Affaire Nancy Guthrie : condamner pour meurtre sans corps, est-ce possible au Canada ?

Avocate canadienne examinant un dossier de disparition dans son cabinet à Ottawa
4 min de lecture 11 juin 2026

Depuis le 1er février 2026, Nancy Guthrie, 84 ans, mère de la présentatrice Savannah Guthrie du Today Show de NBC, est portée disparue après avoir été enlevée de son domicile en Arizona dans des circonstances encore inexpliquées. Quatre mois plus tard, les autorités du comté de Pima ont reclassifié l'enquête en « meurtre sans corps » — une procédure rare et complexe qui soulève des questions fondamentales sur le fonctionnement de la justice, bien au-delà des frontières américaines. Pour les familles canadiennes confrontées à une disparition, les enjeux légaux sont tout aussi réels.

Qu'est-ce qu'un « meurtre sans corps » ?

Malgré des recherches intensives et une prime de plus de 1,2 million de dollars offerte par la famille Guthrie, aucune dépouille n'a été retrouvée. Pourtant, le procureur spécialisé Tad DiBiase, auteur de référence sur les affaires no-body homicide, affirme qu'un procès reste possible : « Un corps est toujours préférable, mais il n'est pas indispensable si les preuves circonstancielles sont suffisamment solides. »

Ce type de poursuite existe aussi au Canada. Selon le droit criminel canadien, une condamnation pour homicide peut être prononcée sans que le corps de la victime soit retrouvé, à condition que la Couronne établisse hors de tout doute raisonnable que la mort a bien eu lieu.

Ce que dit le Code criminel du Canada

L'article 222 du Code criminel du Canada définit l'homicide comme le fait de « causer directement ou indirectement la mort d'un être humain ». La loi ne prévoit nulle part que le corps de la victime constitue une preuve obligatoire. Ce qui compte, c'est l'ensemble du dossier : témoignages, relevés téléphoniques, ADN, comportement de l'accusé et absence de toute explication alternative crédible.

La jurisprudence canadienne confirme cette approche. En 2002, David Rashkovan a été condamné en Ontario pour le meurtre de sa petite amie dont le corps n'a jamais été retrouvé. Les tribunaux ont accepté que l'accumulation de preuves circonstancielles suffisait à établir la culpabilité. Ce précédent, parmi d'autres, montre que la justice canadienne est outillée pour faire face à ce type de situation — même lorsqu'il n'y a pas de cadavre.

La pause des recherches : une question légale aussi

Dans l'affaire Guthrie, Tad DiBiase a exprimé de vives inquiétudes quant à la suspension des recherches avec chiens cadavres depuis mars 2026 par le shérif de Pima County. Selon lui, « la documentation des efforts de recherche est essentielle non seulement pour retrouver la victime, mais pour construire un dossier solide en vue d'un éventuel procès. »

Au Canada, ce principe est reconnu par la jurisprudence : la défense peut plaider que l'absence de recherches approfondies affaiblit la théorie de l'accusation. La Couronne doit démontrer qu'elle a épuisé les pistes avant d'invoquer l'homicide. Ce n'est pas une simple formalité — c'est un pilier du droit à un procès équitable.

Quels droits pour les familles canadiennes ?

Face à une disparition prolongée, les proches se retrouvent dans une situation administrative et juridique particulièrement difficile. Voici les démarches clés à connaître.

La déclaration de décès présumé : En vertu du Code civil du Québec (articles 92 à 98) ou des lois provinciales équivalentes dans les autres provinces, une famille peut demander une déclaration judiciaire de décès présumé. Cette démarche peut intervenir après sept ans d'absence, mais un juge peut raccourcir ce délai si les circonstances — comme une violence présumée — le justifient. Elle permet de débloquer la succession, de percevoir une assurance-vie et de régler les obligations contractuelles.

L'accès aux comptes et aux biens : Tant que la personne n'est pas officiellement déclarée décédée ou inapte, ses avoirs sont juridiquement bloqués. Si aucune procuration n'a été établie avant la disparition, il faut obtenir une ordonnance du tribunal pour gérer ses affaires. Une demande de tutelle ou de curatelle temporaire peut être nécessaire pour protéger ses intérêts.

Les droits successoraux : L'absence de testament ou de procuration complique considérablement les démarches. Chaque province a ses propres règles pour les successions ab intestat — c'est-à-dire sans testament. En Alberta, en Ontario ou en Colombie-Britannique, les délais et les conditions varient. Un avocat spécialisé en droit successoral peut identifier rapidement les mesures d'urgence à prendre.

Le signalement officiel : Contrairement à certaines idées reçues, il n'existe aucun délai obligatoire avant de signaler une disparition à la GRC ou à la police locale. Plus le signalement est rapide, plus les chances de retrouver la personne sont élevées.

Pour traverser ces épreuves, les familles peuvent consulter un avocat spécialisé en droit criminel ou familial sur Expert Zoom afin d'obtenir des réponses claires sur leurs droits et les procédures disponibles.

Ce que l'affaire Guthrie nous apprend

L'affaire Nancy Guthrie illustre une réalité douloureuse mais importante : la justice n'a pas besoin d'un corps pour agir. Mais elle a besoin de temps, de méthode et de preuves rigoureusement documentées. En parallèle, les familles qui vivent dans l'incertitude n'ont pas à attendre que la vérité éclate pour protéger leurs droits légaux.

Au Canada, les lois sont là. Les recours existent. Mais ils exigent d'agir tôt, avec les bons conseils.

Avertissement : cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis juridique. Pour toute situation spécifique, consultez un avocat qualifié.

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