Spider-Man Brand New Day au cinéma le 31 juillet : Peter Parker efface tout — et le Québec vous donne ce droit aussi

Tom Holland lors d'un événement public, star de Spider-Man Brand New Day, symbole du droit à l'oubli numérique au Québec

Photo : Purplehighlighter24 / Wikimedia

Amélie Amélie RoyJuridique
8 min de lecture 28 juillet 2026

Le 31 juillet 2026, les cinémas canadiens accueillent Spider-Man : Brand New Day, le film tant attendu où Tom Holland incarne un Peter Parker qui a fait effacer son identité de la mémoire de tous ses proches. Ce que le scénario présente comme un miracle de la sorcellerie fictive existe, en version numérique, dans la législation québécoise depuis septembre 2024 : la Loi 25 accorde à tout résident du Québec un véritable droit à l'effacement de ses données personnelles — mais peu de Canadiens savent encore comment s'en prévaloir.

Pourquoi le scénario de Brand New Day résonne avec la réalité

Quatre ans après les événements de Spider-Man : No Way Home, Peter Parker vit dans l'anonymat le plus total. Ses amis ne se souviennent plus de lui, ses ennemis ne savent plus qui il est. Cette quête d'un nouveau départ, au cœur de l'intrigue de Brand New Day, met en scène un effacement total et volontaire de l'identité d'un individu dans la mémoire collective.

Or, en 2026, cette fantaisie science-fictive n'est plus entièrement fictive pour les Québécois. La troisième vague d'application de la Loi 25 — officiellement la Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels — est entrée en vigueur en septembre 2024 et consacre légalement le droit à l'effacement et le droit à la désindexation. Concrètement, toute personne peut désormais exiger qu'une entreprise supprime ses données personnelles ou retire son nom des résultats de moteurs de recherche, sous certaines conditions précises définies par la Commission d'accès à l'information du Québec.

Le timing du film n'est pas anodin : au Québec, les premières sanctions administratives liées à la Loi 25 commencent à tomber en 2026, selon le site spécialisé auditloi25.ca. Le droit à l'oubli numérique cesse d'être un principe théorique — il devient une réalité applicable dès aujourd'hui.

Ce que la Loi 25 permet vraiment aux résidents du Québec

La Loi 25 est souvent surnommée le « RGPD québécois », par analogie avec le règlement européen sur la protection des données. Elle confère aux résidents du Québec plusieurs droits concrets en matière de gestion de leurs informations personnelles.

Le droit à la suppression : vous pouvez demander qu'une entreprise efface vos données dès lors que celles-ci ne sont plus nécessaires à la finalité pour laquelle elles ont été collectées. Un abonnement résilié depuis deux ans, un profil sur un service que vous n'utilisez plus, des coordonnées transmises lors d'un achat unique — autant de données que vous pouvez exiger de voir supprimer.

Le droit à la désindexation : vous pouvez exiger que vos informations soient retirées des résultats d'un moteur de recherche si leur diffusion vous cause un préjudice. Cette disposition, inspirée d'un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne datant de 2014, est désormais pleinement applicable au Québec.

Un délai de réponse imposé : l'entreprise visée par votre demande dispose de 30 jours pour y répondre. Sans réponse, ou en cas de refus injustifié, vous pouvez déposer une plainte auprès de la CAI.

Des sanctions dissuasives : en cas de non-conformité avérée, les amendes administratives peuvent atteindre 25 millions de dollars ou 4 % du chiffre d'affaires mondial de l'entreprise, selon le montant le plus élevé. Des sanctions pénales visant les dirigeants sont également prévues pour les manquements intentionnels.

En dehors du Québec, les résidents des autres provinces canadiennes restent protégés par la LPRPDE (Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques), qui accorde des droits similaires, mais avec une application historiquement moins stricte.

Cas concret : Sophie veut que Google oublie son ancienne vie

Prenons le cas de Sophie, 31 ans, infirmière auxiliaire à Québec. Il y a six ans, à l'époque où elle cherchait un emploi dans un secteur différent, elle avait créé un profil public sur deux plateformes de réseautage professionnel et laissé un commentaire sous son vrai nom sur un forum spécialisé. Elle a depuis changé de carrière, quitté ces plateformes et supprimé ses comptes — mais son nom continue d'apparaître en première page de Google, associé à son ancienne profession et à des informations qu'elle ne contrôle plus.

Voici comment la Loi 25 s'applique concrètement à sa situation :

Si les plateformes ne conservent plus ses données pour un objectif actif (la mise en relation professionnelle est terminée depuis sa désinscription), Sophie peut envoyer une demande de suppression écrite à chaque plateforme en citant expressément son droit à l'effacement au titre de la Loi 25. L'entreprise a alors 30 jours pour agir. Si elle n'obtient pas de réponse ou si la réponse est un refus non motivé, elle peut porter plainte à la CAI — et l'entreprise s'expose à des amendes pouvant aller jusqu'à 25 millions de dollars.

Si Google continue d'indexer ces informations malgré la suppression du contenu source, Sophie peut formuler une demande de désindexation directement auprès du moteur de recherche. En pratique, Google dispose d'un formulaire dédié pour les demandes de retrait basées sur des lois de protection de la vie privée. Le délai de traitement varie, mais l'existence d'une base légale solide — comme la Loi 25 — renforce considérablement les chances d'aboutir.

