Le 15 mai 2026 à Fribourg, en Suisse, le Canada a battu la Suède 5-3 pour ouvrir les Championnats mondiaux de hockey de l'IIHF 2026. Connor Brown a inscrit le but victorieux en début de troisième période pour briser l'égalité 3-3. Côté coulisses, la partie a été précédée d'un ajustement de dernière minute : Matthew Barzal a dû déclarer forfait en raison d'une blessure, laissant la place à Sidney Crosby qui a rejoint la formation canadienne tardivement. Ce scénario, courant en hockey d'élite, soulève une question juridique méconnue du public : quelles sont les obligations contractuelles d'un joueur NHL lorsqu'il s'engage — ou renonce — à participer à un tournoi international ?
Les Championnats mondiaux IIHF : une participation volontaire aux enjeux complexes
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la participation aux Championnats mondiaux de l'IIHF n'est pas automatiquement prévue dans les contrats NHL. En vertu de l'entente collective entre la LNH et l'Association des joueurs de la LNH (LNHJPA), les joueurs dont la saison est terminée — soit parce que leur équipe a été éliminée des séries, soit en fin de contrat — peuvent rejoindre leur équipe nationale pour le tournoi mondial.
Cela signifie que, sur le plan juridique, il s'agit d'un engagement distinct de leur contrat d'employeur principal : les joueurs ne sont pas rémunérés par la LNH pour leur participation à l'IIHF. La question de qui prend en charge les blessures survenant pendant le tournoi est donc un sujet délicat.
Barzal blessé forfait : qui était responsable ?
Matthew Barzal a déclaré forfait avant même le début du tournoi en raison d'une blessure. Dans ce cas de figure, les règles varient selon les circonstances.
Si la blessure est survenue pendant la saison LNH : l'équipe de Barzal, les Islanders de New York, assumerait les coûts liés à sa réhabilitation. Son contrat LNH prévoit généralement une couverture pour les blessures subies dans l'exercice de ses fonctions de joueur professionnel.
Si la blessure avait été contractée pendant le tournoi de l'IIHF : la situation juridique deviendrait plus complexe. L'IIHF dispose de son propre protocole d'assurance pour les joueurs participants, mais les conditions de prise en charge ne correspondent pas nécessairement à celles d'un contrat LNH. Selon les termes de la convention collective NHL, les joueurs qui se blessent lors de tournois internationaux autorisés conservent en principe leurs droits à certaines protections — mais les modalités précises sont négociées au cas par cas.
Ce que les avocats spécialisés en droit du sport retiennent
Pour les juristes spécialisés dans les contrats sportifs, le cas de Barzal illustre plusieurs réalités contractuelles importantes.
Les contrats sportifs ne couvrent pas toutes les situations
Un contrat LNH est structuré pour la durée de la saison régulière et des séries éliminatoires. Les activités hors-saison — y compris les tournois internationaux — se situent dans une zone grise contractuelle. Les agents et avocats des joueurs négocient parfois des clauses spécifiques pour protéger leur client en dehors du cadre LNH, mais ce n'est pas universel.
La notion de « blessure de travail » doit être précisée
Pour qu'une blessure soit couverte par le contrat principal, elle doit généralement survenir dans le cadre des activités couvertes par ce contrat. Participer à un tournoi IIHF est une activité pour laquelle la Ligue nationale de hockey a donné son aval institutionnel, mais cela ne signifie pas nécessairement que la couverture du contrat LNH s'étend automatiquement à ces activités.
L'assurance complémentaire est indispensable
Les joueurs qui représentent leur pays lors de tournois internationaux sont invités, via la NHLPA, à vérifier qu'ils disposent d'une couverture d'assurance adéquate pour la durée de leur participation à l'IIHF. Les étoiles qui partent sans cette vérification s'exposent à des zones de non-couverture en cas de blessure sérieuse.
Un enjeu qui concerne tous les athlètes, pas seulement les pros
L'exemple des pros de la LNH révèle une réalité que de nombreux athlètes amateurs ou semi-professionnels au Québec et au Canada méconnaissent : leur assurance sportive — celle fournie par leur club ou leur fédération provinciale — ne couvre pas nécessairement toutes les circonstances d'une blessure.
Un hockeyeur de ligue récréative qui se blesse dans un tournoi extra-provincial, un cycliste participé à une épreuve hors de sa province, ou un footballeur disputant une coupe internationale non reconnue par sa fédération locale : autant de situations où la couverture assurancielle peut être absente ou partielle.
Avant de s'engager dans une activité sportive en dehors de son cadre habituel, il est recommandé de :
- Vérifier la couverture de son assurance sportive auprès de sa fédération provinciale
- Consulter un avocat spécialisé en droit du sport pour clarifier les obligations contractuelles
- S'assurer que son assurance personnelle ou professionnelle complète les lacunes de la couverture fédérative
Barzal remplacé, le Canada gagne : mais la leçon juridique reste
La victoire 5-3 du Canada sur la Suède le 15 mai 2026 a ravi les amateurs de hockey des deux côtés de l'Atlantique. Mais le forfait de Barzal rappelle que derrière le sport spectacle se cache un univers juridique et contractuel complexe, où les droits des athlètes ne sont pas toujours clairement définis.
Pour les athlètes professionnels comme pour les sportifs amateurs, une consultation avec un avocat spécialisé en droit du sport peut s'avérer précieuse avant de signer un engagement ou de participer à un tournoi en dehors de son cadre contractuel habituel.
Pour en savoir plus sur les droits contractuels des joueurs de hockey, consultez notre analyse sur le contrat de 80 millions de dollars de Logan Cooley et ses implications légales.

Julie Côté