Accords d'Abraham 2026 : ce que l'expansion des traités de paix change pour les investisseurs canadiens

Cérémonie de signature des Accords d'Abraham à la Maison-Blanche en 2020, présidée par Donald Trump

Photo : The White House / Wikimedia

Geneviève Geneviève GagnonGestion de Patrimoine
5 min de lecture 26 mai 2026

Le 25 mai 2026, Donald Trump a annoncé publiquement qu'il serait « obligatoire » pour l'Arabie saoudite, le Qatar, le Pakistan, la Turquie, l'Égypte et la Jordanie de signer les Accords d'Abraham en contrepartie d'un accord de paix mettant fin à la guerre États-Unis-Iran. Cette déclaration, couverte par CBC News et confirmée par Axios et CNBC, relance l'intérêt des Canadiens pour ces accords de paix — et pour ce qu'ils signifient concrètement pour les investisseurs.

Que sont les Accords d'Abraham ?

Signés le 15 septembre 2020 à Washington, les Accords d'Abraham sont des ententes de normalisation diplomatique entre Israël et plusieurs pays arabes et musulmans, sous l'égide des États-Unis. Les premiers signataires sont les Émirats arabes unis (ÉAU), Bahreïn, le Maroc et le Soudan.

En novembre 2025, le Kazakhstan est devenu le premier pays non-arabe à rejoindre les Accords, lors d'un sommet à la Maison-Blanche. Sa signature est stratégiquement importante : le Kazakhstan produit 40 % de l'uranium mondial et détient 95 % des réserves mondiales de chrome — des minerais critiques au cœur de la rivalité sino-américaine.

La demande de Trump du 25 mai 2026 représenterait une expansion sans précédent. Si elle aboutissait, l'Arabie saoudite — la plus grande économie du monde arabe — rejoindrait l'accord, ce qui transformerait fondamentalement les flux commerciaux et d'investissement au Moyen-Orient.

La FIPA Canada-ÉAU : les protections juridiques déjà en vigueur

Ce que beaucoup d'investisseurs canadiens ignorent, c'est que le Canada a déjà conclu un accord crucial avec le signataire le plus actif des Accords d'Abraham. En novembre 2025, le premier ministre Mark Carney s'est rendu aux ÉAU — la première visite d'un premier ministre canadien depuis 1983 — et a signé l'Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers (APIE) Canada-ÉAU, entré en vigueur le 28 janvier 2026 selon une analyse de Dentons.

Cet accord offre des protections concrètes aux investisseurs canadiens opérant aux ÉAU :

  • Traitement juste et équitable : protection contre les traitements arbitraires ou discriminatoires
  • Indemnisation en cas d'expropriation : compensation prompte, adéquate et effective si votre investissement est nationalisé
  • Mécanisme de règlement des différends investor-État : accès à l'arbitrage international indépendant en cas de litige avec le gouvernement émirati
  • Libre transfert de fonds : garantie de pouvoir rapatrier vos bénéfices, dividendes et capital

Par ailleurs, lors de cette même visite, les ÉAU ont annoncé un engagement d'investissement de 70 milliards CAD au Canada dans des secteurs stratégiques : minéraux critiques, énergie, intelligence artificielle et agriculture. Le Canada a également ouvert des consultations publiques en décembre 2025 pour négocier un Accord de libre-échange (ALE) Canada-ÉAU qui pourrait doubler le commerce bilatéral — actuellement à 3,4 milliards CAD — d'ici une décennie.

Ce que l'expansion potentielle change pour vos placements

Si Trump parvient à élargir les Accords d'Abraham à l'Arabie saoudite et à ses voisins, les conséquences pour les marchés mondiaux — et pour les portefeuilles canadiens — pourraient être importantes.

Le marché israélien : Depuis 2020, le commerce Israël-ÉAU a dépassé 3,2 milliards USD et les investissements totaux ont franchi le cap des 5 milliards USD. Un accès normalisé à l'Arabie saoudite, avec son marché de 35 millions de consommateurs et ses richesses pétrolières, pourrait amplifier considérablement ces flux. Selon les données de l'Atlantic Council, les investissements privés dans l'écosystème des Accords d'Abraham ont bondi de 431 % entre 2024 et 2025, atteignant 186 millions USD.

Les secteurs à surveiller : télécommunications, technologies de l'information, soins de santé, agroalimentaire, énergie et intelligence artificielle figurent parmi les secteurs les plus actifs depuis 2020. La technologie militaire et les drones constituent également un pan important, avec Israël qui a exporté pour plus de 500 millions USD de systèmes anti-drones vers le Maroc.

Le risque géopolitique : Le Pakistan a d'ores et déjà rejeté la demande de Trump le 25 mai 2026. L'Arabie saoudite, par la voix du prince héritier Mohammed ben Salmane, conditionne toute normalisation à un « chemin irréversible vers un État palestinien » — ce qu'Israël refuse. Les marchés du Moyen-Orient restent donc volatils et sujets à des retournements rapides.

Pour les investisseurs canadiens exposés aux fonds qui détiennent des titres israéliens, émiratis ou saoudiens — notamment via des FNB de marchés émergents ou des fonds thématiques sur le Moyen-Orient — cette expansion potentielle représente une opportunité à surveiller, mais aussi un risque de volatilité accrue en cas d'échec des négociations.

Ce que vous devriez faire maintenant

Voici les questions concrètes à poser à un conseiller en gestion de patrimoine ou à un avocat spécialisé en investissements internationaux :

  1. Avez-vous une exposition aux marchés du Moyen-Orient dans vos fonds ? Vérifiez la composition de vos FNB de marchés émergents — Israël, les ÉAU et le Qatar y figurent souvent.

  2. La FIPA Canada-ÉAU vous protège-t-elle ? Si vous investissez directement aux ÉAU (immobilier, startups, entreprises), l'accord entré en vigueur en janvier 2026 vous donne accès à des protections juridiques nouvelles que beaucoup d'investisseurs n'ont pas encore intégrées dans leur planification.

  3. Les minéraux critiques du Kazakhstan vous intéressent-ils ? L'entrée du Kazakhstan dans les Accords d'Abraham crée un cadre juridique favorable pour les entreprises minières canadiennes cherchant à diversifier leurs approvisionnements loin de la Chine.

  4. Votre stratégie tient-elle compte du risque Iran ? La guerre États-Unis-Iran, amorcée il y a environ trois mois selon les rapports disponibles en mai 2026, a des répercussions sur les voies maritimes du Golfe Persique et sur les prix de l'énergie. Un conseiller en patrimoine peut évaluer comment cela affecte votre portefeuille.

Consultez les informations officielles du gouvernement du Canada sur les Accords commerciaux avec les ÉAU sur le portail d'Affaires mondiales Canada pour suivre les développements des négociations de l'ALE.

Sur Expert Zoom, des conseillers en gestion de patrimoine et des avocats spécialisés en droit international des affaires sont disponibles pour vous aider à évaluer votre exposition au Moyen-Orient et à adapter votre stratégie à ces nouvelles réalités géopolitiques. Les Accords d'Abraham ne sont plus un simple accord de paix : ils sont devenus un moteur de reconfiguration économique mondiale — et les investisseurs canadiens ont tout intérêt à s'y préparer.

Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique ou financier. Consultez un professionnel qualifié avant de prendre toute décision d'investissement.

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