Le 23 septembre 2026, Donald Trump a affirmé que le Canada « se détruit lui-même » en accueillant des millions de personnes sans contrôle suffisant. Cette déclaration, lancée en pleine escalade diplomatique entre Ottawa et Washington, n'est pas qu'une pique rhétorique — elle s'inscrit dans une série de politiques d'immigration aux effets concrets pour tous ceux qui franchissent régulièrement la frontière américaine. En juillet 2026, Immigration and Customs Enforcement (ICE) a procédé à 49 571 arrestations, soit le chiffre mensuel le plus élevé depuis le retour de Trump au pouvoir, selon NBC News. Des Canadiens — citoyens, résidents permanents et travailleurs temporaires confondus — se retrouvent désormais dans le viseur de ces mesures.
Ce que Trump a réellement fait depuis 2025
Depuis janvier 2025, l'administration américaine a multiplié les décrets et directives qui modifient profondément les règles du jeu à la frontière canado-américaine. Le 26 décembre 2025, les autorités de U.S. Customs and Border Protection (CBP) ont obtenu le pouvoir de collecter les empreintes digitales, photographies et autres données biométriques de tous les ressortissants étrangers aux postes-frontières terrestres — y compris les Canadiens, même ceux qui traversaient sans incident depuis des décennies.
Le 24 septembre 2026, l'administration Trump a demandé à la Cour Suprême des États-Unis de permettre la reprise des expulsions vers des pays à mauvais bilan en matière de droits humains, sans que les personnes concernées puissent faire valoir leurs craintes au préalable. Cette requête, si elle est accordée, pourrait créer un précédent qui élargit considérablement les catégories de personnes expulsables, au-delà des seuls migrants irréguliers.
Selon le gouvernement fédéral canadien, le Plan des niveaux d'immigration 2026-2028 prévoit 385 000 nouvelles arrivées de résidents temporaires pour 2026 — des personnes qui vivent légalement au Canada mais dont le statut peut être mal interprété par les autorités américaines lors d'un passage frontalier. Le Canada se prépare par ailleurs activement à une hausse des passages irréguliers liée aux expulsions massives en cours aux États-Unis, ce qui crée une pression accrue sur l'ensemble du système frontalier.
Pourquoi cela concerne des millions de Canadiens
Contrairement à une idée répandue, la citoyenneté canadienne ne confère aucun droit d'entrée sur le territoire américain. Les agents du CBP disposent d'un pouvoir discrétionnaire quasi absolu pour refuser l'entrée à tout ressortissant étranger — sans avoir à fournir d'explication détaillée. Ce pouvoir existait avant Trump, mais il est exercé avec une intensité inédite depuis 2025.
Les catégories de Canadiens les plus exposées aux nouvelles politiques sont bien plus larges que ne le laissent penser les manchettes. Comme l'explique un dossier récent sur les droits des travailleurs canadiens face aux politiques Trump, les détenteurs de permis de travail sont parmi les plus vulnérables :
- Les résidents permanents canadiens nés dans des pays tiers : un citoyen afghan, syrien ou iranien vivant légalement au Canada depuis dix ans peut être traité comme un ressortissant de son pays d'origine par les autorités américaines, et non comme un résident canadien.
- Les Canadiens avec un antécédent judiciaire, même mineur et prescrit : une arrestation ancienne au Canada — y compris un chef d'accusation jamais suivi d'une condamnation — peut déclencher une procédure de refus d'entrée si elle n'est pas correctement gérée sur le plan juridique.
- Les travailleurs frontaliers et les voyageurs d'affaires fréquents : des milliers de Canadiens traversent la frontière chaque semaine pour des raisons professionnelles, et les nouvelles règles de contrôle des activités rémunérées aux États-Unis se sont considérablement durcies depuis 2025.
- Les binationaux et les familles mixtes : les proches en situation irrégulière aux États-Unis peuvent, dans certains cas, créer des complications lors du contrôle frontalier de membres de la famille canadiens, selon les avocats spécialisés.
L'Agence des services frontaliers du Canada et le gouvernement fédéral recommandent aux Canadiens de se renseigner sur leurs droits avant tout voyage aux États-Unis, particulièrement pour ceux qui entrent dans les catégories ci-dessus.
