Le 11 juin 2026, le président américain Donald Trump a menacé publiquement de s'emparer de Kharg Island, le terminal pétrolier qui assure environ 90 % des exportations de brut de l'Iran. Formulée sur les réseaux sociaux avec une promesse de frapper l'Iran « TRÈS FORT CE SOIR », cette annonce a immédiatement fait bondir les cours du pétrole et semé l'inquiétude parmi les investisseurs canadiens exposés aux marchés énergétiques et aux fonds internationaux.
Kharg Island : l'artère jugulaire du pétrole mondial
Situé dans le golfe Persique, à une vingtaine de kilomètres des côtes iraniennes, Kharg Island est bien plus qu'une île : c'est le cœur battant de l'économie pétrolière de l'Iran. Ce terminal de chargement traite la quasi-totalité des exportations de brut iranien, représentant plusieurs millions de barils par jour acheminés vers l'Asie et l'Europe.
Sa prise de contrôle ou sa destruction constituerait un séisme économique mondial. Selon des analystes sondés par Reuters, si les infrastructures pétrolières de l'île étaient endommagées, le prix du baril de Brent pourrait atteindre en moyenne 153 dollars américains. Même en l'absence de dommages directs sur les installations, une perturbation durable des exportations pousserait les prix à une moyenne de 134 dollars — soit un bond de plus de 30 % par rapport aux niveaux d'avant crise.
Un conflit qui secoue les marchés depuis mars 2026
L'annonce du 11 juin 2026 n'émerge pas de nulle part. Le 13 mars 2026, les Forces aériennes américaines avaient déjà mené une série de frappes sur des cibles militaires iraniennes, dont des installations présentes sur Kharg Island. Ces premières attaques avaient délibérément épargné les infrastructures pétrolières civiles, mais depuis lors, la menace d'une escalade planait sur les marchés.
En mars, la fermeture temporaire du détroit d'Ormuz — par lequel transite environ 20 % de l'approvisionnement pétrolier mondial — avait déjà propulsé le Brent au-dessus de 100 dollars le baril. Goldman Sachs avait alors relevé ses prévisions d'inflation américaine de 0,8 point de pourcentage, à 2,9 %, avec des scénarios dépassant 3,3 % en cas de perturbation prolongée. La Réserve fédérale, qui envisageait des baisses de taux, se retrouve désormais dans une position bien plus délicate.
Selon les informations de CNN, l'Iran a anticipé une escalade et renforcé ses défenses sur l'île : systèmes de missiles sol-air portables (MANPADS), champs de mines côtiers et renfort de personnel militaire. Une opération terrestre américaine est jugée « trop risquée » par le Pentagone en raison des pertes humaines potentielles, mais les menaces de Trump restent prises très au sérieux par les marchés.
L'impact paradoxal sur le portefeuille canadien
Pour un investisseur canadien, la situation est à double tranchant. Le Canada est à la fois un grand producteur pétrolier — le pipeline Trans Mountain a atteint sa pleine capacité en 2025 et les exportations de GNL progressent — et un grand consommateur d'énergie.
Les secteurs qui profitent : Les titres énergétiques canadiens — Suncor, Canadian Natural Resources, Cenovus — ont enregistré des gains significatifs depuis le début du conflit. Les fonds sectoriels axés sur l'énergie et les FNB pétroliers canadiens ont surperformé depuis mars 2026. En contexte de hausse du prix du brut, les royautés sur les ressources naturelles albertaines et les fonds d'infrastructure énergétique constituent également des refuges intéressants.
Les secteurs sous pression : À l'inverse, les actions des compagnies aériennes, des entreprises de transport et du commerce de détail souffrent de la hausse des coûts d'exploitation. Un REER ou un CELI investi massivement dans un fonds équilibré mondial est potentiellement exposé à ces secteurs fragiles.
L'effet dollar canadien : Le huard tend à se renforcer lorsque les prix du pétrole montent, car le Canada est un exportateur net d'hydrocarbures. Cela peut réduire les rendements en CAD pour les investisseurs qui détiennent des actifs américains ou européens libellés dans d'autres devises.
Le risque obligataire : Si l'inflation américaine dépasse 3,3 %, la Fed pourrait devoir relever ses taux plutôt que les abaisser. Ce renversement pèserait lourdement sur les obligations à long terme et pourrait déclencher une correction sur les marchés boursiers — touchant directement les fonds équilibrés classiques.
Pour les Canadiens qui suivaient déjà la situation, l'article Iran Nuclear Talks Stall: What Canadian Investors Should Know sur Expert Zoom avait anticipé cette montée en tension depuis les négociations avortées du printemps.
Ce que recommande un gestionnaire de patrimoine en ce moment
Face à cette incertitude géopolitique intense, plusieurs pistes méritent une attention immédiate :
Revoir l'exposition sectorielle : Dans un portefeuille sous-pondéré en énergie, une allocation modeste vers des titres pétroliers canadiens ou des FNB sectoriels peut agir comme couverture naturelle contre un choc pétrolier prolongé.
Raccourcir la durée obligataire : Dans un scénario d'inflation persistante, les obligations à duration élevée représentent un risque accru. Un gestionnaire peut vous aider à repositionner la portion obligataire de votre portefeuille.
Diversification défensive : Favoriser des marchés moins exposés aux importations de pétrole iranien — comme l'Amérique du Nord — par rapport aux marchés asiatiques ou européens, très dépendants du golfe Persique.
Conserver des liquidités : En période de forte volatilité, maintenir une part liquide dans votre portefeuille vous permet de saisir des opportunités si les marchés se corrigent brusquement.
L'Autorité des marchés financiers du Québec rappelle que les décisions d'investissement prises dans l'urgence lors de crises géopolitiques sont souvent sources de regrets. Avant d'agir, il est conseillé de consulter un conseiller en placement autorisé pour évaluer votre tolérance au risque personnelle et l'alignement de votre stratégie avec vos objectifs à long terme. L'AMF publie des ressources pratiques à la section Investissements pour aider les épargnants à mieux comprendre leur profil de risque avant de prendre toute décision.
Ne laissez pas la volatilité décider à votre place
La menace pesant sur Kharg Island représente l'un des risques géopolitiques les plus significatifs pour les marchés pétroliers depuis des décennies. Quelle que soit l'issue militaire dans les prochains jours, la volatilité devrait perdurer sur les marchés pendant plusieurs semaines. La prudence commande d'agir de manière réfléchie plutôt que réactive.
Si vous n'avez pas encore revu votre allocation d'actifs à la lumière du conflit au Moyen-Orient, c'est le moment de consulter un gestionnaire de patrimoine sur Expert Zoom. Nos experts peuvent analyser votre portefeuille, identifier vos vulnérabilités aux chocs énergétiques et vous proposer des ajustements concrets adaptés à votre situation — dès aujourd'hui.

Valérie Morin