Le 15 juin 2026, Jen Hamilton, infirmière de 37 ans et influenceuse suivie par 4,9 millions d'abonnés sur TikTok, confirmait sa séparation d'avec son mari Brian Hamilton. Après 14 ans de mariage et deux fils — Ellis et Luke —, le couple publiait un communiqué conjoint : « Oui, nous nous séparons. Cela s'accompagne d'une douleur immense pour nous deux, mais aussi de gratitude pour 15 années d'histoire commune, d'amour et d'amitié. » Quelques semaines plus tard, Jen posait les mots que des millions de ses abonnés redoutaient : « Je pleure depuis des semaines pour un homme envers qui j'ai été loyale pendant 15 ans et qui voulait tout le monde sauf moi. » Sa confession a déclenché une vague de réactions au Canada et aux États-Unis. Au-delà de l'empathie, leur histoire pose une question que trop de Canadiens se posent trop tard : après une si longue union, quels droits vous protègent réellement en cas de séparation ?
La séparation des Hamilton : quand une vie à deux se défait en public
Jen Hamilton avait bâti sa communauté en partageant sa vie de famille sans filtre : ses journées en maternité, ses grossesses, ses repas en famille, et un mariage présenté comme solide. Brian, discret sur les réseaux sociaux depuis 2021, était décrit comme un père passionné d'activités en plein air et de mode de vie simple. Le 13 juin 2026, une vidéo en larmes — rapidement supprimée — laissait présager une rupture. Deux jours plus tard, la confirmation tombait.
Ce qui a frappé le public n'est pas tant la séparation elle-même que la durée de l'union : 15 ans, deux enfants, une maison, des projets de vie construits ensemble. Pour les millions de Canadiens qui traversent des crises conjugales similaires, la question n'est plus « comment est-ce arrivé ? », mais bien « si ça m'arrivait, que me protègerait juridiquement ? »
La réponse est plus nuancée qu'on ne le croit, et elle dépend en grande partie de la province dans laquelle vous vivez — et de quelques documents que la plupart des couples négligent.
Ce que prévoit vraiment la loi canadienne après 15 ans de mariage
Le droit familial au Canada est à double niveau. Le divorce lui-même est régi par la Loi sur le divorce fédérale, mais le partage des biens, la pension alimentaire entre époux et la garde des enfants relèvent des législations provinciales. Cette dualité crée des différences importantes selon que vous habitez en Ontario, en Colombie-Britannique, en Alberta ou au Québec.
Le soutien alimentaire entre époux : la durée compte
Après une longue union comme celle des Hamilton, le droit fédéral reconnaît qu'un des époux a souvent sacrifié des opportunités de carrière pour s'occuper des enfants ou soutenir le foyer. La Loi sur le divorce permet aux tribunaux d'ordonner des aliments entre époux, et la durée de la relation est un critère déterminant. Une union de 15 ans est clairement qualifiée de « relation longue durée », ce qui renforce le droit à un soutien prolongé — parfois indéfini si l'un des époux ne peut retrouver une autonomie financière complète.
Dans le cas des Hamilton, Jen a annoncé fin juin 2026 qu'elle prenait un congé de son poste d'infirmière, une décision qu'elle qualifie elle-même de « quelque chose qu'elle n'aurait jamais voulu faire ». Si son revenu professionnel devait être temporairement réduit, ce facteur pourrait être pris en compte dans une demande de soutien alimentaire.
Le partage des biens : province, régime matrimonial et patrimoine net
Dans les provinces de common law — Ontario, Colombie-Britannique, Alberta, Manitoba, etc. —, la séparation déclenche le principe d'« égalisation du patrimoine net de la famille ». En résumé : chaque époux repart avec la valeur nette équivalente accumulée pendant le mariage. Cela inclut la maison familiale, les REER, les régimes de retraite, les placements et parfois même la valeur d'une entreprise fondée pendant l'union.
Au Québec, les règles diffèrent. Le régime légal par défaut — la société d'acquêts — s'applique aux couples mariés qui n'ont pas signé de contrat de mariage différent. Il prévoit le partage des biens acquis pendant le mariage, à l'exception des donations et des héritages reçus personnellement. Contrairement à une idée répandue, même au Québec, un mariage de 15 ans crée des droits patrimoniaux importants.
La garde des enfants : le « temps parental » au cœur du droit
Depuis les réformes de la Loi sur le divorce entrées en vigueur en 2021, le droit canadien parle désormais de « temps parental » et d'« ordonnances parentales » plutôt que de « garde » et de « droits de visite ». Cette évolution reflète une priorité : maintenir l'implication des deux parents, sauf situation mettant les enfants en danger.
