Le 16 août 2026, à l'âge de 33 ans, Sloane Stephens a créé l'une des plus grandes surprises du Cincinnati Open en battant Anastasia Potapova, 25e mondiale, sur le score de 6-2, 6-4. Pour la première fois depuis mai 2024, la championne de l'US Open 2017 remportait deux victoires consécutives sur le circuit WTA — et ce, après une fracture du pied droit qui avait failli mettre un terme à sa carrière. Une guérison spectaculaire qui pose une question que des milliers de sportifs canadiens se posent chaque année : après une fracture du pied, comment savoir quand — et comment — reprendre le sport en sécurité ?
Du cauchemar à Cincinnati : la trajectoire de Sloane Stephens
La saison 2025 de Stephens avait tout d'un scénario catastrophe. Une série de douze défaites consécutives. Une fracture du pied droit qui l'a contrainte à interrompre la compétition et à passer plusieurs semaines en tant que consultante télévisée plutôt que sur les courts. À 33 ans, dans un sport où peu de joueuses durent au-delà de 30 ans à ce niveau, beaucoup pensaient que la page était tournée.
Pourtant, l'Américaine a choisi de revenir. Prudemment d'abord : Australian Open 2026, Roland Garros, Toronto. Sans éclat, sans victoires fracassantes. Puis, à Cincinnati, quelque chose a changé. Victoire au premier tour contre Sinja Kraus, puis ce coup d'éclat contre Potapova — une joueuse du top 25 mondial — pour atteindre les huitièmes de finale.
Son classement reflète ce renouveau : 207e mondiale à l'entame du tournoi, elle a bondi de 65 places en quelques jours. La WTA lui a également décerné une wild card pour l'US Open 2026, signal fort d'une Fédération qui reconnaît la légitimité de ce retour.
« Mon tennis ne ressemble pas toujours à ce qu'il y a de mieux, et pas à mon meilleur niveau, mais je trouve un moyen de gagner », a-t-elle déclaré à la presse cette semaine. Cette phrase, banale en apparence, dit tout de la réalité du retour de blessure : le corps est là, mais la machine n'est pas encore parfaitement huilée.
Ce que la médecine du sport nous apprend sur la fracture du pied
Une fracture du pied chez un sportif — professionnel ou amateur — suit un protocole de récupération structuré. Selon la Société canadienne de physiologie de l'exercice (SCPE), le retour à l'activité physique intensive dépend de plusieurs facteurs : la localisation exacte de la fracture, la densité osseuse, l'âge du patient et le type de sport pratiqué.
Pour une fracture simple, non déplacée, dans un os du pied (métatarses, cunéiformes, naviculaire), la consolidation osseuse s'étend généralement sur 8 à 12 semaines. Mais attention : la consolidation radiologique ne signifie pas que le retour compétitif est autorisé. Il existe une seconde phase, souvent négligée, appelée réathlétisation : marche sans douleur, puis footing, puis exercices spécifiques au sport, puis retour progressif à la compétition.
Dans le cas d'une athlète de 33 ans comme Stephens, ce processus a duré bien au-delà de la consolidation standard. Et c'est là que les décisions médicales deviennent critiques : reprendre trop tôt, c'est s'exposer à une refracture ou à des compensations posturales qui créent de nouvelles blessures ailleurs (genou, hanche, lombaires).
Le cas des fractures dites « de Jones » — au niveau de la base du cinquième métatarse, très fréquentes chez les sportifs à impacts latéraux comme les joueurs de tennis — est particulièrement délicat. Cette zone, mal vascularisée, présente un risque élevé de pseudarthrose (non-consolidation) pouvant nécessiter une intervention chirurgicale. Pour ce type de fracture, les délais de retour au sport s'étendent à 12-20 semaines, voire davantage.
Cas concret : Marie-Claude, 40 ans, joueuse de tennis amateur à Laval
Prenons l'exemple de Marie-Claude, 40 ans, joueuse de tennis en club à Laval (Québec), qui s'est fracturé le cinquième métatarse droit lors d'un tournoi local en juillet 2026. Son médecin généraliste lui prescrit 8 semaines d'immobilisation et lui dit de « voir comment ça se passe » ensuite. Elle souhaite reprendre la saison d'automne début octobre.
Si la radiographie à 8 semaines confirme une consolidation complète et que Marie-Claude n'a aucune douleur à l'appui simple, alors elle peut commencer une réathlétisation légère : vélo stationnaire sans résistance, natation, exercices de proprioception. La reprise du tennis — sport à impacts latéraux répétés avec déplacements brusques — ne devrait pas intervenir avant la 12e à 16e semaine, soit mi-octobre au plus tôt, ce qui rend son objectif de début octobre risqué.
