Bet365 a lancé le 13 mars 2026 une vaste campagne publicitaire en Amérique du Nord avec le slogan : « Winning is Everything ». Des panneaux d'affichage, des publicités télévisées, des bannières numériques — le message est clair, séduisant, et selon de nombreux consommateurs canadiens, profondément trompeur. Car pendant que la plateforme promet que « tout est dans la victoire », des centaines de parieurs signalent que leurs comptes ont été unilatéralement limités à des mises maximales d'un dollar dès qu'ils ont commencé à gagner.
La campagne « Winning is Everything » et ses contradictions
La campagne a été lancée simultanément au Canada et aux États-Unis, débutant lors d'une soirée UFC diffusée sur Paramount. Elle positionne bet365 comme le partenaire idéal de ceux qui cherchent à maximiser leurs gains — une promesse directement formulée dans le slogan.
Problème : la pratique de limitation des comptes est une réalité documentée dans l'industrie des paris sportifs. Lorsqu'un parieurs accumule des gains significatifs ou adopte une stratégie systématique, les opérateurs peuvent modifier unilatéralement les conditions de son compte : abaisser les limites de mise, suspendre les promotions, ou carrément fermer le compte.
Selon un rapport publié sur Yahoo Sports en mars 2026, des utilisateurs bet365 au Canada et aux États-Unis ont vu leurs limites réduites à 1 $ après des séquences gagnantes — rendant la plateforme effectivement inutilisable pour parier sérieusement. La juxtaposition de ce phénomène avec le slogan « Winning is Everything » n'a pas tardé à générer une vague de réactions négatives sur les réseaux sociaux canadiens.
Au Brésil, une action judiciaire de 300 millions de reals
Ce n'est pas seulement au Canada que bet365 fait face à des critiques. En mars 2026, le Défenseur public de Rio de Janeiro a déposé une action collective contre 43 opérateurs de paris sportifs, dont bet365, réclamant 300 millions de reals (environ 54 millions de dollars américains) pour publicité trompeuse.
Le dossier brésilien reproche aux opérateurs d'omettre délibérément les risques liés à la dépendance et aux dettes dans leurs communications marketing — exactement le type de pratique que les autorités canadiennes de protection du consommateur surveillent de près.
Ce que dit la loi québécoise sur la publicité trompeuse
Au Québec, la Loi sur la protection du consommateur (LPC) interdit explicitement les pratiques commerciales trompeuses. L'article 219 de la LPC stipule qu'aucun commerçant ne peut, par une représentation fausse ou trompeuse, tenter d'induire le consommateur en erreur.
Pour qu'une publicité soit jugée trompeuse, elle n'a pas besoin d'être fausse dans tous ses aspects. Il suffit que l'impression générale créée chez un consommateur ordinaire soit inexacte. Un slogan comme « Winning is Everything », couplé à une pratique de limitation des comptes gagnants, pourrait potentiellement satisfaire ce critère — surtout si les conditions générales de la plateforme n'informent pas clairement les utilisateurs de cette possibilité dès l'inscription.
À l'échelon fédéral, la Loi sur la concurrence prévoit des recours similaires contre la publicité mensongère, avec des pénalités pouvant atteindre plusieurs millions de dollars pour les grandes entreprises.
La réglementation canadienne des paris sportifs en mutation
bet365 opère au Canada dans un cadre réglementaire en pleine évolution. En Ontario, la plateforme est licenciée sous la supervision de l'Alcohol and Gaming Commission of Ontario (AGCO) et d'iGaming Ontario depuis 2022. Un déploiement en Alberta est attendu pour la mi-2026, où le marché réglementé des paris sportifs ouvre ses portes avec plusieurs opérateurs majeurs : DraftKings, FanDuel, BetMGM, Caesars et bet365.
Cette expansion accélérée soulève des questions sur l'harmonisation des protections entre provinces. En Ontario, l'AGCO a publié des lignes directrices sur les pratiques publicitaires responsables pour les opérateurs de jeux en ligne. Ces lignes directrices exigent notamment que les publicités ne créent pas d'impression trompeuse quant aux probabilités de gain ou aux conditions d'utilisation.
Pour les parieurs qui s'installent au Québec, la situation est plus complexe : le monopole d'Espace Jeux (Loto-Québec) coexiste avec l'accès non réglementé à des plateformes étrangères comme bet365, créant un vide juridique dont les consommateurs peuvent pâtir. Pour en savoir plus sur vos droits selon votre province, consultez notre guide sur les paris sportifs légaux au Canada.
Les recours disponibles pour les parieurs lésés
Si vous avez souscrit à un compte bet365 sur la foi de sa publicité et que votre compte a été limité sans préavis adéquat, plusieurs recours sont potentiellement disponibles :
En Ontario : Déposer une plainte auprès de l'AGCO via son portail en ligne. L'AGCO peut enquêter sur les pratiques des opérateurs licenciés et imposer des sanctions.
Au Québec : Contacter l'Office de la protection du consommateur (OPC), qui peut ouvrir une enquête sur les pratiques commerciales trompeuses des commerçants actifs dans la province, y compris ceux opérant en ligne.
Au fédéral : Déposer une plainte auprès du Bureau de la concurrence du Canada si vous estimez que la publicité contrevient à la Loi sur la concurrence.
Par voie judiciaire : Consulter un avocat spécialisé en droit de la consommation pour évaluer un recours collectif ou individuel. En cas de pratique commerciale trompeuse prouvée, les dommages peuvent inclure le remboursement des pertes subies et des dommages punitifs.
Consulter un avocat avant d'agir
Les litiges avec les plateformes de paris en ligne sont souvent complexes en raison des clauses d'arbitrage incluses dans les conditions générales. Ces clauses visent à limiter votre droit d'intenter une action collective.
Un avocat spécialisé en droit de la consommation peut analyser les conditions générales de votre contrat avec bet365, évaluer si la limitation de votre compte constitue une pratique abusive au sens de la LPC, et vous conseiller sur la stratégie la plus adaptée à votre situation — que ce soit une plainte administrative ou une action judiciaire.
Sur Expert Zoom, des avocats spécialisés en droit de la consommation sont disponibles pour une consultation rapide et confidentielle. Si vous pensez avoir été lésé par les pratiques publicitaires ou contractuelles d'une plateforme de paris en ligne, un premier avis juridique peut changer la donne.
Note : Cet article traite d'un sujet à portée juridique. Les informations présentées ne remplacent pas un avis juridique professionnel.

Julie Côté