Cas concret : Marie-Hélène, consultante montréalaise bloquée à Buffalo
Voici ce qui peut se passer concrètement — et ce que les chiffres signifient pour votre propre situation.
Prenez le cas de Marie-Hélène, consultante en stratégie basée à Montréal, qui se rend régulièrement à New York pour des mandats clients. En septembre 2026, elle traverse la frontière terrestre à Buffalo avec son passeport canadien valide et un visa B-1 en règle. À la borne biométrique, son empreinte digitale déclenche une alerte liée à une correspondance partielle dans une base de données américaine.
Si elle coopère pleinement : 4 heures de détention secondaire, interrogatoire sur ses activités professionnelles aux États-Unis, fouille de son téléphone contenant des données clients confidentielles. Elle ne peut pas contacter son avocat pendant ce temps — rien dans la loi américaine ne l'y oblige à ce stade.
Si elle refuse la fouille de son téléphone : entrée refusée, inscription automatique dans le registre des refus d'entrée CBP. Pour tenter de traverser à nouveau, elle devra soumettre une demande de waiver (dérogation formelle I-192), dont les frais s'élèvent à 585 USD, avec un délai de traitement de 6 à 18 mois. Pendant cette période, toute tentative de franchissement frontalier est inutile.
Si l'alerte biométrique signale à tort un mandat américain : détention pouvant durer de 24 heures à plusieurs semaines, sans représentation juridique automatique, avec risque d'ouverture d'une procédure d'expulsion — même si l'erreur d'identité est finalement établie.
À titre de comparaison, une consultation préventive avec un avocat spécialisé en immigration coûte en moyenne 200 à 400 CAD. Cet investissement permet d'identifier les risques spécifiques à votre dossier avant de franchir la frontière — soit un coût sans commune mesure avec les conséquences d'un refus mal géré.
Ce que vous pouvez — et ne pouvez pas — faire à la frontière américaine
Les avocats spécialisés en droit de l'immigration rappellent plusieurs points souvent méconnus :
Ce que vous pouvez faire : Vous avez le droit de rester silencieux au-delà des questions d'identité de base. Vous pouvez demander à être mis en contact avec le consulat canadien si vous êtes détenu. Vous pouvez refuser la fouille de vos appareils électroniques — mais ce refus peut entraîner un refus d'entrée immédiat.
Ce que vous ne pouvez pas faire : Vous ne pouvez pas exiger qu'un avocat soit présent lors du contrôle frontalier. Vous ne pouvez pas empêcher la collecte de données biométriques si vous souhaitez entrer aux États-Unis. Vous ne pouvez pas invoquer une réhabilitation canadienne pour effacer un dossier aux yeux des autorités américaines — il faut une waiver américaine distincte, indépendamment du pardon canadien obtenu.
Une erreur fréquente : ne pas déclarer spontanément une arrestation passée, même pour une infraction mineure et prescrite. Les agents du CBP ont accès à des bases de données criminelles qui peuvent faire remonter des dossiers vieux de vingt ans. La non-déclaration aggrave systématiquement la situation par rapport à une déclaration proactive accompagnée d'une explication documentée.
Quand consulter un avocat en immigration
Dans le contexte actuel, une consultation préventive est fortement recommandée avant tout voyage aux États-Unis dans les situations suivantes :
- Vous vous rendez fréquemment aux États-Unis pour affaires et vos documents de travail datent d'avant 2025
- Vous avez un dossier judiciaire au Canada, même ancien et réglé
- Vous êtes résident permanent canadien né hors du Canada
- Vous avez déjà essuyé un refus d'entrée ou avez été retenu en contrôle secondaire
- Vous avez des proches en situation irrégulière aux États-Unis
Note : Cet article a une visée informative et ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique — consultez un professionnel qualifié pour toute décision affectant votre statut migratoire.
Les spécialistes en droit de l'immigration disponibles sur ExpertZoom peuvent analyser votre situation personnelle, vérifier votre admissibilité aux États-Unis et vous préparer à un passage frontalier en minimisant les risques — que vous soyez voyageur d'affaires, étudiant ou résident permanent avec des attaches des deux côtés de la frontière.

Amélie Roy