Le 19 juillet 2026, le MetLife Stadium du New Jersey a accueilli le tout premier spectacle de mi-temps de l'histoire d'une finale de Coupe du monde. Devant plus de 80 000 spectateurs et une audience télévisée mondiale, Madonna, Shakira, BTS, Justin Bieber, Coldplay et Burna Boy se sont succédé sur scène pour un show de près de vingt minutes produit par la FIFA et Global Citizen. L'événement, spectaculaire, a aussi transformé un stade de football en salle de concert géante — avec les niveaux sonores qui vont avec. Pour les spectateurs présents comme pour les téléspectateurs qui ont poussé le volume à fond, la question mérite d'être posée : à quel moment le plaisir devient-il un risque pour l'audition ?
Un stade transformé en enceinte géante
Un concert en plein air ou en enceinte fermée se situe habituellement entre 100 et 110 décibels (dB), selon les mesures relevées par les audioprothésistes. À titre de comparaison, une conversation normale tourne autour de 60 dB et le trafic urbain dense avoisine 80 dB. Le spectacle de mi-temps, conçu pour couvrir les chants de dizaines de milliers de personnes, s'inscrit sans peine dans cette fourchette haute.
Or l'échelle des décibels est logarithmique : chaque hausse de 3 dB double environ l'énergie sonore reçue par l'oreille. Passer de 100 à 103 dB, ce n'est pas 3 % de bruit en plus, c'est deux fois plus. C'est pourquoi les spécialistes insistent moins sur le volume ressenti que sur le couple intensité–durée.
Ce que dit la science sur le seuil de danger
Le repère de référence est bien établi. Au-delà de 85 dB, une exposition prolongée peut endommager les cellules ciliées de l'oreille interne, ces récepteurs microscopiques qui transforment les vibrations en signaux nerveux. Leur particularité : elles ne repoussent jamais. Une fois détruites, la perte est définitive.
L'Organisation mondiale de la Santé recommande de ne pas dépasser 100 dB pour les événements musicaux et de limiter à quelques minutes seulement l'exposition à ce niveau sans protection. Autrement dit, un show de vingt minutes collé aux enceintes dépasse largement la marge de sécurité. Le danger n'est pas théorique : il devient quasi immédiat à partir de 100 dB.
Les conséquences ne se limitent pas à la surdité. Beaucoup de spectateurs quittent un concert avec des acouphènes — ces sifflements ou bourdonnements persistants — ou une sensation d'oreille cotonneuse. Ces symptômes, souvent temporaires, sont un signal d'alarme. Répétés, ils annoncent des lésions durables.
Les gestes simples qui changent tout
La bonne nouvelle, c'est que se protéger ne veut pas dire renoncer à la fête. Quelques réflexes suffisent à réduire considérablement le risque :
- Porter des bouchons d'oreille adaptés. Les modèles pour concert atténuent le volume de 15 à 20 dB sans déformer le son, contrairement aux mousses classiques. Une simple paire fait passer un niveau de 105 dB sous le seuil critique.
- S'éloigner des enceintes. Reculer de quelques mètres et éviter les blocs de haut-parleurs réduit fortement l'intensité reçue.
- Faire des pauses. Sortir de la zone sonore dix minutes toutes les heures laisse à l'oreille le temps de récupérer.
- Surveiller les enfants. Le conduit auditif d'un enfant est plus court et plus sensible : un casque antibruit est vivement conseillé.
Ces conseils valent aussi devant la télévision ou avec un casque : pousser le volume au maximum pour retrouver l'ambiance du stade expose au même risque, surtout sur une écoute prolongée.
Quand consulter un professionnel
Un symptôme doit alerter : si des acouphènes ou une sensation d'oreille bouchée persistent plus de 24 heures après l'événement, il faut consulter. Un médecin ORL peut évaluer une éventuelle atteinte et, dans certains cas de traumatisme sonore aigu, une prise en charge rapide améliore le pronostic. Un audioprothésiste, de son côté, réalise un bilan auditif complet et propose des protections sur mesure, moulées sur l'oreille, particulièrement utiles pour les habitués des concerts et des grands événements sportifs.
Faire vérifier son audition ne relève pas de l'excès de prudence. La perte auditive liée au bruit progresse en silence, souvent sans douleur, et l'on ne s'en rend compte qu'une fois les dégâts installés. Un bilan régulier, surtout après une exposition intense comme celle du 19 juillet, est un investissement de santé simple. Sur Expert Zoom, vous pouvez trouver un professionnel de la santé auditive près de chez vous pour un premier bilan.
Un événement à savourer, pas à subir
Le spectacle de mi-temps de la Coupe du monde 2026 restera dans les mémoires comme un moment de communion planétaire, au service d'une bonne cause : les recettes alimentent le Fonds pour l'éducation FIFA–Global Citizen, doté d'un objectif de 100 millions de dollars pour l'accès au sport des enfants défavorisés. Rien n'oblige à choisir entre l'émotion et la santé. Une paire de bouchons dans la poche, quelques pauses et un peu de distance suffisent à profiter du show sans le payer plusieurs années plus tard.
Les événements musicaux et sportifs de grande ampleur se multiplient, et avec eux les risques auditifs — comme l'ont récemment rappelé les concerts de Karol G à Coachella ou de Mumford and Sons à Vancouver. Adopter les bons réflexes dès aujourd'hui, c'est s'assurer d'entendre encore, dans vingt ans, le prochain grand spectacle.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé. En cas de gêne auditive persistante, consultez un professionnel de santé. Pour en savoir plus sur la prévention de la perte auditive, voir la fiche de l'Organisation mondiale de la Santé.

Amélie Gagnon