La Roumaine Sorana Cirstea, 36 ans, a éliminé Jasmine Paolini 6-3, 6-3 le 4 septembre 2026 au troisième tour de l'US Open — son dernier Grand Chelem avant une retraite annoncée en fin de saison. Celle qui a atteint le 17e rang mondial le 13 juillet 2026, devenant la joueuse la plus âgée à faire ses débuts dans le top 20 de l'histoire du classement WTA, avait pourtant failli tout arrêter bien avant cela : une fasciite plantaire chronique ayant nécessité une chirurgie a mis sa carrière en suspens. Son histoire résonne avec des milliers de joueurs de tennis amateurs au Canada qui se posent la même question — et trop tard.
Avertissement : cet article contient des informations de nature médicale générale. Consultez un professionnel de santé pour tout diagnostic ou traitement.
Une fin de carrière qui redéfinit la longévité sportive
Quand Sorana Cirstea a publié un message sur Instagram annonçant que 2026 serait sa dernière saison sur le circuit WTA, personne ne prévoyait qu'elle en ferait l'une des meilleures de sa vie. En l'espace de quelques mois, elle a remporté son quatrième titre WTA à Cluj-Napoca en battant Emma Raducanu 6-0, 6-2, infligé sa première défaite à Aryna Sabalenka en tant que numéro mondiale 1 à Rome, et atteint les quarts de finale de Roland-Garros pour la première fois en 17 ans.
Ce qui est invisible dans ces résultats, c'est la souffrance physique qui a précédé cette renaissance. Cirstea a bataillé pendant des années contre une fasciite plantaire — inflammation du fascia plantaire, tissu fibreux reliant le talon aux orteils — avant de se résoudre à une intervention chirurgicale. Sa récupération post-opératoire a été longue et incertaine. Si elle joue aujourd'hui à ce niveau à 36 ans, c'est parce qu'elle a, in fine, accepté de prendre sa blessure au sérieux et de consulter les bons spécialistes.
Ce que la médecine du sport dit sur la fasciite plantaire du tennisman
La fasciite plantaire est l'une des pathologies musculo-squelettiques les plus fréquentes chez les joueurs de tennis, toutes catégories confondues. Elle touche particulièrement les joueurs de 35 à 55 ans qui pratiquent sur courts durs — béton ou synthétique — où l'absorption des chocs est minimale. Selon le Gouvernement du Canada, les blessures chroniques dues à des mouvements répétitifs représentent l'une des premières causes de limitation de l'activité physique chez les adultes actifs au pays.
Au tennis, plusieurs facteurs amplifient le risque : les changements de direction rapides, les démarrages explosifs depuis la ligne de fond, et la durée des séances sur surface dure sollicitent le fascia plantaire à chaque échange. Une voûte plantaire trop prononcée ou une suination excessive (roulement vers l'extérieur du pied) multiplient encore les contraintes mécaniques.
La pathologie évolue typiquement en trois phases :
Phase initiale : douleur vive sous le talon au premier pas le matin, disparaissant après quelques minutes. Le joueur continue, parfois sans consulter personne.
Phase intermédiaire : la douleur persiste pendant les matchs et en fin de séance. Les anti-inflammatoires procurent un soulagement temporaire, masquant le problème sous-jacent.
Phase chronique : la douleur est présente au repos, parfois nocturne. C'est à ce stade que Cirstea a dû envisager la chirurgie — et c'est à ce stade que trop de joueurs amateurs attendent encore pour agir.
Réaction d'expert : « Deux semaines, c'est déjà trop longtemps sans consulter »
Pour un médecin du sport ou un physiothérapeute spécialisé, le cas Cirstea illustre un mécanisme bien connu : la tolérance progressive à la douleur conduit à reporter la consultation jusqu'à ce que les options conservatrices soient épuisées. Les traitements non chirurgicaux — étirements ciblés du fascia et du tendon d'Achille, orthèses plantaires sur mesure, ondes de choc extracorporelles, physiothérapie intensive — présentent un taux d'efficacité d'environ 90 % lorsqu'ils sont initiés en phase initiale ou intermédiaire.
En phase chronique, ce taux chute significativement, et la chirurgie (libération partielle du fascia plantaire, ou fasciectomie) devient parfois inévitable — avec une réhabilitation post-opératoire de 3 à 6 mois minimum. Pour un joueur professionnel comme Cirstea, ce délai représente une fraction de sa carrière. Pour un amateur dont la vie professionnelle ne tourne pas autour du tennis, c'est une saison complète sacrifiée, parfois davantage.
