Le programme Expérience internationale Canada (EIC) a distribué 9 407 invitations à postuler entre le 28 mars et le 10 avril 2026 — et le Japon s'est classé premier, avec 2 411 invitations octroyées, selon les données d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Au total, 62 714 jeunes étrangers ont été invités à travailler au Canada depuis le début de l'année. Mais connaissent-ils vraiment leurs droits une fois sur le territoire?
Le programme EIC en chiffres : le Japon en tête
L'engouement des jeunes Japonais pour le Canada n'est pas nouveau. En 2025, les arrivées canadiennes au Japon avaient augmenté de 18 % selon l'Organisation nationale du tourisme japonais — et l'inverse est tout aussi vrai. Le programme EIC offre trois catégories de participation aux ressortissants de 36 pays éligibles âgés de 18 à 30 ans (ou 18 à 35 ans selon les accords bilatéraux) :
- Vacances travaillantes : permis de travail ouvert, liberté totale de changer d'employeur.
- Stage coopératif international : permis lié à un employeur spécifique dans le cadre d'un programme universitaire reconnu.
- Jeune professionnel : permis lié à un employeur, pour des postes qualifiés dans son domaine d'études.
La distinction entre permis ouvert et permis fermé (lié à un employeur) est fondamentale — et souvent méconnue des participants.
Permis ouvert vs permis fermé : une différence qui change tout
Un participant au programme Vacances travaillantes détient un permis de travail ouvert. Cela signifie qu'il peut travailler pour presque n'importe quel employeur canadien, changer de poste sans permission, et refuser une offre sans perdre son statut. Son travail ne dépend pas d'un seul employeur.
En revanche, un participant aux catégories Stage coopératif ou Jeune professionnel détient un permis fermé. Changer d'employeur sans autorisation préalable est illégal et peut compromettre son statut d'immigration. Cette rigidité crée une relation de dépendance qui peut être exploitée par des employeurs peu scrupuleux.
Vos droits au Canada : ce que la loi garantit
Contrairement à une idée reçue, les travailleurs étrangers temporaires au Canada bénéficient des mêmes protections légales que les travailleurs canadiens. Les normes d'emploi provinciales s'appliquent intégralement, indépendamment du statut migratoire. Concrètement :
Salaire minimum garanti. Aucun employeur ne peut vous payer en dessous du salaire minimum provincial — même si votre contrat initial le prévoyait. En Ontario, il est à 17,20 $/h en 2026 ; au Québec, à 16,10 $/h depuis mai 2025.
Interdiction de rétention de documents. Votre employeur n'a pas le droit de garder votre passeport, votre permis de travail ou tout autre document d'identité. Il s'agit d'une infraction pénale.
Protection contre les retenues illégales. Les frais de recrutement et les déductions pour logement au-dessus des plafonds légaux sont interdits. Si un employeur déduit des montants non autorisés de votre salaire, vous pouvez porter plainte.
Droit à un milieu de travail sécuritaire. La santé et sécurité au travail s'applique à tous les travailleurs. Vous pouvez refuser un travail dangereux sans craindre de représailles légales.
Les situations à risque que les avocats en droit du travail voient le plus souvent
Selon les informations disponibles sur canada.ca concernant les droits des travailleurs étrangers temporaires, les abus les plus fréquents incluent :
- Promesses d'emploi non respectées à l'arrivée (poste différent, horaires allongés, salaire réduit)
- Logement en cohabitation forcée facturé à prix excessif et déduit du salaire
- Intimidation ou menaces de signalement à l'immigration pour forcer la compliance
- Contrats signés uniquement en anglais pour des travailleurs non anglophones, sans traduction
Ces situations ne sont pas légales. Elles peuvent être signalées à Service Canada au 1-866-602-9448, et dans les cas graves, les victimes peuvent être admissibles à un permis de travail ouvert pour travailleur vulnérable — permettant de changer d'employeur immédiatement pendant l'enquête.
Que faire si votre employeur ne respecte pas vos droits?
Étape 1 : Documenter. Conservez tous vos échanges écrits avec l'employeur, vos fiches de paie, votre contrat signé, et tout message prouvant des irrégularités.
Étape 2 : Signaler. Vous pouvez déposer une plainte auprès de la commission des normes du travail de votre province (Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail au Québec ; Ontario Labour Relations Board en Ontario).
Étape 3 : Consulter un avocat. Un avocat spécialisé en droit du travail ou en immigration peut évaluer vos options, négocier avec l'employeur, ou représenter vos intérêts devant un tribunal. Cette démarche n'affecte pas votre statut d'immigration si vous êtes en situation régulière.
Un avocat peut également vérifier la validité de votre contrat, identifier les clauses abusives, et vous conseiller sur les recours disponibles selon votre province.
Avant de partir : les précautions à prendre
Les avocats spécialisés en immigration recommandent aux participants EIC de prendre ces précautions avant d'arriver au Canada :
- Faire traduire et certifier votre contrat de travail dans votre langue.
- Vérifier que l'employeur est inscrit sur la liste des employeurs non conformes de l'IRCC — une liste publique mise à jour régulièrement.
- Ne pas payer de frais de recrutement : au Canada, les employeurs ont l'interdiction légale de les facturer aux travailleurs.
- Conserver une copie numérique de tous vos documents d'immigration.
Note juridique : Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Les situations individuelles varient selon la province et le type de permis. Pour tout problème lié à votre emploi au Canada, consultez un avocat spécialisé en droit du travail ou en immigration.
Avec 62 714 invitations émises depuis janvier 2026, le Canada confirme son attractivité pour les jeunes travailleurs du monde entier. Le Japon, en tête du palmarès, envoie un signal fort : les opportunités sont réelles. Mais les droits qui les accompagnent doivent être aussi bien connus que les offres d'emploi elles-mêmes.
