Le film Street Fighter, réalisé par Kitao Sakurai et distribué par Paramount Pictures, sort en salles le vendredi 16 octobre 2026. Avec Andrew Koji en Ryu, Noah Centineo en Ken, Jason Momoa en Blanka et 50 Cent en Balrog, il relance l'intérêt pour la série de Capcom — et pousse des milliers de joueurs à reprendre la manette. Les médecins du sport, eux, y voient un risque bien réel : la tendinite du pouce et du poignet.
Un lancement très suivi, un budget sous surveillance
Selon Variety et Boxoffice Pro, le film devrait prendre la tête du box-office nord-américain pour son premier week-end, devant Whalefall de Disney. Les projections d'ouverture varient : Boxoffice Pro évoque environ 30 M$ américains, alors que d'autres analystes, cités par Yahoo Entertainment, tablent plutôt sur 22 à 25 M$. Le budget, non confirmé par Paramount, serait de 100 à 120 M$ selon la presse spécialisée.
Pour le public québécois et canadien, l'effet est concret. Un film de ce calibre ravive la nostalgie de la génération qui a connu les arcades, et relance les ventes de jeux de combat, de manettes et de bâtons d'arcade. Or, rejouer après des années d'interruption, ou jouer plus longtemps que d'habitude, est exactement le scénario qui fatigue les tendons.
Pourquoi les jeux de combat sollicitent autant les mains
Un jeu de combat repose sur des mouvements courts, rapides et répétés : quarts de cercle, pressions de boutons enchaînées, maintien de directions. Le pouce, l'index et les fléchisseurs du poignet travaillent en continu, souvent avec une prise crispée dans les moments de tension d'un match.
Le Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail (CCHST) rappelle que les lésions musculosquelettiques liées aux mouvements répétitifs touchent les tendons, les muscles et les nerfs, et que les facteurs de risque sont la répétition, la force exercée, la posture et l'absence de pauses. Ce sont précisément les conditions d'une longue session en ligne, le soir, après le travail.
Les signes à surveiller sont connus des physiothérapeutes et des médecins :
- une douleur à la base du pouce ou sur le côté du poignet, surtout en pinçant ou en tournant la main;
- des fourmillements dans les doigts le matin;
- une raideur qui persiste après le jeu;
- une perte de précision dans les gestes du quotidien, comme boutonner une chemise.
Ce que disent les spécialistes de la médecine du sport
Pour les cliniciens, le piège principal est l'escalade rapide. Un joueur qui passe de deux heures par semaine à plusieurs soirées intensives sollicite ses tendons bien au-delà de leur capacité d'adaptation. Le tendon répond lentement à la charge : la douleur apparaît souvent après quelques jours, alors que le dommage s'est installé plus tôt.
La prise en charge précoce est déterminante. Repos relatif, ajustement du matériel, exercices d'étirement et de renforcement guidés par un professionnel permettent le plus souvent d'éviter une inflammation chronique. Une consultation est recommandée dès que la douleur dépasse quelques jours ou réveille la nuit.
Un cas concret : Marc, 28 ans, à Laval
Prenons un scénario réaliste. Marc, 28 ans, employé de bureau à Laval, a laissé sa console de côté depuis trois ans. Le 16 octobre, il va voir le film avec des amis, puis se remet à Street Fighter. Il passe de 0 à 3 heures par soir, 5 soirs par semaine, soit 15 heures hebdomadaires, en plus de ses 7 heures par jour devant un clavier.
Si, après 10 jours, Marc ressent une douleur à la base du pouce en jouant, alors il a tout intérêt à réduire immédiatement ses sessions à 45 minutes, avec une pause de 5 minutes toutes les 20 minutes. Si la douleur persiste plus de 14 jours malgré cet ajustement, ou si des fourmillements apparaissent, alors la situation justifie une évaluation médicale : le diagnostic pourra distinguer une tendinite de De Quervain, une irritation nerveuse ou un simple surmenage.
À l'inverse, s'il consulte dès la deuxième semaine, une rééducation de 4 à 6 séances suffit souvent à reprendre le jeu en sécurité. S'il attend 2 mois, le même problème peut exiger un suivi nettement plus long, avec des semaines d'arrêt complet. Le scénario est hypothétique, mais il illustre une règle simple : plus l'intervention est précoce, plus elle est légère.
Les gestes qui protègent vos mains
Quelques réglages réduisent considérablement la charge :
- Progresser par paliers. Augmentez la durée de jeu d'environ 10 à 15 % par semaine plutôt que de doubler d'un coup.
- Fractionner les sessions. Une pause de quelques minutes après chaque série de combats laisse les tendons récupérer.
- Relâcher la prise. Beaucoup de joueurs serrent la manette bien plus que nécessaire; consciemment desserrer la main diminue la tension.
- Adapter le matériel. Un bâton d'arcade ou une manette de taille adaptée peut mieux répartir l'effort selon la taille de vos mains.
- Échauffer et étirer. Quelques minutes de mobilité du poignet et des doigts avant de jouer, et quelques étirements après.
- Soigner la posture. Avant-bras soutenus, poignets alignés, épaules détendues, écran à hauteur des yeux.
Le cas particulier des retours après une longue pause
Les professionnels de santé observent régulièrement le même profil : un adulte qui reprend une activité manuelle intense après plusieurs années d'arrêt, motivé par un événement culturel. Le cerveau se souvient des enchaînements, mais les tendons, eux, ont perdu leur conditionnement. Le décalage entre l'envie de bien jouer et la capacité réelle des tissus est la source principale des blessures.
Ce phénomène n'est pas propre aux jeux vidéo. Il se retrouve chez les sportifs du dimanche, les musiciens qui reprennent un instrument ou les bricoleurs du printemps. La solution est la même : une reprise progressive, des pauses planifiées et une écoute attentive des premiers signaux, avant qu'ils ne deviennent des douleurs installées.
Les parents ont aussi un rôle à jouer. Un adolescent enthousiasmé par le film peut jouer plusieurs heures d'affilée pendant toute une fin de semaine sans se plaindre, puis ressentir des douleurs à retardement. Fixer des plages de jeu et des pauses claires fait partie de la prévention.
Quand consulter, et qui
Un médecin de famille ou une clinique de santé peut poser un premier diagnostic. Selon l'évolution, un physiothérapeute ou un ergothérapeute prendra le relais pour la rééducation et l'ergonomie du poste de jeu comme du poste de travail. Dans les cas persistants, un médecin du sport ou un spécialiste de la main évaluera les options.
Les joueurs compétitifs, ou ceux qui jouent aussi toute la journée au travail, gagnent à faire évaluer leur poste dans son ensemble : l'addition du clavier, de la souris et de la manette compte autant que les heures de jeu seules.
Retrouvez un professionnel de la santé sur Expert Zoom
Le film Street Fighter est une excellente occasion de renouer avec un loisir, à condition de ménager vos mains. Si vous ressentez une douleur persistante au pouce ou au poignet, ou si vous voulez aménager votre poste pour jouer sans vous blesser, Expert Zoom vous met en relation avec des professionnels de la santé près de chez vous.
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de la santé. En cas de douleur persistante, de perte de force ou d'engourdissement, consultez un médecin.
Pour en savoir plus sur les lésions musculosquelettiques liées aux mouvements répétitifs, consultez la fiche du CCHST sur les troubles musculosquelettiques. Vous pouvez aussi lire notre analyse sur les blessures sur les tournages au Québec ou sur les risques de blessures chez les combattants de MMA.

Élodie Lévesque