avez reçu — ou craignez de recevoir — un avis de licenciement chez Bell Media ou tout autre employeur fédéral, voici les étapes recommandées :
- Ne signez rien immédiatement : vous avez généralement le temps de consulter
- Consultez un avocat en droit du travail fédéral avant de signer toute entente
- Documentez tout : courriel d'avis, conversations avec les RH, délais imposés
- Renseignez-vous sur vos droits syndicaux si vous êtes syndiqué
Un spécialiste en droit du travail peut évaluer rapidement si l'offre initiale de votre employeur est raisonnable — et dans combien de cas, elle ne l'est pas.
L'avenir de CTV News Ottawa sous pression réglementaire
Au-delà des emplois, c'est le cadre réglementaire qui vacille. Bell Media a déposé des demandes au CRTC pour être dispensée de ses obligations de nouvelles locales, et a même contesté le renouvellement de ses licences de radiodiffusion devant la Cour d'appel fédérale. Pour les téléspectateurs d'Ottawa, cela signifie que la pérennité des bulletins locaux n'est pas garantie.
Les employés qui travaillent pour CTV News Ottawa aujourd'hui naviguent dans une industrie en transformation rapide. Comprendre ses droits, c'est se donner les moyens d'agir — et non subir passivement les décisions de l'employeur.
Vous êtes un travailleur des médias qui fait face à un licenciement ou qui veut comprendre ses droits sous le Code canadien du travail ? Un expert en droit du travail peut analyser votre situation personnelle et vous aider à négocier une indemnité juste. Consultez un spécialiste sur Expert Zoom dès aujourd'hui.
Avertissement : Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un avis juridique. Consultez un avocat spécialisé pour obtenir des conseils adaptés à votre situation.

Julie Côté