Avec la tournée de cricket ENG vs SL qui bat son plein en Angleterre — Harry Brook a pulvérisé les Lankais de 119 points au premier T20I le 15 septembre 2026 à Southampton — des milliers de parieurs canadiens ont les yeux rivés sur les cotes pour le deuxième match, ce 17 septembre à Cardiff. Mais une question revient sans cesse dans les groupes de parieurs : si je gagne 5 000 $, 20 000 $ ou même 50 000 $ grâce à ces matchs, dois-je le déclarer à l'Agence du revenu du Canada ?
La réponse courte : probablement pas. Mais la nuance qui suit cette phrase peut coûter très cher si vous l'ignorez.
Ce que dit la loi canadienne sur les gains de paris sportifs
Le cadre fiscal canadien en matière de jeu reste l'un des plus souples des pays du G7. L'ARC applique une règle de principe : les gains de hasard ne constituent pas un revenu imposable pour le parieur occasionnel. Qu'il s'agisse d'un pari sur le cricket, d'une mise au casino ou d'un billet de loterie, le bénéfice est considéré comme un « coup de chance » plutôt que comme un revenu d'activité.
Cette règle s'appuie sur la Loi de l'impôt sur le revenu (Canada), L.R.C. 1985, ch. 1 (5e suppl.), dont l'article 3 définit le revenu imposable en excluant explicitement les gains de loterie et de jeu non professionnels.
En pratique, cela signifie que le Canadien qui a misé sur l'Angleterre à – 250 lors du premier T20I contre le Sri Lanka et qui empoche un gain net peut dormir sur ses deux oreilles du côté du fisc.
La question que les parieurs oublient de poser
Pourtant, il existe une zone grise que même des comptables aguerris confondent parfois : les intérêts générés sur des gains de jeu sont, eux, imposables.
Si vous déposez vos 20 000 $ de gains dans un compte d'épargne ou un CPG, l'intérêt annuel — disons 4,5 % en 2026 — représente 900 $ de revenu de placement soumis à l'impôt fédéral et provincial. Petite somme, mais somme que l'ARC peut réclamer avec pénalités si elle n'est pas déclarée.
Deuxième zone grise : la frontière entre parieur occasionnel et parieur professionnel. L'ARC ne fixe pas de seuil en dollars. Elle évalue un faisceau d'indices :
- Fréquence et régularité des paris
- Utilisation d'un système ou d'une stratégie (analyse statistique, arbitrage de cotes)
- Le pari constitue-t-il une source principale ou significative de revenus ?
- Avez-vous déjà refusé un emploi parce que le jeu suffisait à vous faire vivre ?
Un analyste de données qui consacre 30 heures par semaine à modéliser les performances de Brook et de Buttler, et qui tire la majorité de ses revenus de ces paris, risque d'être requalifié en parieur professionnel — et de devoir déclarer l'intégralité de ses gains comme revenu d'entreprise.
Cas concret : le fan de cricket à Brampton qui a misé sur ENG vs SL
Prenons l'exemple de Rajiv, 38 ans, résident de Brampton (Ontario), comptable de jour et passionné de cricket. Il a suivi la tournée du Sri Lanka en Angleterre depuis le début et a parié sur quatre marchés différents pour le premier T20I :
- 500 $ sur une victoire de l'Angleterre (cote 1.45) → gain net : 225 $
- 200 $ sur Harry Brook meilleur buteur (cote 4.20) → gain net : 640 $
- 300 $ sur total de points > 220 (cote 1.90) → gain net : 270 $
- 100 $ sur Baker dans les 3 premiers wickets (cote 5.50) → gain net : 450 $
Gain total en une soirée : 1 585 $. Rajiv l'a viré sur son CELI — aucune implication fiscale sur les gains eux-mêmes. Mais attention : si ce CELI génère des intérêts ou des dividendes, ces revenus de placement ne sont PAS à abri en dehors du plafond de cotisation.
Maintenant, si Rajiv fait la même chose 3 fois par semaine toute l'année et génère 80 000 $ de gains nets, l'ARC pourrait considérer qu'il exerce une activité commerciale de paris. Dans ce scénario, si/alors : si ses gains annuels dépassent un seuil que l'ARC juge « systématique » (typiquement, si le jeu remplace un salaire équivalent), alors il devra déclarer ce revenu et payer l'impôt provincial et fédéral — soit entre 33 % et 53 % selon son palier de revenus en Ontario.
