Après la première convention collective Uber au Canada, les chauffeurs de toutes les provinces face à une question incontournable
Le 28 avril 2026, environ 1 000 chauffeurs Uber de la région de Victoria, en Colombie-Britannique, ont ratifié la première convention collective jamais conclue pour des travailleurs d'une application de transport au Canada. Le vote a été appuyé à 99 % en faveur. L'accord, négocié par le TUAC (Travailleurs et travailleuses unis de l'alimentation et du commerce, section locale 1518), marque un tournant dans le statut juridique des travailleurs de la gig economy au pays.
Mais au-delà de la victoire symbolique des chauffeurs de Victoria, cet accord soulève une question que des centaines de milliers de travailleurs de plateformes numériques à travers le Canada devraient se poser dès maintenant : quels sont mes droits réels, et comment les faire valoir ?
Ce que contient la première convention collective Uber au Canada
L'accord de quatre ans signé en Colombie-Britannique comprend des dispositions concrètes qui illustrent ce que des droits collectifs signifient en pratique pour un chauffeur d'application :
- Prime de signature de 250 $ canadiens pour les chauffeurs ayant effectué au moins 50 courses depuis juillet 2025
- Primes trimestrielles à partir de septembre 2026
- Augmentations annuelles de 5 % sur les frais d'attente, d'annulation et hors région
- Fonds bien-être de 500 $/an couvrant certaines dépenses de santé ou de formation
- Procédure de règlement des litiges formalisée, avec délais contraignants pour Uber
- Droit de contester les avertissements de l'algorithme affectant l'accès à la plateforme
Ce dernier point est particulièrement significatif : les chauffeurs Uber sont souvent sanctionnés par des réductions de leur score ou des blocages temporaires décidés par l'algorithme, sans recours clairement défini. La convention oblige désormais Uber à justifier et à permettre de contester ces décisions.
Le cadre juridique actuel pour les chauffeurs Uber au Canada
La victoire de Victoria est une première, mais elle ne s'applique qu'aux chauffeurs qui ont adhéré au TUAC en Colombie-Britannique. Dans les autres provinces, les chauffeurs Uber demeurent généralement classifiés comme travailleurs indépendants — et non comme salariés.
Cette distinction est fondamentale. Un travailleur indépendant ne bénéficie pas des protections de la Loi sur les normes d'emploi : pas d'indemnité de congés payés calculée sur le taux horaire, pas de droit automatique à l'indemnité de licenciement, pas d'accès aux prestations d'assurance-emploi.
En Ontario, la Loi de 2022 sur les travailleurs en faveur des travailleurs (Bill 88) impose cependant plusieurs protections minimales aux travailleurs de plateforme numérique depuis le 1er juillet 2023. Selon Emploi et Développement social Canada, les droits des travailleurs autonomes varient significativement selon la province :
- Le salaire minimum s'applique pour chaque heure de travail affecté (pas pour l'attente entre courses)
- Le droit à une explication écrite pour toute résiliation de compte
- Le droit à une résolution des litiges via un processus interne obligatoire
Au Québec, la situation est différente. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a déjà reconnu que les chauffeurs Uber peuvent se qualifier comme salariés dans certains contextes. Des recours collectifs sont en cours devant les tribunaux provinciaux.
Ce que la convention de Victoria change pour le reste du Canada
L'accord de Colombie-Britannique est davantage un signal politique qu'un précédent juridique directement applicable. Mais il illustre qu'Uber peut négocier des droits réels pour ses chauffeurs lorsque ceux-ci sont organisés collectivement.
Pour les chauffeurs hors Colombie-Britannique, plusieurs pistes de recours existent dès aujourd'hui :
- Recours individuel : si Uber vous a désactivé sans procédure équitable, un avocat spécialisé en droit du travail peut évaluer si vous avez droit à une indemnité
- Démarche syndicale : d'autres sections du TUAC explorent la syndicalisation de chauffeurs en Ontario et au Québec à la suite de la victoire de Victoria
- Recours en requalification de statut : plaider que votre relation avec Uber équivaut à un emploi salarié, et non à une activité indépendante — une voie judiciaire longue mais viable dans certains cas bien documentés
Les questions que tout chauffeur Uber devrait poser à un avocat
L'essentiel de vos droits dépend de votre province et de votre situation personnelle. Avant de prendre toute décision (quitter la plateforme, rejoindre un syndicat, intenter un recours), il est utile de comprendre :
- Quel est mon statut exact selon la loi de ma province ?
- Est-ce que mes revenus Uber me permettent de cotiser à l'AE comme travailleur autonome ?
- Si Uber ferme mon compte demain, est-ce que j'ai droit à une indemnisation ?
- En cas de blessure pendant une course, suis-je couvert par la CNESST (Québec) ou son équivalent provincial ?
Sur Expert Zoom, des avocats spécialisés en droit du travail sont disponibles pour répondre à ces questions et analyser votre situation spécifique, quelle que soit votre province.
La première convention collective Uber au Canada n'est pas une ligne d'arrivée. C'est un point de départ pour des centaines de milliers de travailleurs de plateformes qui méritent de connaître leurs droits.
Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue pas un avis juridique. Pour votre situation personnelle, consultez un avocat qualifié dans votre province.

Mia Gauthier