Cap-Vert vs Espagne : ces joueurs qui ont changé de nationalité pour le Mondial 2026

Footballeur capverdien tenant deux passeports sur un banc de stade à Atlanta, Coupe du Monde 2026
Julie Julie CôtéJuridique
5 min de lecture 15 juin 2026

Ce 15 juin 2026, le Cap-Vert entre dans l'histoire à Atlanta en disputant son tout premier match de Coupe du Monde — face à l'Espagne, championne d'Europe. Mais derrière l'exploit sportif se cache un fait juridique fascinant : 24 des 26 joueurs du sélectionneur Bubista sont nés hors des îles du Cap-Vert, principalement en France, au Portugal, aux Pays-Bas, en Irlande et aux États-Unis. Ils ont tous choisi de changer d'allégeance sportive pour porter le maillot bleu et blanc des Requins Bleus.

Le Cap-Vert, laboratoire mondial du changement d'allégeance

Jordan Semedo, 23 ans et défenseur du Slavia Sofia, portait le brassard de capitaine de l'équipe de France des moins de 20 ans avant d'obtenir le feu vert de la FIFA pour rejoindre la sélection capverdienne. Fábio Duarte, 27 ans, gardien formé à Benfica, avait évolué dans toutes les équipes de jeunes du Portugal avant de choisir les îles de ses parents. Carlos Dos Santos, enfin, était convoqué par les États-Unis avant de valider lui aussi son transfert d'allégeance vers le Cap-Vert.

Ce phénomène n'est pas propre à ce match. Comme le souligne un article sur les joueurs à double nationalité au Mondial 2026, l'Allemagne avait elle aussi aligné contre Curaçao des joueurs avec deux passeports. Mais l'équipe capverdienne pousse le concept à son maximum : c'est probablement la sélection avec le plus grand nombre de joueurs nés à l'étranger de toute la Coupe du Monde 2026.

Les règles FIFA : quand peut-on changer de sélection nationale ?

Le changement d'allégeance sportive est encadré par le Règlement de la FIFA sur le statut et le transfert des joueurs. Plusieurs conditions doivent être réunies simultanément :

Posséder la nationalité civile du pays choisi. Un joueur ne peut représenter une nation que s'il en détient la citoyenneté. Jordan Semedo possède ainsi la double nationalité franco-capverdienne par filiation.

N'avoir jamais joué en senior A officiel. Si un joueur n'a participé qu'à des matchs de jeunes (U17, U20, U21), il reste éligible à une autre sélection. Dès qu'il dispute un match officiel en équipe senior A — match de qualification, Coupe du Monde, match amical comptabilisé par la FIFA —, il est lié à cette nation pour toujours, sans exception.

Obtenir l'approbation formelle du Bureau du Conseil de la FIFA. Chaque demande est examinée individuellement. La FIFA vérifie les documents de nationalité civile et le parcours complet du joueur dans les équipes nationales.

Respecter le délai de carence. La FIFA impose une période d'attente de trois ans entre la dernière représentation en équipe de jeunes d'un premier pays et la première sélection en senior A d'un autre pays, sauf si le joueur possède la nationalité civile du deuxième pays par naissance.

Ces règles sont strictement sportives et distinctes du droit civil sur la nationalité.

Double nationalité civile au Canada : droits et obligations

Si la FIFA régit la nationalité sportive, la nationalité civile obéit à ses propres lois — et le Canada offre l'un des cadres les plus favorables au monde. Depuis 1977, la législation canadienne autorise pleinement la double ou même la multiple nationalité. Un citoyen canadien naturalisé peut conserver sa nationalité d'origine sans aucune restriction du côté canadien.

Comme le précise Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada : « Le Canada reconnaît la double citoyenneté. Toutefois, si vous êtes citoyen d'un autre pays, vous pourriez être assujetti aux obligations légales de ce pays, comme le service militaire ou les impôts. »

En pratique, plusieurs situations complexes se posent fréquemment aux Canadiens à double nationalité :

  • La transmission aux enfants : depuis la réforme de 2009, les « citoyens de deuxième génération nés à l'étranger » ne transmettent plus automatiquement la citoyenneté canadienne à leurs propres enfants nés hors Canada. Cette limite, dite « première génération », peut surprendre des familles installées au Canada depuis des décennies.
  • Les obligations du pays d'origine : certains États — Maroc, Portugal, Liban, Tunisie, entre autres — maintiennent leurs ressortissants dans leurs registres même après naturalisation canadienne. Des convocations militaires, des obligations fiscales ou des restrictions de voyage peuvent en découler.
  • La succession internationale : les biens situés dans un pays étranger sont souvent régis par le droit local, qui peut reconnaître ou non votre nationalité canadienne selon les conventions bilatérales en vigueur.
  • Les visas et protections consulaires : un binational doit en général entrer dans chaque pays avec le passeport correspondant. Le Canada ne peut pas intervenir si vous êtes arrêté ou retenu dans un pays dont vous possédez aussi la nationalité.

Cinq situations où consulter un avocat en droit de la nationalité

Les règles de la nationalité civile croisent régulièrement le droit de la famille, le droit fiscal et le droit successoral. Voici cinq cas concrets où un avis juridique s'impose avant d'agir :

  1. Vous souhaitez officialiser la nationalité canadienne de vos enfants nés à l'étranger et vous n'êtes pas certain qu'ils y ont automatiquement droit
  2. Votre pays d'origine réclame le paiement d'impôts ou une cotisation militaire malgré votre naturalisation canadienne
  3. Vous envisagez de renoncer à une nationalité pour optimiser votre situation fiscale ou simplifier une succession internationale
  4. Vous héritez de biens immobiliers à l'étranger et ignorez si votre statut canadien est reconnu par les autorités locales
  5. Vous planifiez un retour temporaire dans votre pays natal et craignez d'être retenu ou de perdre vos droits consulaires canadiens

Dans chacun de ces cas, un avocat spécialisé en droit de l'immigration et de la nationalité peut analyser les conventions bilatérales applicables, vérifier votre statut dans les registres étrangers et prévenir des complications longues et coûteuses.

De l'Atlanta Stadium à votre dossier : la double nationalité se gère

Les parcours de Jordan Semedo, Fábio Duarte et Carlos Dos Santos montrent que changer de nationalité sportive — comme de nationalité civile — demande une navigation précise entre plusieurs systèmes juridiques. Pour des millions de Canadiens issus de l'immigration, cet enjeu est quotidien, bien au-delà du terrain de football.

Qu'il s'agisse de protéger vos enfants, d'optimiser une succession ou de clarifier vos obligations à l'international, les professionnels du droit sont là pour vous accompagner. Consultez un avocat spécialisé sur Expert Zoom pour obtenir un premier avis rapidement, où que vous soyez au Canada.

Note légale : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Chaque situation est unique — consultez un professionnel qualifié pour votre cas personnel.

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