Le gouvernement fédéral canadien a déposé en mars 2026 le projet de loi C-22, surnommé la Loi sur l'accès légal (2026). Alors que le texte avance au Parlement en mai 2026, il suscite un vif débat juridique : les nouveaux pouvoirs qu'il accorde aux policiers soulèvent des questions fondamentales sur la protection de la vie privée et les droits garantis par la *Charte canadienne des droits et libertés*.
Ce que prévoit le projet de loi C-22
La loi introduit deux outils inédits pour les forces de l'ordre.
La demande de confirmation de service permet à la police de demander à une entreprise de télécommunications si une personne donnée est bien cliente de son service — sans mandat. Le gouvernement soutient que cette mesure n'équivaut pas à une fouille, mais les experts juridiques ne s'entendent pas sur ce point.
L'ordonnance de communication d'informations sur les abonnés autorise, elle, un tribunal à ordonner à une entreprise tech ou telecom de divulguer le nom, l'adresse et le courriel liés à un compte numérique. Le critère retenu est celui du « soupçon raisonnable » — un seuil plus bas que les « motifs raisonnables » habituellement requis pour les perquisitions.
Une troisième mesure, figurant à la Partie 2 du projet de loi, obligerait les entreprises de télécommunications et les grandes plateformes numériques à intégrer des capacités d'interception destinées aux forces policières et au SCRS. Le Canada s'alignerait ainsi sur les pratiques des autres membres des Five Eyes (États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle-Zélande).
Pourquoi certains juristes sonnent l'alarme
Le cabinet d'avocats Fasken, qui a analysé le projet de loi en détail, souligne que la demande sans mandat de la Partie 1 pourrait être considérée par les tribunaux comme une atteinte à l'article 8 de la Charte — qui protège les Canadiens « contre les fouilles, perquisitions ou saisies abusives ». La question centrale : le simple fait pour la police de demander si vous êtes client d'un fournisseur internet constitue-t-il déjà une « fouille » au sens constitutionnel ?
Selon les partisans des libertés civiles, la réponse est oui. Les données de connexion — même aussi minimales qu'un numéro de compte — révèlent des informations sur les habitudes, la localisation et les communications d'un individu. D'autres experts font valoir que la demande reste superficielle et ne touche pas au contenu des communications.
Ce que cela change concrètement pour les Canadiens
Pour les citoyens ordinaires, l'impact le plus direct concerne les données personnelles liées aux services numériques : adresse courriel, numéro de téléphone, adresse domiciliaire enregistrée auprès d'un opérateur. Ces informations pourraient être accessibles à la police sur la base d'un soupçon — sans que vous en soyez informé au moment des faits.
Les avocats spécialisés en droit criminel recommandent de comprendre les principes fondamentaux suivants dans ce nouveau contexte :
- Vous n'êtes pas obligé de répondre aux questions d'un policier — sauf pour confirmer votre identité dans certaines circonstances précises.
- Tout accès à vos données en ligne doit normalement reposer sur un mandat judiciaire — si le projet de loi C-22 est adopté, des exceptions plus larges s'appliqueront.
- Le droit au silence s'applique aussi en ligne — la police ne peut pas, sans ordonnance judiciaire, contraindre une plateforme à lui remettre le contenu de vos messages privés.
Pour en savoir plus sur vos droits lors d'une interpellation, l'article Interpellé par la police en Ontario : vos droits selon la Charte offre un aperçu pratique des protections qui s'appliquent dans votre province.
Les droits garantis par la Charte restent votre meilleure protection
La Charte canadienne des droits et libertés demeure le socle de la protection des citoyens face à l'État — quelle que soit l'évolution législative. L'article 7 garantit le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne. L'article 8 protège contre les fouilles et saisies abusives. L'article 10 prévoit le droit à l'assistance d'un avocat en cas d'arrestation.
Or, ces droits ne s'exercent pas automatiquement : ils doivent être invoqués, parfois devant un tribunal. C'est précisément là qu'un avocat spécialisé en droit criminel ou en protection des données devient indispensable.
Pour suivre l'avancement du projet de loi C-22 devant le Parlement du Canada, le site LegisInfo du Parlement offre le texte intégral et les étapes parlementaires en temps réel.
Quand consulter un avocat ?
Le projet de loi C-22 n'est pas encore en vigueur, mais les pratiques policières actuelles soulèvent déjà des questions juridiques complexes pour de nombreux Canadiens : perquisitions numériques, accès à leurs comptes en ligne, arrestations ou contrôles d'identité. Les situations les plus courantes qui justifient une consultation rapide incluent :
- Vous avez été interpellé ou arrêté et vous n'êtes pas certain de vos droits
- La police a demandé à accéder à votre téléphone ou à vos comptes en ligne
- Vous avez reçu un avis de votre fournisseur internet signalant une demande de la police
- Vous faites l'objet d'une enquête pour laquelle vos données personnelles pourraient être utilisées
Dans chacun de ces cas, obtenir rapidement l'avis d'un avocat peut faire une différence déterminante sur l'issue de votre dossier.
Agir avant que vos droits ne soient compromis
Face aux nouvelles technologies de surveillance et aux évolutions législatives rapides, la meilleure stratégie reste la connaissance de vos droits — et le recours à un expert quand cela devient nécessaire.
Sur ExpertZoom, des avocats spécialisés en droit criminel, en protection de la vie privée et en droit numérique sont disponibles pour répondre à vos questions, analyser votre situation et vous conseiller sur les meilleures démarches à entreprendre. Une consultation proactive peut éviter des conséquences irréversibles.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis juridique. Consultez un avocat qualifié pour obtenir des conseils adaptés à votre situation personnelle.

Isabelle Dubois