Ce que cette démarche peut changer concrètement : selon une étude du CEFRIO, plus de 62 % des employeurs québécois effectuent des recherches en ligne sur les candidats avant un entretien d'embauche. Pour Sophie, dont le nom est associé à des informations obsolètes sur la première page de Google, le droit à l'oubli n'est pas une abstraction juridique — c'est potentiellement la différence entre décrocher ou manquer un poste dans son nouveau domaine.

Le bon ordre de procédure :

  1. Identifier toutes les plateformes et sites qui détiennent vos données (recherche de votre nom entre guillemets sur Google, Bing et DuckDuckGo)
  2. Envoyer une demande écrite à chaque organisme en mentionnant explicitement la Loi 25 et le type de droit exercé (suppression ou désindexation)
  3. Conserver une copie de chaque demande avec la date d'envoi
  4. Si aucune réponse dans 30 jours, ou si le refus est injustifié → plainte à la CAI (formulaire disponible sur cai.gouv.qc.ca)
  5. Si le préjudice est avéré (réputation professionnelle, sécurité personnelle, contenu intime partagé sans consentement) → consulter un avocat spécialisé en droit du numérique

Les limites du droit à l'oubli : quand la loi ne peut pas tout effacer

Contrairement à Peter Parker, qui bénéficie d'un sort magique parfait dans Brand New Day, le droit à l'oubli numérique a ses limites légales.

La Loi 25 ne permet pas d'effacer des informations relevant de l'intérêt public : décisions judiciaires, articles journalistiques portant sur des faits avérés, ou données que l'entreprise doit conserver pour des obligations légales. Au Canada, les données fiscales doivent par exemple être conservées pendant au moins six ans — elles ne peuvent pas faire l'objet d'une demande d'effacement.

Le droit s'applique principalement lorsque la conservation de vos données n'est plus justifiée par un objectif légitime ou actuel. Si l'entreprise peut démontrer qu'elle a encore besoin de ces informations — pour une relation contractuelle en cours, une obligation réglementaire, ou la défense d'un litige éventuel — votre demande pourra être refusée de manière fondée.

Enfin, si votre réputation a été affectée par des tiers — faux profils, photos partagées sans consentement, informations personnelles publiées sur des forums par un tiers — la démarche se complexifie et peut nécessiter non seulement une demande à la CAI, mais également une mise en demeure formelle, voire une procédure judiciaire.

Cybersécurité, données personnelles et cinéma : un parallèle de plus en plus réel

La protection des données personnelles dans le monde du divertissement numérique soulève elle aussi des questions pratiques pour les fans. Les plateformes de streaming, les applications de billetterie et les services de recommandation collectent des quantités importantes de données comportementales sur leurs utilisateurs — historique de visionnage, localisation, préférences, moyens de paiement.

En lien avec ce sujet, un article publié sur Expert Zoom aborde les enjeux de cybersécurité et protection des données dans le contexte des plateformes sportives au Canada — une problématique similaire qui concerne tout autant les fans de Marvel que les amateurs de baseball.

Pour tout service numérique utilisé au Québec, les droits accordés par la Loi 25 s'appliquent, qu'il s'agisse d'une plateforme de streaming, d'une application de billetterie cinéma ou d'un compte créé pour acheter des produits dérivés.

Ce qu'il faut faire avant le 31 juillet

Le film sort dans trois jours. Si le scénario de Brand New Day vous inspire à reprendre le contrôle de votre présence numérique, voici trois actions concrètes à engager dès maintenant :

Faites l'inventaire de vos données en ligne. Tapez votre nom complet entre guillemets dans plusieurs moteurs de recherche. Notez chaque résultat qui vous concerne : anciens profils, biographies d'employeurs précédents, mentions sur des forums, photos. Vous avez besoin de savoir ce qui existe avant de demander ce qui doit disparaître.

Envoyez vos premières demandes de suppression. Pour chaque plateforme qui conserve vos données sans raison actuelle, rédigez une demande écrite formelle. Mentionnez la Loi 25 si vous êtes au Québec, ou la LPRPDE dans les autres provinces. Gardez une trace de chaque envoi.

Consultez un avocat pour les situations complexes. Réputation professionnelle endommagée, contenus intimes partagés sans consentement, usurpation d'identité numérique, données sensibles divulguées lors d'une fuite de sécurité : ces situations dépassent le cadre d'une simple demande administrative. Un avocat spécialisé en droit du numérique et en protection des données peut évaluer précisément votre situation, identifier les recours disponibles — plainte à la CAI, mise en demeure, action en dommages-intérêts — et vous accompagner jusqu'à la résolution.

Peter Parker a eu besoin d'un sort pour recommencer à zéro. Vous, vous avez la Loi 25 — et un expert juridique à portée de clic.


Avertissement : cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis juridique. Les situations individuelles varient et les droits applicables dépendent de votre province de résidence et des circonstances spécifiques de chaque cas. Consultez un avocat qualifié pour obtenir des conseils personnalisés.

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