En mai 2026, deux incidents aériens frappent le Canada en l'espace d'une semaine. Le 2 mai, le vol Air Canada AC853 à destination de Toronto déclare une urgence et fait demi-tour vers l'aéroport de Heathrow après avoir atteint 34 000 pieds au-dessus de l'Atlantique. Le 8 mai, un avion doit atterrir d'urgence sur la route provinciale 304 au Manitoba après une panne moteur : sept personnes à bord, aucun blessé. Ces deux événements soulèvent une question que peu de voyageurs anticipent : en cas d'urgence médicale en vol, que se passe-t-il réellement — et êtes-vous couvert ?
Ce qui se passe lors d'une urgence médicale en vol
Un code 7700, comme celui déclaré par AC853, signale une urgence générale à contrôle aérien. Il peut couvrir des situations très différentes : défaillance technique, incendie, ou justement une urgence médicale grave à bord qui nécessite un déroutement immédiat. Les urgences médicales sont en fait la principale cause de déroutement d'un avion vers un aéroport non prévu.
Selon les études publiées en médecine aéronautique, il se produit environ 1 urgence médicale pour chaque 11 000 passagers transportés. Les plus fréquentes : syncopes et évanouissements (37 %), difficultés respiratoires (12 %), problèmes cardiaques (8 %), crises d'épilepsie et convulsions (6 %).
À bord, la procédure est bien établie. Les agents de bord sont formés aux premiers soins et ont accès à une trousse médicale d'urgence réglementaire, qui inclut notamment un défibrillateur automatisé externe. Les compagnies canadiennes sont également en lien avec des médecins au sol disponibles 24h/24 pour conseiller l'équipage par radio.
Ce que vous devez faire si vous souffrez en vol
Signalez-vous immédiatement. Ne banalisez pas vos symptômes pour ne pas « déranger ». Une douleur thoracique, une difficulté à respirer ou une confusion soudaine sont des signaux d'alarme. Alertez l'agent de bord et demandez un médecin parmi les passagers si nécessaire.
Ne prenez pas de médicaments à voix haute sans ravis médical. Les compagnies aériennes demandent aux passagers médecins de se signaler, mais l'usage de médicaments de la trousse de bord doit être validé. Prenez uniquement ce que vous avez dans votre propre trousse habituelle.
Gardez vos ordonnances à portée de main. En cas d'atterrissage d'urgence dans un aéroport non prévu, les services médicaux locaux prendront le relais. Avoir vos documents médicaux à portée accélère drastiquement la prise en charge.
Si vous voyagez avec une condition préexistante, informez la compagnie aérienne à l'avance. Une autorisation médicale peut être requise, et des accommodements peuvent être prévus (oxygène à bord, siège prioritaire à l'évacuation).
Ce que couvre — et ne couvre pas — votre assurance voyage
C'est là que la surprise est souvent mauvaise. De nombreux Canadiens partent à l'étranger avec une couverture insuffisante, ou pensent que leur régime d'assurance collective couvre tout.
Ce qu'une bonne assurance voyage couvre généralement :
- Les frais médicaux d'urgence à l'étranger
- Le rapatriement médical vers le Canada
- La prolongation de séjour forcée si vous êtes hospitalisé
- Les billets d'avion perdus en cas d'hospitalisation
Ce que beaucoup d'assurances NE couvrent pas :
- Les conditions préexistantes non déclarées au moment de la souscription
- Les urgences survenues après une consommation d'alcool ou de substances
- Les accidents pratiquant des sports à risque non mentionnés au contrat
- La prise en charge si votre voyage dépasse la durée maximale couverte
Pour le vol Manitoba : l'atterrissage sur une route provinciale sans blessé est une situation où l'assurance rapatriement peut être déclenchée si les passagers doivent rejoindre leur destination finale par leurs propres moyens. Chaque contrat diffère.
Selon le gouvernement du Canada, une assurance voyage ne remplace jamais entièrement votre régime provincial de santé à l'étranger : elle le complète. Le Québec, par exemple, rembourse les soins médicaux à l'étranger, mais à des tarifs bien inférieurs aux coûts réels dans des pays comme les États-Unis ou le Japon.
Quand consulter un médecin avant de voyager ?
Si vous avez une condition cardiaque, respiratoire, neurologique, ou si vous avez récemment subi une intervention chirurgicale, une consultation pré-voyage chez un médecin est recommandée avant de prendre l'avion.
Les points à aborder lors de cette consultation :
- Aptitude au vol (certaines conditions cardiaques contre-indiquent le voyage en altitude)
- Ordonnances à emporter en quantité suffisante, avec doublons
- Formulaire de déclaration médicale à fournir à la compagnie aérienne si nécessaire
- Mise à jour du carnet de vaccinations pour la destination visée
Pour les vols de longue durée, la prévention des thromboses veineuses (caillots) est également importante : hydratation, exercices de jambes, et parfois des bas de compression sur recommandation médicale.
Les droits des passagers en cas de vols perturbés au Canada sont renforcés depuis 2024, mais ils ne couvrent pas les frais médicaux personnels. Mieux vaut anticiper avec une bonne couverture d'assurance et l'avis d'un médecin.
Préparez-vous avant de décoller
Les deux incidents de mai 2026 — AC853 sur l'Atlantique et le vol manitobain sur une route de gravier — le rappellent : les urgences en vol ne préviennent pas. Se préparer médicalement et assurément avant de voyager n'est pas une précaution excessive. C'est la base d'un voyage serein.
Expert Zoom vous met en contact avec des médecins généralistes et des spécialistes en médecine de voyage partout au Canada. Une consultation de 30 minutes peut clarifier votre aptitude au vol, optimiser votre trousse de médicaments, et vous aider à choisir la bonne couverture d'assurance.
Note : Les informations médicales contenues dans cet article sont à titre éducatif uniquement. En cas de symptômes, consultez un professionnel de santé qualifié avant de voyager.

Léonie Tremblay