Le 26 mai 2026, alors que Ken Paxton affrontait le sénateur John Cornyn lors des primaires républicaines du Texas, le Procureur général du Lone Star State était aussi au cœur d'une autre bataille judiciaire. Il a poursuivi Discord Inc. pour avoir permis à des prédateurs de manipuler et exploiter des enfants sur la plateforme, en trompant délibérément les consommateurs, les parents et le public sur la sécurité de ses systèmes. Dans la foulée, il a également intenté un recours contre Meta Platforms et WhatsApp pour des pratiques mensongères en matière de protection des données personnelles.
Ces poursuites, menées dans l'État américain le plus peuplé du pays, résonnent bien au-delà des frontières du Texas — et particulièrement au Canada, où des millions de parents se posent exactement les mêmes questions sur la sécurité de leurs enfants en ligne.
Ce que Paxton reproche à Discord et à Meta
L'acte de poursuite contre Discord décrit une situation préoccupante : la plateforme de messagerie instantanée et de serveurs vocaux, très populaire chez les adolescents et les joueurs de jeux vidéo, aurait sciemment permis à des adultes malveillants d'entrer en contact avec des mineurs en contournant les garde-fous supposément en place. Selon le bureau du Procureur général du Texas, Discord savait que des prédateurs utilisaient la plateforme à des fins d'exploitation sexuelle, mais a tout de même présenté son service aux parents comme sûr pour les enfants.
Quant à Meta et WhatsApp, les reproches portent sur une autre tromperie : la firme de Mark Zuckerberg aurait induit en erreur les utilisateurs quant à la solidité de ses protections de la vie privée, notamment en matière de chiffrement et de partage de données avec des tiers.
Ces deux affaires soulèvent une question fondamentale : les plateformes numériques ont-elles des obligations légales envers les mineurs qui les utilisent ?
Ce que la loi canadienne exige des plateformes numériques
Au Canada, la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDE) impose aux organisations commerciales de collecter, utiliser et divulguer les données personnelles de manière responsable — y compris celles des mineurs. Or, plusieurs plateformes ont longtemps opéré dans une zone grise, laissant les enfants s'inscrire sans vérification d'âge réelle.
Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC) a publié des lignes directrices claires sur la collecte de données des enfants en ligne. Ces orientations précisent que le consentement parental est généralement requis pour les mineurs, et que les plateformes doivent minimiser les données collectées et assurer leur sécurité. Les entreprises qui ne respectent pas ces exigences s'exposent à des enquêtes et des ordonnances de conformité.
La Loi 25 au Québec : une protection renforcée pour les données des enfants
Le Québec s'est doté d'un cadre encore plus strict avec la Loi 25 (Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels), entrée en vigueur progressivement entre 2022 et 2024. Cette loi est souvent comparée au RGPD européen pour son niveau d'exigence.
Pour les parents québécois et les familles francophones du Canada, la Loi 25 prévoit notamment :
Le droit à la désindexation Si des informations personnelles d'un enfant (photos, données de profil, messages) ont été collectées ou diffusées sans consentement valide, le parent peut exiger leur suppression des bases de données de la plateforme.
Le consentement explicite et éclairé Les entreprises doivent obtenir un consentement libre et éclairé pour toute collecte de données. Un formulaire précoché ou des conditions générales incompréhensibles pour un enfant ne constituent pas un consentement valide.
Le droit d'accès et de rectification Les parents peuvent demander à consulter toutes les données personnelles détenues par une plateforme sur leurs enfants, et en demander la correction ou la suppression.
Trois signaux d'alarme qui doivent pousser les parents à agir
Les poursuites de Paxton illustrent ce que les régulateurs canadiens observent depuis des années : les plateformes sous-estiment systématiquement les risques pour les mineurs. Voici trois signes qui doivent alerter les parents :
1. Des messages d'inconnus dans la boîte privée de l'enfant Discord, comme d'autres plateformes, permet dans ses paramètres par défaut à n'importe quel utilisateur d'envoyer des messages directs. Si votre enfant reçoit des messages d'adultes qu'il ne connaît pas, c'est un signal rouge qui nécessite une vérification immédiate des paramètres de confidentialité.
2. Des changements de comportement liés à l'usage d'une appli Si un enfant devient secret, anxieux ou change brusquement ses habitudes numériques autour d'une application particulière, cela peut indiquer un contact problématique en ligne.
3. Des demandes de données personnelles inhabituelles Demande de photo, d'adresse, de numéro de téléphone ou d'identifiants scolaires de la part d'un service en ligne — ces pratiques peuvent signaler une collecte de données illicite ou une tentative de phishing ciblant des mineurs.
Que faire en cas de violation de données ou de comportement abusif ?
Si vous estimez que les données de votre enfant ont été collectées illégalement ou utilisées à des fins abusives par une plateforme numérique, plusieurs recours s'offrent à vous au Canada :
- Déposer une plainte auprès du CPVPC (Commissariat à la protection de la vie privée du Canada) pour les entreprises soumises à la LPRPDE
- Saisir la Commission d'accès à l'information (CAI) du Québec pour les entreprises opérant dans la province, en vertu de la Loi 25
- Signaler à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en cas de suspicion d'exploitation ou de prise de contact par un adulte malveillant
- Consulter un expert en sécurité informatique ou un avocat spécialisé en droit numérique pour évaluer l'étendue de la violation et les recours civils disponibles
Sur Expert Zoom, vous pouvez prendre rendez-vous avec un spécialiste en informatique ou en droit de la vie privée au Canada pour protéger les données de vos enfants et faire valoir vos droits face aux plateformes numériques.
Ce contenu est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel du droit ou de la cybersécurité qualifié.

Gabrielle Fortin