Une vaste étude canadienne publiée le jeudi 15 octobre 2026 lie une alimentation composée à près de 45 % d'aliments ultra-transformés à un risque accru de lésions cérébrales d'origine vasculaire. Menée auprès de plus de 8 700 adultes d'âge moyen, elle conclut que ces personnes sont plus de 40 % plus susceptibles de présenter ce type d'atteinte à l'IRM.
Ce que l'étude a observé
Selon CP24, qui rapporte les travaux, l'étude a débuté en 2014 et a suivi plus de 8 700 Canadiens d'âge moyen, des petits consommateurs d'aliments transformés comme de gros consommateurs. Chaque participant a passé une IRM cérébrale. L'équipe, composée de 16 chercheurs et médecins de l'Université McMaster, est codirigée par la Dre Sonia Anand, professeure de médecine et autrice principale, et par Russell De Souza, diététiste et professeur de recherche en santé.
Les lésions repérées comprennent des AVC silencieux, c'est-à-dire des accidents vasculaires que la personne n'a jamais remarqués. Les chercheurs y voient de possibles signes précoces d'un futur AVC ou d'une démence. Les participants qui mangeaient le plus d'aliments ultra-transformés avaient aussi davantage de gras corporel total et de gras abdominal profond.
La Dre Anand résume : « Nous avons observé un effet indépendant des aliments ultra-transformés et des lésions cérébrales visibles à l'IRM. » Les aliments en cause sont les croustilles, les céréales sucrées du déjeuner, les yogourts très sucrés et certains repas surgelés.
Ce que l'étude ne prouve pas
Il s'agit d'une étude d'observation : elle montre une association, pas une preuve de causalité. Les chercheurs poursuivent leurs analyses pour établir si ces aliments causent directement les changements cérébraux. Le lien avec la démence demeure, à ce stade, une hypothèse et non un résultat établi.
Certains participants retournent passer une IRM de suivi. Ces résultats, qui permettront de comparer l'évolution du cerveau à l'alimentation, sont attendus au début de 2028.
Un contexte qui concerne presque tout le monde
Selon une étude de la Fondation des maladies du cœur et de l'AVC de 2025, citée dans l'article, près de la moitié des aliments consommés chaque jour par le Canadien moyen sont ultra-transformés. Autrement dit, le seuil d'environ 45 % de l'étude n'a rien d'exotique : il décrit une assiette ordinaire pour beaucoup de ménages.
Russell De Souza rappelle aussi une réalité économique : avec l'inflation alimentaire, les repas à base d'aliments entiers sont hors de portée pour certaines familles. Son conseil reste simple : cuisiner à la maison autant que possible, acheter local et profiter des rabais en épicerie.
Depuis janvier 2026, Santé Canada exige par ailleurs un symbole « élevé en » sur le devant des emballages dépassant certains seuils de gras saturés, de sodium ou de sucres. Cet étiquetage ne mesure toutefois pas le degré de transformation d'un produit. Un aliment peut ne porter aucun symbole et rester ultra-transformé.
Pourquoi le cerveau et le cœur sont liés
Le cerveau dépend d'un réseau de minuscules vaisseaux sanguins. Tout ce qui abîme les artères, comme une tension élevée, un excès de sucre dans le sang ou l'accumulation de gras abdominal, peut aussi fragiliser ces petits vaisseaux. C'est ce que désigne le terme « lésion vasculaire cérébrale ».
L'étude ajoute un indice : les plus grands consommateurs d'ultra-transformés présentaient davantage de gras profond autour de l'abdomen. Ce gras est associé à l'inflammation et à des troubles métaboliques. Les chercheurs ne tranchent pas encore entre les deux explications possibles, soit un effet direct des aliments, soit un effet passant par le poids et la santé métabolique.