La pension alimentaire pour enfants est calculée selon les Lignes directrices fédérales sur les aliments pour enfants, basées sur le revenu brut du parent payeur et le nombre d'enfants. Pour deux enfants comme Ellis et Luke, ce montant peut varier de 900 $ à plus de 2 800 $ par mois en 2026, selon la province et le revenu du parent concerné. Ces montants sont ajustables chaque année en fonction de l'évolution des revenus.
Scénario concret : Marie et Thomas après 15 ans à Ottawa
Prenons le cas de Marie, 39 ans, coordinatrice en santé publique à Ottawa, mariée à Thomas depuis 16 ans. Ils ont deux enfants (10 et 13 ans) et ont acheté leur maison en 2015. La valeur actuelle de la propriété est de 710 000 $, avec un solde hypothécaire restant de 290 000 $. Thomas gagne 98 000 $ par an comme ingénieur civil ; Marie gagne 64 000 $. Thomas possède un REER de 92 000 $ ; Marie dispose de 35 000 $ dans le sien.
Si Marie et Thomas se séparaient aujourd'hui en Ontario, voici ce que le droit prévoirait concrètement :
Partage de la résidence : La valeur nette de la maison est de 420 000 $ (710 000 $ − 290 000 $). Chacun des époux repartirait avec la moitié de cette valeur, soit 210 000 $ chacun.
Égalisation des REER : La différence entre les deux REER est de 57 000 $ (92 000 $ − 35 000 $). Thomas devrait transférer 28 500 $ à Marie pour équilibrer les retraites constituées pendant le mariage.
Pension alimentaire pour enfants : Avec un revenu de 98 000 $ et deux enfants en Ontario, Thomas devrait verser environ 1 613 $ par mois selon les lignes directrices fédérales de 2026.
Soutien alimentaire entre époux : Si Marie a réduit ses heures ou refusé des promotions pour s'occuper des enfants, elle pourrait obtenir une prestation compensatoire pendant une durée de 4 à 8 ans. Si la réduction de revenus est substantielle et durable, ce délai peut être rallongé.
Si l'on additionne l'équité immobilière (210 000 $), le transfert de REER (28 500 $) et 5 ans de pension alimentaire pour enfants (96 780 $), Marie aurait droit à un total supérieur à 335 000 $ en protections financières — une somme que beaucoup ignorent avant la crise.
Ce que vous devriez faire avant d'envisager une séparation
La séparation de Jen Hamilton rappelle que les ruptures ne s'annoncent pas toujours. Plusieurs démarches concrètes permettent de protéger vos droits avant que la situation ne devienne critique.
Consultez un avocat en droit de la famille dès maintenant. Même une première consultation — souvent entre 150 $ et 350 $ selon la province — vous permet de comprendre exactement ce à quoi vous avez droit. Le gouvernement du Canada met à disposition des ressources accessibles sur le droit de la famille et le divorce pour vous aider à vous orienter.
Inventoriez vos actifs communs. Listez tous les biens acquis depuis le mariage : immobilier, REER, fonds de pension d'entreprise, placements, véhicules et dettes. Un inventaire clair accélère les négociations et réduit les frais d'avocat.
Ne signez rien sans avoir consulté. Sous l'émotion d'une séparation, accepter rapidement un accord peut sembler libérateur — mais un accord déséquilibré peut vous engager pour des années. Jen Hamilton a évoqué 15 années de trahison ; autant que les 15 prochaines vous appartiennent pleinement.
Privilégiez l'accord à l'amiable, mais encadré. Une séparation co-rédigée avec l'aide de deux avocats indépendants coûte moins cher qu'une procédure contentieuse devant les tribunaux. Les Hamilton ont eux-mêmes choisi cette voie en publiant un communiqué commun — une décision qui simplifie juridiquement la suite des événements pour leurs deux fils.
Note : cet article présente des informations générales à titre éducatif et ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation familiale est unique. Consultez un avocat spécialisé en droit de la famille pour obtenir des conseils adaptés à votre situation et à votre province de résidence.
Si vous vous trouvez dans une situation similaire à celle de Jen ou de Brian Hamilton, les juristes spécialisés en droit de la famille disponibles sur Expert Zoom peuvent vous accompagner, en français comme en anglais, à travers les étapes de votre séparation — de l'évaluation de vos droits à la rédaction d'un accord de séparation.

Noémie Dion