Zinedine Zidane, 53 ans, a conclu un accord verbal avec la Fédération Française de Football (FFF) pour prendre la tête des Bleus à l'issue de la Coupe du Monde 2026, confirmé par Al Jazeera en mars 2026. Cinq ans après avoir quitté le Real Madrid, le champion du monde 1998 s'apprête à signer le contrat le plus scruté de sa carrière d'entraîneur — mais c'est la nature juridique de cet accord verbal qui soulève des questions cruciales pour quiconque signe un engagement professionnel important.
Un accord verbal : valide en droit, mais difficile à prouver
En droit civil québécois, un accord verbal est en principe suffisant pour former un contrat de travail. L'article 1385 du Code civil du Québec dispose qu'un contrat « se forme par le seul échange de consentement entre des personnes capables de contracter ». Ni signature ni document écrit ne sont nécessaires à sa validité — la parole donnée peut suffire.
Pourtant, l'accord verbal entre Zidane et la FFF comporte d'importants risques pratiques. Sans trace écrite, les clauses essentielles — durée du mandat, rémunération, objectifs de résultat, conditions de rupture anticipée — deviennent quasi impossibles à prouver en cas de désaccord. En droit, la question n'est pas seulement « est-ce qu'un contrat existe ? » mais « comment le prouver ? ». C'est là que l'absence de document crée une zone de vulnérabilité réelle.
Les spécialistes en droit du travail le rappellent régulièrement : un accord verbal est un point de départ, jamais un aboutissement sûr.
Ce que contient réellement un contrat de sélectionneur national
À ce niveau, les contrats d'entraîneurs de sélections nationales ne ressemblent en rien à un contrat de travail standard. Ces ententes comportent typiquement plusieurs couches contractuelles complexes :
- Une clause de confidentialité stricte : l'entraîneur ne peut divulguer aucune information sur les joueurs, la stratégie ou les négociations internes
- Des objectifs de performance chiffrés : qualification en quarts de finale, demi-finale ou victoire finale — chaque résultat est assorti d'une prime spécifique
- Une rémunération fixe et variable : selon L'Équipe, Didier Deschamps percevait environ 4,5 millions d'euros annuels, bonus inclus
- Une clause de résiliation avec indemnités : calculées selon les résultats obtenus et la durée restante du mandat
- Des droits à l'image distincts : séparés du contrat principal, souvent négociés via une société d'exploitation de droits
Pour Zidane, cinq ans d'absence des bancs de touche soulèvent aussi une question pratique : son assurance professionnelle en tant qu'entraîneur a certainement expiré, et certains droits acquis via ses succès en Ligue des Champions avec le Real Madrid nécessitent une mise à jour avant toute signature officielle.
La situation inédite : son fils joue pour l'adversaire
L'affaire prend une dimension sans précédent avec la situation familiale de Zinedine Zidane. Son fils Luca Zidane, 28 ans, dispute actuellement la Coupe du Monde 2026 en Amérique du Nord sous le maillot de l'équipe nationale d'Algérie — la compétition depuis laquelle le père observe les Bleus depuis les tribunes, avant d'en prendre officiellement les rênes.
Cette configuration — un futur sélectionneur dont le fils joue pour un adversaire potentiel de la France — soulève des questions d'éthique sportive encadrées par les statuts de la FFF. Les règles de gouvernance de la FIFA imposent aux fédérations membres de documenter et gérer par écrit toute situation de conflit d'intérêts potentiel au sein de leur staff technique. Zidane et la FFF devront formaliser ce cas particulier noir sur blanc, ce qui confirme que cet accord verbal devra obligatoirement évoluer vers un contrat écrit exhaustif avant sa prise de fonctions. Comme le montre l'analyse des droits des joueurs dans les sélections nationales au Mondial 2026, les obligations contractuelles entre fédérations et joueurs (ou staff) sont bien plus complexes qu'il n'y paraît.
Les risques concrets des accords verbaux en pratique
Au-delà du cas Zidane, l'accord verbal est omniprésent dans le monde des affaires et du travail. Une promesse d'embauche formulée lors d'un appel téléphonique, un contrat de sous-traitance conclu lors d'un souper d'affaires, une entente commerciale scellée d'une poignée de main : autant de situations qui créent des droits et obligations réels sans qu'un seul document ait été signé.
Le problème fondamental est celui de la preuve. Le Code civil du Québec prévoit que la preuve peut être apportée par tout moyen — témoignages, courriels, messages textes, enregistrements — mais cette preuve doit être recevable et suffisamment précise pour convaincre un tribunal. Sans cela, le contrat existe peut-être en théorie, mais il est inopposable en pratique.
Les avocats spécialisés recommandent systématiquement de confirmer tout accord verbal par écrit dans les 48 heures suivant son établissement. Une simple confirmation par courriel suffit souvent. Pour des contrats impliquant des montants significatifs ou des engagements à long terme, un acte rédigé par un professionnel du droit est indispensable.
Quand consulter un avocat en droit du travail ou du sport ?
La situation de Zidane illustre un principe universel : plus les enjeux sont importants, plus la formalisation juridique est incontournable. Cette règle dépasse largement le cercle des célébrités.
Vous êtes dans une situation similaire si vous :
- Avez accepté verbalement une offre d'emploi avec des conditions particulières (télétravail, commission, avantages non standards) encore non couchées sur papier
- Êtes sur le point de signer un contrat de prestation de services, de consultation ou de gestion
- Négociez une clause de non-concurrence ou de non-sollicitation
- Dirigez une organisation sportive, culturelle ou associative et engagez un entraîneur ou un directeur technique
- Avez conclu un accord informel avec un partenaire d'affaires et souhaitez le sécuriser
Un avocat spécialisé en droit du travail ou en droit du sport peut analyser votre situation, rédiger ou réviser vos contrats, identifier les clauses risquées et vous protéger efficacement en cas de litige. Une consultation préventive coûte bien moins cher qu'un procès.
Sur Expert Zoom, des avocats qualifiés en droit du travail et des contrats sont disponibles pour répondre rapidement à vos questions, quel que soit votre secteur d'activité.
Avertissement : Cet article est fourni à titre informatif général et ne constitue pas un avis juridique. Pour toute situation spécifique, consultez un avocat qualifié.

Renée Deschênes