Ce que dit l'expert en santé
Pour un médecin de famille ou un nutritionniste, ces résultats servent surtout à ouvrir la discussion, pas à alarmer. Un lien statistique observé sur 8 700 personnes ne permet pas de prédire ce qui arrivera à un patient en particulier. Il justifie en revanche de regarder de près le profil global : tension artérielle, cholestérol, glycémie, tour de taille, antécédents familiaux d'AVC.
Trois points méritent l'attention d'un professionnel :
- La part réelle d'ultra-transformés dans votre assiette. La plupart des gens la sous-estiment, car pains en sac, sauces, barres et boissons s'additionnent sans qu'on y pense.
- Les facteurs vasculaires déjà présents. Hypertension et diabète augmentent le risque de lésions silencieuses, quelle que soit l'alimentation.
- Les signes d'alerte à ne jamais attendre. Faiblesse d'un côté du visage ou du corps, trouble de la parole ou de la vision : il faut appeler le 911, même si les symptômes passent. Notre article sur les signes d'alerte d'un AVC détaille ces réflexes.
Un exemple chiffré : de 45 % à 25 % d'ultra-transformés
Prenons Marc, 52 ans, qui consomme environ 2 000 calories par jour. Son journal alimentaire montre que 45 % de ses calories viennent d'aliments ultra-transformés, soit environ 900 calories : céréales sucrées au déjeuner, sandwich et croustilles au dîner, plat surgelé trois soirs par semaine. Il a de plus une tension un peu élevée, qu'il ne fait pas suivre.
Si Marc ne change rien, il se situe pile dans la catégorie décrite par l'étude. Cela ne veut pas dire qu'il a des lésions cérébrales, mais qu'il appartient au groupe où elles ont été le plus souvent observées.
Si, avec son nutritionniste, il remplace le déjeuner sucré par des flocons d'avoine nature et des fruits, et cuisine en lot deux repas maison par semaine, sa part d'ultra-transformés peut descendre à environ 25 %, soit 500 calories. Il aurait ainsi réduit de 400 calories par jour sa consommation de ces produits, sans régime strict ni produits coûteux.
Et si sa tension reste élevée, alors le premier rendez-vous utile est chez son médecin, car la pression artérielle pèse lourd dans le risque vasculaire. Cet exemple est illustratif : seul un professionnel peut évaluer un cas réel.
Les réflexes à adopter dès cette semaine
Quelques gestes réalistes, en phase avec l'inflation actuelle, découlent des conseils des chercheurs :
- Lire la liste d'ingrédients plutôt que le symbole. Une liste longue, pleine de noms que vous n'auriez pas dans votre cuisine, signale un produit très transformé.
- Planifier deux ou trois repas maison et les cuisiner en double pour la semaine.
- Miser sur les rabais de fruits, légumes, légumineuses et grains entiers en circulaire.
- Mesurer votre tension en pharmacie ou à la maison et en parler à votre médecin si elle dépasse la normale.
- Éviter l'auto-diagnostic. Aucune IRM de dépistage n'est recommandée pour la population générale sur la seule base de cette étude.
Pour une vue d'ensemble de l'alimentation de saison, vous pouvez aussi consulter nos tendances alimentaires 2026 expliquées par une nutritionniste.
Quand consulter un spécialiste
Consultez un médecin ou un nutritionniste si vous avez plus de 40 ans et une alimentation riche en produits emballés, si vous avez des antécédents familiaux d'AVC ou de démence, ou si vous souffrez d'hypertension, de diabète ou de surpoids abdominal. Un professionnel peut établir votre profil de risque, ajuster votre plan alimentaire à votre budget et vous orienter vers les examens appropriés.
Pour les règles d'étiquetage et les recommandations officielles, le site de Santé Canada reste la référence.
Sur Expert Zoom, vous pouvez poser votre question à un professionnel de la santé ou à un nutritionniste et obtenir un avis adapté à votre situation, plutôt que de deviner à partir des gros titres.
Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de la santé. En cas de symptômes d'AVC, appelez le 911 immédiatement.

Léonie Tremblay