Le Français Luca Van Assche, 22 ans, s'est qualifié pour le deuxième tour de Roland-Garros 2026 ce lundi 25 mai en battant le Lituanien Vilius Gaubas (6-4, 6-2, 2-6, 7-5) sur le court 7, son premier tableau final en Grand Chelem depuis deux ans. Le joueur, longtemps freiné par les blessures, a retrouvé le top 100 mondial ce printemps après deux titres Challenger, dont celui de Lille. Pour les amateurs québécois et les jeunes joueurs canadiens qui suivent l'événement parisien, le « comeback » de Van Assche n'est pas qu'une histoire sportive : c'est aussi un cas d'école sur la fragilité financière des carrières en tennis professionnel, un sujet sur lequel les gestionnaires de patrimoine et les avocats du sport sont de plus en plus sollicités.
Combien rapporte un deuxième tour à Roland-Garros en 2026
La Fédération française de tennis a annoncé une enveloppe globale de prize money en hausse cette année, avec environ 130 000 € versés à chaque joueur éliminé au deuxième tour du simple messieurs et autour de 87 000 € pour les perdants du premier tour. Pour un joueur classé autour de la centième place mondiale, ces sommes représentent jusqu'à un quart des revenus annuels nets — d'où l'enjeu colossal d'une qualification au tableau final.
À titre de comparaison, les joueurs canadiens du circuit Challenger qui n'atteignent pas un Grand Chelem dépendent presque entièrement des aides directes au talent et de contrats de matériel, soit un revenu annuel souvent inférieur à 50 000 $ CA avant impôts et frais de tournée.
Pourquoi les comebacks attirent les gestionnaires de patrimoine
Les longues absences pour blessure — celles de Van Assche entre 2023 et 2025 — coupent brutalement les revenus tournois et fragilisent les contrats de sponsoring, qui contiennent presque tous des clauses de performance. Selon plusieurs conseillers spécialisés dans le sport professionnel, trois mécanismes financiers méritent d'être maîtrisés par tout jeune joueur avant de signer son premier contrat important :
- L'assurance perte de revenus liée à la carrière sportive (loss of earnings), qui couvre une partie des gains tournois manqués en cas de blessure invalidante. Les primes varient de 3 % à 8 % du capital assuré selon l'âge et la spécialité.
- La société de gestion patrimoniale (au Québec, fréquemment une société par actions provinciale ou fédérale) qui permet d'optimiser la fiscalité des contrats publicitaires et de lisser l'imposition sur plusieurs années — utile lorsque la carrière redémarre brutalement, comme c'est le cas de Van Assche.
- Le placement à long terme dédié à la « post-carrière », recommandé dès la première saison rémunérée. Le sportif moyen voit ses revenus chuter de plus de 80 % à la retraite, souvent dès 32-35 ans dans le tennis.
Le casse-tête fiscal des tournois internationaux
Un joueur qui dispute Roland-Garros, l'Omnium Banque Nationale à Montréal puis l'US Open est imposé à la source dans chaque juridiction — France, Canada et États-Unis appliquent des retenues distinctes. Au Canada, les athlètes non-résidents qui touchent des revenus liés à une activité au Québec sont soumis à une retenue prévue par Revenu Québec ; les athlètes résidents canadiens, eux, peuvent demander un crédit pour impôt étranger sur leurs gains de Roland-Garros.
« Beaucoup de jeunes joueurs déclarent leurs gains de Roland-Garros sans réclamer le crédit pour impôt français retenu à la source, ce qui crée une double imposition pure et simple », observe une fiscaliste spécialisée dans les revenus internationaux. « Sur trois ou quatre saisons, l'erreur peut représenter plusieurs dizaines de milliers de dollars perdus. »
Le contrat de sponsoring après une blessure : ce qui change
Les agents de joueurs interrogés autour du tournoi soulignent que les contrats de sponsoring signés après une rééducation longue contiennent désormais quasi systématiquement :
- Une clause de réduction automatique si le classement chute en dessous d'un seuil défini (souvent top 150 ou top 200 ATP)
- Une clause de sortie activable par l'équipementier au bout de 12 ou 18 mois sans tournoi joué
- Une clause de performance positive pouvant déclencher un bonus en cas de retour rapide dans le top 100
Pour un joueur comme Van Assche, qui a regagné le top 100 en avril 2026 après dix-huit mois d'instabilité, la renégociation du contrat principal peut représenter un effet financier équivalent à trois ou quatre années de prize money cumulés.
Et pour les jeunes joueurs canadiens ?
Tennis Canada compte une dizaine de joueurs en lice sur le circuit ATP et plus de quarante chez les juniors. Pour les familles québécoises et canadiennes qui envisagent un passage chez les professionnels, plusieurs points juridiques méritent d'être étudiés bien avant le premier tournoi rémunéré :
- La mineure capable : un mineur peut signer des contrats sportifs, mais avec un encadrement strict en droit civil québécois (article 159 du Code civil du Québec)
- Le statut fiscal de la famille hôte lors des stages à l'étranger
- La structure juridique retenue pour les premiers gains (entreprise individuelle vs société par actions)
- L'assurance responsabilité civile spécifique aux compétitions internationales
Quand consulter un expert
Un avocat sportif ou un fiscaliste spécialisé en revenus internationaux peut intervenir dans plusieurs situations concrètes liées à un comeback comme celui de Van Assche :
- Renégociation d'un contrat de sponsoring après blessure
- Récupération d'impôt étranger payé en double sur des gains de Grand Chelem
- Mise en place d'une structure patrimoniale pour lisser des revenus irréguliers
- Litige avec un assureur sur une déclaration de blessure
La consultation initiale coûte généralement entre 200 $ et 400 $ de l'heure au Québec et permet souvent d'éviter des erreurs aux conséquences durables sur l'ensemble d'une carrière.
Que Luca Van Assche batte Brandon Nakashima au deuxième tour ou non, son retour à Roland-Garros illustre une réalité que tout aspirant joueur professionnel devrait intégrer dès l'âge des juniors : sur le circuit, la maîtrise de sa fiscalité et de ses contrats compte autant que celle de son revers.

Émilie Lambert