Du 14 au 17 septembre 2026, les 720 eurodéputés se sont réunis en séance plénière à Strasbourg pour examiner les grands dossiers de l'automne européen. Le 16 septembre, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a présenté son bilan face aux parlementaires — et parmi les sujets sensibles figuraient les relations commerciales avec des partenaires clés, dont le Canada. Pour les entreprises canadiennes qui exportent vers l'Europe, cette actualité mérite une attention immédiate.
Ce que font réellement les eurodéputés
Un député européen siège au sein d'un Parlement qui regroupe 720 élus issus de 27 pays membres. Son rôle principal : adopter des règlements et des directives qui s'appliquent directement dans toute l'Union européenne, souvent sans passer par les parlements nationaux. Selon le portail officiel info.gouv.fr, ces élus travaillent principalement en commissions parlementaires, où ils examinent les textes en détail avant le vote en plénière.
En 2026, le Parlement européen a déjà adopté plus de 832 règlements selon le répertoire officiel Doctrine.fr — un rythme qui illustre la production législative intense de l'institution. Ces textes couvrent des domaines variés : traçabilité des produits agroalimentaires, données personnelles, intelligence artificielle, finance durable et commerce international.
Pour les Canadiens, la question n'est pas abstraite. Depuis l'entrée en vigueur provisoire de l'Accord économique et commercial global (AECG, connu en anglais sous le nom de CETA) le 21 septembre 2017, 99 % des droits de douane entre le Canada et l'UE ont été éliminés. Cela représente un accès commercial direct pour plus de 37 millions de Canadiens à 450 millions de consommateurs européens. Tout ce que le Parlement européen vote peut donc avoir des répercussions concrètes sur cet accord et sur les entreprises qui en bénéficient.
Quand Bruxelles conteste les pratiques commerciales canadiennes
La session de septembre 2026 intervient dans un contexte tendu entre Ottawa et Bruxelles. Selon les documents officiels publiés par le gouvernement du Canada en 2026 relatifs au 7e comité sur le commerce des marchandises de l'AECG, l'Union européenne a exprimé publiquement sa déception face au manque de progrès sur des taxes différentielles appliquées à certaines importations européennes — des pratiques que Bruxelles considère contraires aux dispositions de l'accord.
Cette tension n'est pas isolée. Le prochain rapport conjoint de suivi est prévu pour 2027, et les deux parties travaillent à identifier des mesures concrètes d'ici là. Dans l'intervalle, les entreprises canadiennes naviguent dans un environnement réglementaire européen en mutation rapide, sans toujours disposer des informations ou de l'expertise nécessaires pour s'adapter.
Par ailleurs, l'UE a adopté le 8 septembre 2026 un règlement spécifique sur le bien-être des chiens et des chats et leur traçabilité — un exemple concret illustrant la rapidité avec laquelle le Parlement européen peut imposer de nouvelles normes affectant des secteurs entiers (nutrition animale, produits vétérinaires, élevage d'exportation).
L'angle juridique : trois catégories de Canadiens directement exposés
Un avocat spécialisé en droit commercial international vous dira qu'il existe trois grandes catégories de Canadiens directement exposés aux décisions du Parlement européen.
Les exportateurs de produits : toute entreprise qui vend des marchandises sur le marché européen doit se conformer aux règlements de l'UE dès leur entrée en vigueur. Cela comprend les exigences d'étiquetage, les normes de traçabilité numérique, les certifications sanitaires et les règles d'origine. Un seul manquement peut entraîner le blocage d'une cargaison au port de Rotterdam, de Zeebrugge ou du Havre.
Les entreprises de services numériques : si votre entreprise canadienne collecte ou traite des données appartenant à des résidents européens — via un site web, une application mobile ou un service en abonnement — les règlements européens sur la protection des données et l'intelligence artificielle s'appliquent à vous, indépendamment de l'endroit où vous êtes établi au Canada.
Les investisseurs et gestionnaires de patrimoine : les décisions du Parlement européen sur le cadre financier pluriannuel 2028-2034, actuellement en négociation à Bruxelles, vont redéfinir les flux d'investissement transfrontaliers et les conditions d'accès aux marchés financiers européens pour les investisseurs canadiens.