L'interne link vers un article similaire sur ce sujet : Flavio Cobolli à Roland Garros 2026 : comment la médecine du sport gère les blessures des joueurs de haut niveau
Cas concret : Guillaume, 44 ans, joueur de club à Ottawa
Prenons le cas de Guillaume, 44 ans, qui joue au tennis trois fois par semaine dans un club intérieur à Ottawa. En janvier 2026, il ressent une douleur sous le talon droit au lever — désagréable, mais disparaissant après quelques minutes. Il continue à jouer, prend de l'ibuprofène avant les séances importantes. En mars 2026, la douleur est présente pendant les matchs et dure plusieurs heures après. En mai 2026, il ne peut plus poser le pied à plat le matin sans wincer. En juillet, il arrête de jouer.
Si Guillaume avait consulté un physiothérapeute dès février 2026 — au bout de deux semaines de symptômes persistants au réveil — voici ce que la prise en charge aurait probablement donné :
- Bilan diagnostique par échographie : épaisseur du fascia plantaire mesurée (seuil pathologique : > 4 mm). Dès janvier, l'épaississement est déjà visible mais modéré (4,2 mm).
- Programme d'étirements : 3 séries de 20 secondes pour le fascia, 3 séries de 20 secondes pour le tendon d'Achille, matin et soir — douleur ramenant sous 4 mm en 6 semaines.
- Orthèses plantaires sur mesure : correction de sa suination pour redistribuer les charges lors des changements de direction.
- Délai de récupération : 6 à 8 semaines avec une consultation précoce, maintien possible d'une pratique allégée (courts souples, intensité réduite).
- Coût estimé : 4 à 6 séances de physiothérapie à 90-110 $ CAD/séance, soit 360 à 660 $ CAD total.
En attendant jusqu'en juillet, Guillaume a perdu 5 mois de pratique. Si sa fasciite a atteint la phase chronique (fascia à 5,8 mm en juillet), le programme de réhabilitation passe à 12-16 séances, potentiellement complétées d'ondes de choc (3 séances supplémentaires à 150-200 $/séance). Coût total : entre 1 500 et 2 500 $ CAD — soit 4 à 7 fois le coût d'une prise en charge précoce. Et si les traitements conservateurs échouent, la chirurgie représente en Ontario une dépense supplémentaire de 3 000 à 8 000 $ CAD en clinique privée, avec 3 à 6 mois de réhabilitation post-opératoire.
La règle est simple : si une douleur sous le talon persiste au-delà de deux semaines malgré le repos, consultez un professionnel de santé. Ne pas attendre de « voir si ça passe ».
Les signaux qui imposent une consultation immédiate
Au-delà de la règle des deux semaines, certains signes sont des urgences médicales relatives, nécessitant une consultation dans les 48 à 72 heures :
- Douleur nocturne intense réveillant le joueur
- Gonflement ou ecchymose visible sous le talon
- Douleur brutale survenue pendant un point ou une course (peut indiquer une rupture partielle)
- Impossibilité totale de poser le pied à plat le matin
- Douleur irradiant vers le mollet ou le bas de la jambe
Ces symptômes peuvent signaler une rupture partielle du fascia, une fracture de stress du calcanéum, ou une neuropathie du nerf tibial postérieur — des pathologies que seul un diagnostic médical différentiel peut établir. Un médecin du sport ou un orthopédiste pourra prescrire une IRM ou une échographie ciblée pour poser le bon diagnostic.
Que retenir de la saison 2026 de Cirstea ?
L'incroyable saison finale de Sorana Cirstea n'est pas seulement une belle histoire sportive. C'est le témoignage de ce que la médecine du sport moderne permet d'accomplir — et de ses limites. Cirstea a pu disputer son dernier US Open et battre une top 5 mondiale grâce à une chirurgie réussie et une réhabilitation méticuleuse. Mais elle reconnaît jouer « en sachant que chaque match compte, parce que je sais que c'est bientôt fini » — une phrase qui résume aussi les conséquences d'une blessure chronique trop longtemps tolérée.
Pour les joueurs de tennis amateurs au Canada, la leçon est directe : la douleur chronique au pied n'est pas une fatalité du sport. C'est un signal. Consulter un médecin du sport ou un physiothérapeute spécialisé en blessures sportives, c'est non seulement protéger votre saison en cours — c'est protéger votre capacité à jouer dans dix ans.
Si vous ressentez une douleur persistante au talon, un consultant spécialisé en médecine du sport sur Expert Zoom peut vous orienter vers la bonne prise en charge, selon votre profil et votre niveau de pratique.

Amélie Gagnon