La différence entre « coup de chance » et « activité professionnelle » peut représenter 26 000 $ à 42 000 $ d'impôt sur 80 000 $ de gains. C'est là que la consultation d'un avocat fiscaliste ou d'un comptable spécialisé devient rentable.
L'Ontario, premier marché réglementé : ce que ça change
Depuis l'ouverture du marché des paris sportifs à mise unique en Ontario en 2021 (Ontario Lottery and Gaming Corporation), les plateformes agréées comme BetMGM, PointsBet, DraftKings ou FanDuel Canada opèrent légalement dans la province. Cette réglementation a plusieurs conséquences pratiques pour les parieurs :
Ce qui ne change pas : les gains restent non imposables pour le parieur occasionnel, quelle que soit la plateforme (agréée ou offshore).
Ce qui change : les opérateurs agréés sont tenus de signaler les transactions suspectes aux autorités compétentes. Si vous retirez régulièrement des montants importants, vous pouvez faire l'objet d'une vérification de la part de FINTRAC (le Centre d'analyse des opérations et déclarations financières du Canada) — distincte d'une vérification fiscale, mais pouvant en déclencher une.
Autre nouveauté : certains parieurs utilisent des sociétés à numéro pour structurer leurs activités de jeu. Cette approche, popularisée par des influenceurs financiers sur TikTok, peut créer des obligations fiscales supplémentaires si l'ARC requalifie l'activité en revenu d'entreprise au niveau corporatif.
Ce que vous devriez vérifier avant de miser gros sur ENG vs SL
Si vous envisagez de parier sur le deuxième T20I à Cardiff ou sur la suite de la série, voici les questions pratiques à avoir en tête :
Êtes-vous un parieur occasionnel ou systématique ? Si vous pariez moins de 5 fois par semaine, avec des mises raisonnables et sans système formalisé, vous êtes presque certainement dans la catégorie « non imposable ».
Utilisez-vous une plateforme agréée en Ontario ? Si oui, vos transactions sont déjà enregistrées. Si vous êtes aussi client d'une plateforme offshore, la situation légale est plus complexe.
Vos gains dorment-ils dans un compte non enregistré ? Les intérêts produits sont imposables. Envisagez d'utiliser un CELI (dans la limite du plafond annuel, fixé à 7 000 $ en 2026) pour abriter vos épargnes issues de gains.
Avez-vous déjà reçu une lettre de l'ARC à ce sujet ? Si oui, ne répondez jamais sans l'avis d'un avocat fiscaliste ou d'un CPA spécialisé en droit fiscal canadien.
Paris sportifs hors Ontario : ce que risquent les parieurs du Québec et de la C.-B.
Il est important de souligner que le marché des paris sportifs légaux n'est pas uniforme à travers le Canada. Seul l'Ontario dispose, depuis 2021, d'un marché privé entièrement réglementé avec des opérateurs concurrents agréés. Au Québec, Loto-Québec propose Mise-o-jeu+, une plateforme provinciale légale — mais les cotes y sont souvent moins compétitives qu'ailleurs. En Colombie-Britannique, BCLC propose PlayNow.
Cela soulève une question pratique : un Québécois qui utilise une plateforme offshore (non agréée au Québec) comme Bet365 ou 1xBet pour parier sur ENG vs SL commet-il une infraction ?
Selon les experts juridiques consultés par plusieurs médias spécialisés, l'utilisation de plateformes offshore n'est pas criminalisée pour le parieur individuel au Canada — les poursuites visent les opérateurs, pas les clients. Mais les conditions d'utilisation de certaines plateformes contiennent des clauses qui permettent le gel des comptes en cas de gains jugés « anormaux ». Un avocat spécialisé en droit des contrats peut analyser ces clauses avant que vous ne vous retrouviez bloqué avec 10 000 $ inaccessibles.
Pour les parieurs qui commencent à se demander si leurs habitudes franchissent la ligne du « professionnel », une consultation d'une heure avec un expert juridique ou fiscal peut prévenir des années de litiges coûteux avec l'ARC. Les experts de notre réseau ExpertZoom traitent régulièrement des dossiers liés aux droits des fans et aux implications légales du sport professionnel au Canada — une même logique de prudence s'applique aux paris.
Note : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal. Consultez un professionnel qualifié pour votre situation personnelle.

Renée Deschênes