Dans chacun de ces cas, une consultation préventive auprès d'un expert juridique peut éviter des coûts imprévus souvent bien supérieurs aux honoraires d'un avocat.
Une PME québécoise face à un règlement adopté à Strasbourg
Prenons le cas d'une entreprise de transformation alimentaire de la région de Québec qui exporte du fromage artisanal vers la France et la Belgique depuis 2022. En vertu de l'AECG, elle bénéficie d'un quota préférentiel pour ses exportations fromagères et d'une exemption tarifaire partielle — un avantage concurrentiel significatif.
Or, depuis la session de septembre 2026, les nouvelles exigences de traçabilité agroalimentaire adoptées au Parlement européen imposent aux produits laitiers importés d'afficher un code numérique traçable (QR ou datamatrix) permettant de remonter jusqu'à l'exploitation d'origine. Sans ce code, les cargaisons peuvent être bloquées au port d'entrée jusqu'à régularisation.
Voici les chiffres concrets dans ce scénario :
- Budget annuel d'exportation de cette PME : 280 000 $ CAD vers l'Europe
- Coût d'un blocage portuaire en zone frigorifique : entre 400 et 900 € par jour de stockage
- Délai moyen pour régulariser une non-conformité d'étiquetage : 8 à 15 jours ouvrables
- Perte potentielle par lot bloqué (si date de péremption atteinte) : entre 15 000 et 30 000 $ CAD
Si l'entreprise avait adapté son étiquetage avant la date d'application de la réglementation — les règlements européens entrent généralement en vigueur 12 à 24 mois après leur adoption en plénière — elle n'aurait pas été exposée à ce risque. La mise en conformité préventive coûte entre 1 500 et 4 000 $ CAD en honoraires de conseil, soit 7 à 20 fois moins que la perte sur un seul envoi bloqué. C'est la différence entre une entreprise qui anticipe et une entreprise qui subit.
Un avocat en droit commercial international ou un expert en conformité réglementaire peut analyser votre dossier et vous indiquer, parmi les 832 règlements européens adoptés en 2026, lesquels vous concernent directement.
Trois étapes à mettre en place avant la prochaine session européenne
Le Parlement européen se réunit en plénière environ douze fois par an à Strasbourg, en plus de sessions régulières à Bruxelles. Les prochaines séances de l'automne 2026 pourraient apporter de nouveaux règlements dans les secteurs de l'alimentation, du numérique et des services financiers.
Si vous êtes Canadien et que vous avez des liens d'affaires avec l'Europe — que ce soit comme exportateur, prestataire de services numériques ou investisseur — voici les trois étapes à envisager sans attendre :
1. Vérifier votre conformité actuelle aux règlements UE déjà en vigueur, notamment en matière d'étiquetage, de données personnelles et de droits à l'importation prévus par l'AECG (CETA). Un audit de conformité peut être réalisé en quelques jours par un avocat spécialisé.
2. Surveiller l'actualité législative européenne : les textes adoptés sont publiés sur le site officiel du Parlement européen après chaque session plénière. Les règlements les plus récents du mois de septembre 2026 sont déjà disponibles en ligne.
3. Consulter un expert juridique qui peut identifier les risques spécifiques à votre secteur, analyser l'impact des décisions de Strasbourg sur vos contrats en cours et vous aider à anticiper les changements réglementaires à venir.
Pour une vue d'ensemble des enjeux commerciaux entre le Canada et l'Europe, consultez également notre analyse sur les opportunités d'investissement Canada-Europe en 2026 et notre article sur les clauses CUSMA à réviser avant la date limite de 2026.
Les avocats spécialisés disponibles sur Expert Zoom peuvent décrypter ces évolutions réglementaires pour vous et sécuriser vos opérations commerciales transatlantiques.
Avertissement YMYL : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation commerciale est unique ; consultez un professionnel qualifié pour des conseils adaptés à votre cas spécifique.

Noémie Dion