En 2025, Ryan Coogler a signé avec Warner Bros. un accord qui fait encore trembler Hollywood : en échange du financement de son film Sinners, le réalisateur a obtenu la propriété intellectuelle complète de l'œuvre 25 ans après sa sortie, soit en 2050. Résultat : un film qui a engrangé plus de 370 millions de dollars dans le monde — soit plus de quatre fois son budget initial de 90 millions — dont Coogler deviendra un jour entier propriétaire. Seize nominations aux Oscars ont suivi, un record absolu dans l'histoire de la cérémonie, battant le précédent détenu par Titanic et La La Land.
Ce qu'a obtenu Coogler — et pourquoi ça change tout
La liste des droits obtenus par Coogler est aussi rare qu'impressionnante. Premièrement, il a conservé le final cut : le droit de décider du montage définitif de son film sans interférence du studio. Deuxièmement, il touche un pourcentage du premier dollar brut (first-dollar gross), ce qui signifie qu'il perçoit une part des recettes dès le premier billet vendu — et non pas après que le studio ait récupéré ses coûts de production et de marketing, comme dans les accords classiques.
Troisièmement, et c'est le plus novateur : la propriété complète de Sinners revient à Coogler en 2050. Autrement dit, Warner Bros. a essentiellement loué son catalogue mondial de distribution pendant 25 ans, après quoi le film — ses suites potentielles, ses droits dérivés, ses revenus de streaming — appartient entièrement au réalisateur. Selon Axios, cet accord pourrait « redéfinir qui possède Hollywood ».
Les retombées financières sont déjà considérables. Avec un budget de 90 millions de dollars et des recettes mondiales dépassant 370 millions, Sinners est l'un des plus grands succès commerciaux de 2025. Pour Coogler, les bénéfices du first-dollar gross représentent des dizaines de millions de dollars perçus dès l'ouverture en salles — avant même les droits de streaming et la vente de produits dérivés.
Propriété intellectuelle : la richesse invisible des créateurs
Le cas Coogler illustre un principe fondamental en gestion de patrimoine : la propriété intellectuelle (PI) est souvent la ressource la plus précieuse qu'un créateur possède — et la plus fréquemment cédée sans en mesurer les conséquences.
En droit canadien, selon le Bureau de la propriété intellectuelle du Canada, l'auteur d'une œuvre originale en est automatiquement le propriétaire dès sa création. Cependant, dès qu'un contrat est signé — avec un studio, un label musical, un éditeur ou un employeur —, ces droits peuvent être transférés intégralement ou partiellement. Une clause en apparence anodine comme "transfer of all intellectual property rights" peut signifier que toute création réalisée dans le cadre d'une prestation appartient au commanditaire, non au créateur.
Ce que Coogler a compris — et ce que la plupart des créateurs ignorent — c'est que les droits d'auteur ont une valeur qui s'apprécie dans le temps. Un film, un roman, une chanson ou une application logicielle peut continuer à générer des revenus pendant des décennies. Céder ces droits définitivement, c'est renoncer à cette richesse future.
Ce que les créateurs canadiens peuvent retenir du « deal Coogler »
Le marché canadien de la création est vaste : cinéastes, musiciens, développeurs de logiciels, artistes visuels, designers, auteurs — tous sont concernés par la question de la propriété intellectuelle dans leurs contrats. Voici les leçons pratiques à retenir :
Négocier des cessions limitées dans le temps. Plutôt que de céder vos droits de façon permanente, exigez une durée définie — 10, 15 ou 25 ans — après laquelle les droits vous reviennent. C'est exactement ce qu'a obtenu Coogler.
Distinguer cession et licence. Une licence accorde à un tiers le droit d'utiliser votre œuvre sans transfert de propriété. Une cession transfère la propriété elle-même. Ces deux notions ont des valeurs radicalement différentes et ne sont pas interchangeables.
Revendiquer le premier dollar brut. Dans les accords de co-production, un créateur peut négocier un pourcentage des recettes brutes dès le premier dollar, et non sur les bénéfices nets — souvent réduits à zéro par les charges du studio ou du producteur.
Protéger ses droits moraux. La Loi sur le droit d'auteur canadienne reconnaît les droits moraux : le droit à l'intégrité de l'œuvre et le droit à la paternité. Ces droits ne peuvent pas être cédés, seulement waivés par contrat — ce qui en fait un levier de négociation.
D'après le Bureau de la propriété intellectuelle du Canada, les actifs de PI représentent aujourd'hui plus de 50 % de la valeur de nombreuses entreprises. Les créateurs individuels qui traitent leur PI comme un actif stratégique se donnent les moyens de construire un patrimoine durable.
Un conseiller en gestion de patrimoine peut changer la donne
La négociation de droits de propriété intellectuelle est une discipline à la croisée du droit, de la comptabilité et de la gestion financière. Un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé peut vous aider à :
- Évaluer la valeur de vos actifs PI avant de signer un contrat, pour ne pas brader vos droits sous leur valeur de marché.
- Structurer vos revenus créatifs pour optimiser votre situation fiscale — les redevances (royalties) et les droits d'auteur sont soumis à un régime fiscal spécifique au Canada.
- Planifier la transmission de vos œuvres dans le cadre d'une succession : en droit canadien, les droits d'auteur survivent à leur titulaire pendant 70 ans après son décès.
- Identifier les assurances et garanties qui protègent votre PI en cas de litige (violation de droits, plagiat, utilisation non autorisée).
Le succès de Sinners le démontre avec éclat : comprendre la valeur de ce que vous créez est la première étape pour le protéger et en tirer une richesse durable. Sur Expert Zoom, des conseillers en gestion de patrimoine peuvent vous guider pour évaluer et sécuriser vos actifs créatifs, qu'il s'agisse d'un premier contrat ou d'un catalogue entier à défendre.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique ou financier. Pour toute décision relative à vos droits intellectuels, consultez un avocat spécialisé en droit d'auteur ou un conseiller en gestion de patrimoine certifié.

Valérie Morin