Si en revanche la fracture est une fracture de Jones classique au niveau de la jonction métaphyso-diaphysaire (zone à haut risque de non-consolidation), alors le délai s'étend à 16-20 semaines. Marie-Claude ne rejouerait pas avant décembre 2026, voire janvier 2027. Et si à 12 semaines la consolidation est insuffisante, une vis de compression chirurgicale pourrait être nécessaire — avec un délai supplémentaire de 6 à 8 semaines avant la reprise sportive.
Ces chiffres ne sont pas théoriques : selon l'Association canadienne des physiothérapeutes en sport, une reprise trop précoce d'une fracture du pied augmente le risque de refracture de 40 à 60 %. C'est pourquoi un avis spécialisé — médecin du sport ou physiothérapeute — n'est pas une option, c'est une nécessité.
Les signaux qui indiquent un retour prématuré
L'exemple de Stephens est instructif, non seulement par son succès, mais par sa méthode : elle n'a pas précipité son retour. Elle a joué sélectivement, évité les tournées épuisantes du circuit secondaire, et progressé par étapes. Beaucoup de sportifs amateurs font l'erreur inverse — ils reprennent dès que la douleur disparaît, sans attendre la consolidation complète.
Voici les signes concrets qu'un retour au sport est encore trop tôt :
- Douleur résiduelle à l'appui après 20-30 minutes d'activité modérée sur le membre blessé
- Gonflement en fin de journée persistant sur le site de la fracture
- Boiterie compensatrice observable à la marche rapide, même légère
- Appréhension à l'appui unipodal (tenir debout sur un seul pied pendant 30 secondes sans douleur est un test de base)
- Stagnation des progrès en rééducation sur plus de deux semaines consécutives
Un professionnel de santé du sport peut évaluer ces indicateurs à l'aide de tests fonctionnels standardisés (test du single-leg hop, tests isocinétiques pour la cheville) et établir un protocole de retour progressif basé sur des critères objectifs, et non sur la simple absence de douleur au repos.
Pour des ressources récentes sur les protocoles de réathlétisation après fracture du pied, il est aussi utile de consulter les articles de médecine du sport comme l'analyse des blessures au Roland Garros 2026, qui détaille comment les athlètes de haut niveau gèrent leurs retours de blessure sur le circuit.
L'âge, un facteur souvent sous-estimé dans la récupération
À 33 ans, Stephens fait partie des « vétéranes » du circuit WTA. Et son cas illustre un phénomène bien documenté en physiologie du sport : au-delà de 30 ans, la consolidation osseuse est plus lente, la récupération musculaire prend davantage de temps, et les compensations liées à une ancienne blessure sont plus fréquentes.
Concrètement, pour un sportif de plus de 35 ans qui subit une fracture du pied :
- La densité osseuse peut déjà être légèrement réduite (début d'ostéopénie chez certains sujets), ce qui ralentit la consolidation
- Le risque de tendinopathie d'Achille ou de fasciite plantaire compensatrice est plus élevé si la reprise est mal encadrée
- Le bénéfice d'une supplémentation en vitamine D et calcium, prescrite par un médecin, peut réduire le temps de consolidation de façon significative
Ces éléments sont rarement pris en compte par le médecin généraliste, qui n'est pas toujours formé à la spécificité du sportif vieillissant. C'est précisément pour cela que la consultation auprès d'un médecin du sport ou d'un physiothérapeute spécialisé fait une vraie différence.
Quand consulter un expert pour votre récupération ?
Le retour de Sloane Stephens à Cincinnati est une belle histoire sportive. Mais c'est aussi une leçon pratique sur l'importance de prendre le temps de bien se soigner, même — surtout — quand on est impatient de reprendre.
Si vous êtes dans une des situations suivantes, consulter un spécialiste en médecine du sport ou un physiothérapeute s'impose :
- Vous avez subi une fracture du pied et votre médecin généraliste ne pratique pas la médecine du sport
- Votre rééducation stagne après 4 semaines sans amélioration mesurable
- Vous envisagez une reprise compétitive dans les 3 mois suivant votre fracture
- Vous avez plus de 35 ans et pratiquez un sport à impacts (tennis, course à pied, sports collectifs)
- Votre fracture était au niveau de la base du cinquième métatarse (zone de Jones) ou du sésamoïde
Un expert de la santé du sport peut établir un plan de retour personnalisé, validé médicalement, qui vous évite la rechute — et les mois supplémentaires d'immobilisation qu'elle engendre. Sur Expert Zoom, vous pouvez consulter un médecin du sport ou un physiothérapeute spécialisé pour obtenir un avis adapté à votre blessure et à votre niveau de pratique.
Cet article a une visée informative uniquement et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de blessure, consultez un professionnel de santé qualifié avant toute reprise sportive.

Élodie Lévesque