Le 8 mai 2026, Paul McCartney et Ringo Starr ont publié « Home to Us » — leur premier duo vocal en soixante ans de carrière commune. Pour la toute première fois, les deux derniers Beatles survivants ont échangé des lignes de chant en tête-à-tête, dans un titre produit autour d'une piste de batterie enregistrée par Starr. Le morceau paraît comme deuxième extrait du prochain album de McCartney, « The Boys of Dungeon Lane », attendu le 29 mai 2026. Mais derrière cette magie musicale se cache une réalité financière que les conseillers en gestion de patrimoine scrutent avec attention : comment deux artistes de 85 ans — représentant ensemble un patrimoine de plus d'un milliard de dollars — protègent-ils leur héritage créatif ?
Un duo inédit et une question financière légitime
L'histoire de la chanson est révélatrice. Ringo a enregistré ses batteries, Andrew Watts a joué la piste à McCartney, qui a ensuite composé une chanson autour — une collaboration à distance, sans coordination préalable, qui s'inscrit dans la lignée de la résurrection de Beatles par l'IA en 2023 avec « Now and Then ». La chanson parle de leurs origines ouvrières à Liverpool : McCartney d'Allerton, Starr du quartier Dingle.
Ce titre, d'une beauté poignante, remet en lumière une question souvent ignorée dans les discussions sur les grandes fortunes créatives : que devient le patrimoine d'un artiste quand il vieillit, et surtout, quand il disparaît ?
Ringo Starr a 85 ans. Son patrimoine est estimé à environ 350 millions de dollars, alimenté par des redevances de performance sur les enregistrements Beatles, ses droits d'auteur en tant que compositeur (notamment « Octopus's Garden » et « Don't Pass Me By »), ses albums solo — dont le 22e studio, « Long Long Road », est sorti le 24 avril 2026 — et ses tournées. Son All Starr Band entame une nouvelle tournée de 12 dates aux États-Unis dès le 28 mai 2026.
Les droits musicaux : une mécanique complexe
Le catalogue Beatles est l'un des actifs musicaux les plus complexes au monde en matière de droits. Comprendre sa structure éclaire les enjeux qui concernent n'importe quel créateur canadien :
- Les droits d'édition (publishing rights) sur les compositions des Beatles appartiennent à Sony Music Publishing depuis le rachat par Michael Jackson en 1985, racheté ensuite par Sony. Paul McCartney a récupéré les droits de ses propres compositions grâce aux lois américaines sur la reversion (droit de récupérer après 35 ans), mais pas Ringo pour ses propres chansons.
- Les droits voisins (master rights) appartiennent à Apple Corps, la société fondée par les Beatles, et sont exploités sous licence par Universal Music Group.
- Les droits de performance : chaque fois qu'une chanson Beatles est diffusée à la radio, dans un film ou en streaming, Ringo perçoit une redevance de performance via les sociétés de gestion comme la SOCAN au Canada.
Selon le gouvernement du Canada, les droits d'auteur sur une œuvre musicale durent pendant toute la vie de l'auteur, plus 70 ans après sa mort. Cela signifie que les compositions de Ringo Starr resteront protégées jusqu'aux alentours de 2091 — un actif intergénérationnel considérable qui nécessite une planification successorale rigoureuse.
Planification successorale pour les créateurs : une urgence souvent ignorée
Au Canada, les artistes et créateurs disposent d'actifs immatériels (droits d'auteur, marques, noms commerciaux) dont la valeur peut dépasser largement leurs biens tangibles. Pourtant, la majorité des créateurs — musiciens, photographes, écrivains, artistes visuels — n'ont pas de stratégie successorale formelle pour ces actifs.
Le cas Ringo Starr illustre plusieurs principes applicables à tout créateur canadien :
1. Identifier et documenter tous vos actifs créatifs Ringo détient des droits sur des compositions, des enregistrements, sa marque personnelle, et des participations dans des sociétés liées à sa carrière. Un inventaire complet est la première étape.
2. Désigner un exécuteur testamentaire compétent pour les actifs créatifs Les droits d'auteur et les contrats musicaux requièrent une gestion active. Un exécuteur ordinaire n'aura pas nécessairement les compétences pour négocier des licences ou gérer des litiges de propriété intellectuelle. Il faut désigner quelqu'un — ou une entité — capable de le faire.
3. Structurer la transmission pour minimiser l'imposition Au Canada, le décès d'un créateur déclenche une disposition réputée de tous ses biens, incluant ses droits d'auteur. Les droits d'auteur sont évalués à leur valeur marchande et inclus dans le revenu de l'année du décès. Sans planification préalable (fiducies, dons planifiés, transfert progressif), la facture fiscale peut amputer sévèrement l'héritage transmis.
4. Prévoir la gestion à long terme Les droits d'auteur génèrent des revenus pendant 70 ans après le décès. Qui gérera ces revenus ? Vers quels héritiers ? Selon quelle répartition ? Ces décisions doivent être prises maintenant, pas dans l'urgence d'une succession.
Comme l'illustre la succession complexe de Michael Jackson, encore en litige des années après sa mort, les grandes successions créatives sans planification préalable deviennent souvent des batailles juridiques coûteuses pour les héritiers.
Ce que vous devriez faire si vous créez de la valeur intellectuelle
Ces enjeux ne concernent pas uniquement les stars de renommée mondiale. Tout créateur canadien — photographe commercial, auteur publié, musicien indépendant, développeur de logiciels — possède des droits d'auteur qui ont une valeur réelle et qui méritent une planification sérieuse.
Un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé peut vous aider à :
- Évaluer la valeur actuelle et projetée de vos droits d'auteur
- Structurer votre succession pour minimiser l'impôt sur les actifs créatifs
- Choisir la bonne structure légale (fiducie familiale, société de gestion) pour la transmission
- Coordonner avec un avocat spécialisé en propriété intellectuelle pour protéger et valoriser vos créations
À 85 ans, Ringo Starr continue de créer, de tourner et de collaborer avec les légendes de son époque. Son exemple rappelle que la longévité artistique est aussi une question de planification financière — une leçon qui vaut bien au-delà du rock and roll.
Note : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis financier, fiscal ou juridique. Consultez un professionnel qualifié pour obtenir des conseils adaptés à votre situation.

Geneviève Gagnon