Dans une allocution télévisée diffusée le dimanche 18 octobre 2026 à 20 h sur TF1 et France 2, Emmanuel Macron a promis la « fermeté » envers les casseurs et une aide rapide aux commerçants, au lendemain des violences en marge des manifestations du 17 octobre contre la vie chère. « Ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser », a-t-il déclaré. Pour les propriétaires de commerces, les voyageurs et les entreprises canadiennes liées à la France, une question pratique se pose aussitôt : qui paie, et comment faire valoir ses droits?
Que s'est-il passé le 17 octobre, et qu'a annoncé le président?
Selon ICI, plus de 2 000 personnes ont été interpellées le samedi 17 octobre et plus de 600 policiers, gendarmes et pompiers ont été blessés. Le président a évoqué « plusieurs centaines de milliers » de manifestants. Le bilan exact varie d'une source à l'autre, et les chiffres définitifs seront probablement revus dans les prochains jours.
Le chef de l'État a énoncé plusieurs mesures. Le Premier ministre Sébastien Lecornu réunit dès le lundi 19 octobre une cellule de crise destinée aux commerçants, artisans et entreprises touchés, afin d'accélérer les aides. Les préfets, avec les maires, décideront de la protection des villes, des bâtiments publics et des commerces, et pourront interdire certains rassemblements. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, doit enfin tirer les leçons du renseignement et de l'anticipation, avec « des réponses claires ».
Aucune enveloppe chiffrée n'a été annoncée à ce stade. Un commerçant sinistré ne peut donc pas compter sur une aide publique avant de connaître ses modalités : ses démarches auprès de son assureur, elles, ont des délais précis.
Quelle est la première chose à faire quand un commerce est vandalisé ou pillé?
Le réflexe décisif n'est pas politique, il est contractuel. En France, l'assuré doit déclarer un sinistre dans les cinq jours ouvrés suivant sa découverte, et dans les deux jours ouvrés en cas de vol, selon le Code des assurances. Passé ce délai, l'assureur peut invoquer une déchéance de garantie s'il prouve que le retard lui a causé un préjudice.
Concrètement, un commerçant doit :
- photographier et filmer les dégâts avant tout nettoyage ou réparation provisoire;
- déposer plainte au commissariat ou à la gendarmerie, car l'assureur l'exigera pour un vol ou un pillage;
- dresser la liste des biens volés ou détruits, avec factures, bons de commande et relevés de stock;
- conserver les relevés de caisse des semaines précédentes pour documenter le chiffre d'affaires perdu.
Les contrats multirisques professionnels incluent souvent une garantie « émeutes et mouvements populaires », mais pas toujours. Les pertes d'exploitation, c'est-à-dire le manque à gagner pendant la fermeture, n'y figurent que si le contrat le prévoit expressément. Vérifier ces deux lignes avant de signer ou de renouveler une police est devenu une précaution élémentaire.
L'État peut-il être tenu de payer?
Oui, dans certains cas. Le Code de la sécurité intérieure (article L211-10) prévoit que l'État est civilement responsable des dommages causés par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, sauf exceptions. Cette responsabilité s'exerce souvent après l'assureur, qui se retourne ensuite contre l'État, mais elle peut aussi être invoquée directement par un sinistré non assuré ou mal assuré.
La démarche passe généralement par un recours devant le tribunal administratif ou judiciaire selon la nature du dommage, avec un dossier solide : constats, plainte, devis de réparation. Un avocat en droit public ou en droit des assurances saura dire quelle voie choisir et dans quels délais, ce qui change d'un dossier à l'autre.
Cas concret : une boutique de 80 000 $ de chiffre d'affaires mensuel
Prenons le cas d'une boutique de vêtements à Lyon, détenue par un entrepreneur québécois installé en France depuis 2023. Sa vitrine est brisée et 18 000 euros de stock sont pillés dans la nuit du 17 au 18 octobre 2026. Il découvre les dégâts le dimanche matin.
Si son contrat comporte la garantie émeutes et la perte d'exploitation, la logique est la suivante : il doit déclarer le vol avant la fin du mardi 20 octobre, soit deux jours ouvrés, puis le sinistre global avant le vendredi 23 octobre. L'assureur indemnise alors le stock selon la valeur déclarée, moins la franchise, et compense une partie de ses trois semaines de fermeture, par exemple 3 000 euros par semaine de marge brute perdue, soit environ 9 000 euros.
Si, au contraire, sa police exclut les émeutes, alors il n'a aucune indemnisation contractuelle. Il lui reste le recours contre l'État sur la base de l'article L211-10, les aides éventuelles de la cellule de crise et l'action contre les auteurs identifiés, souvent insolvables. Dans ce second scénario, perdre deux jours sur le délai de déclaration ou omettre la plainte peut transformer un dossier défendable en dossier perdu.
La différence entre ces deux situations se joue sur quelques lignes d'un contrat que le commerçant n'a peut-être pas relu depuis son signature. Un courtier ou un juriste peut le lire en moins d'une heure et indiquer précisément ce qui est couvert.
Et si vous voyagez en France ou y avez des activités?
Les touristes canadiens ne subissent pas les mêmes conséquences juridiques, mais les perturbations sont réelles : transports ralentis, accès à certains quartiers restreints, rassemblements interdits par les préfets. Le gouvernement du Canada publie des conseils aux voyageurs, mis à jour en cas de troubles, sur la page officielle de Voyage.gc.ca consacrée à la France. Il est utile de s'y référer et de vérifier que son assurance voyage couvre l'annulation ou l'interruption en cas de troubles civils, car beaucoup de polices les excluent ou imposent des conditions.
Les entreprises canadiennes qui expédient des marchandises vers la France ou y exploitent une filiale doivent, elles, vérifier leur couverture de transport et leur clause de force majeure. Une grève ou une émeute ne suspend pas automatiquement un contrat : tout dépend de la rédaction de la clause et de la possibilité réelle d'exécuter l'obligation.
Comment profiter de la fermeté annoncée sans perdre ses droits?
Le message du président combine deux promesses : sanctions pour les auteurs et soutien aux victimes. Pour qu'elles se traduisent concrètement, les victimes doivent constituer des dossiers complets et rapidement. Voici l'ordre des actions à retenir :
- déclarer le vol à l'assureur sous 48 heures ouvrées, le sinistre sous cinq jours ouvrés;
- déposer plainte et conserver le récépissé;
- documenter les pertes avec photos, factures et relevés comptables;
- demander à son assureur un écrit sur les garanties applicables avant d'accepter toute offre;
- faire examiner son dossier par un avocat si l'assureur refuse ou minimise l'indemnisation.
Les mesures de la cellule de crise seront précisées dans les prochains jours. Les professionnels concernés peuvent suivre l'information officielle sur le portail Service-public.fr pour les entreprises, en attendant des critères d'éligibilité clairs.
Obtenir un avis juridique avant de décider
Les règles d'assurance et de responsabilité de l'État sont techniques, et chaque contrat a ses propres exclusions. Sur Expert Zoom, vous pouvez consulter un juriste spécialisé en droit des assurances ou en droit des affaires pour faire analyser votre police, préparer une déclaration de sinistre ou évaluer un recours. Plus la consultation intervient tôt, plus vos options restent ouvertes.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis juridique. Les délais et garanties varient selon votre contrat et votre situation : consultez un professionnel qualifié avant d'agir.

Isabelle Dubois