Ce soir, le 20 mars 2026, France 2 diffuse une soirée spéciale en hommage à Bruno Salomone avec deux épisodes inédits de la série culte Fais pas ci, fais pas ça. Pour des millions de téléspectateurs, revoir les Lepic et les Bouley ravive une émotion mêlée de nostalgie et de tristesse — et c'est parfaitement normal, selon les psychologues cliniciens.
Quand une série disparaît, on perd quelque chose de réel
Fais pas ci, fais pas ça a accompagné neuf saisons de vie familiale française entre 2007 et 2017. Chaque épisode entrait dans les salons, les dîners, les disputes du dimanche soir. La série ne racontait pas seulement des personnages fictifs : elle reflétait des dynamiques familiales que beaucoup reconnaissaient dans leur propre foyer.
Lorsqu'une série s'arrête — ou lorsqu'un de ses acteurs principaux disparaît — le deuil que ressentent les spectateurs n'est pas anodin. Les chercheurs en psychologie le désignent désormais par un terme précis : le deuil parasocial. Cette forme de deuil survient lorsque l'on perd un lien affectif développé avec un personnage ou une personnalité médiatique, même sans relation directe.
Une étude publiée dans le Journal of Social and Personal Relationships en 2021 a démontré que ces liens parasociaux activent les mêmes zones cérébrales que les relations interpersonnelles réelles. En d'autres termes, votre cerveau traite la perte d'une série comme une perte sociale véritable.
Bruno Salomone et le poids symbolique d'un hommage
Bruno Salomone, qui incarnait Denis Bouley depuis les débuts de la série, est décédé à 67 ans. France 2 a choisi le 20 mars 2026 — jour de l'équinoxe de printemps — pour lui rendre hommage avec deux épisodes spéciaux, dont Y aura-t-il un Noël à Noël ? et On va marcher sur la Lune.
Pour beaucoup, regarder cet hommage sera une expérience contradictoire : rire devant des scènes familières tout en ressentant une tristesse profonde pour l'acteur disparu. Ce mélange d'émotions contradictoires — qu'on appelle en psychologie la dissonance émotionnelle — peut générer de la confusion, voire de la culpabilité chez certains téléspectateurs.
"Je n'ai pas le droit d'être aussi triste pour quelqu'un que je ne connaissais pas vraiment" — c'est une pensée courante. Or, elle est infondée. Le deuil n'exige pas une relation physique pour être légitime.
Les signes qui méritent l'attention d'un professionnel
Le deuil parasocial reste, dans la grande majorité des cas, une réaction normale et transitoire. Mais certains signaux peuvent indiquer qu'un soutien psychologique serait bénéfique :
- Tristesse persistante qui dure plus de deux à trois semaines et interfère avec le quotidien
- Évitement de la série ou au contraire consommation compulsive de rediffusions comme mécanisme d'échappement
- Réactivation d'un deuil antérieur : la disparition de Bruno Salomone peut rouvrir des deuils non résolus, notamment la perte d'un proche
- Sentiment de vide ou de perte de repères liés à la fin d'une routine télévisuelle importante
Ces réactions sont particulièrement fréquentes chez les personnes qui vivent seules et pour qui les séries constituent une forme de compagnie régulière. Selon une étude française publiée par l'Observatoire du Bien-Être en 2024, 34 % des Français déclarent regarder la télévision le soir principalement pour ne pas se sentir seuls.
Le deuil collectif, un phénomène social à ne pas minimiser
La soirée hommage de France 2 va créer un deuil collectif synchronisé. Des milliers de personnes vont regarder ensemble, commenter sur les réseaux sociaux, partager leurs souvenirs. Ce rituel collectif a une fonction thérapeutique importante : il valide l'émotion de chacun et crée un espace de partage.
Les psychologues cliniciens soulignent l'importance de ces rituels collectifs dans la société contemporaine. Ils permettent d'exprimer des émotions souvent tues — notamment la tristesse liée à la perte de figures médiatiques — dans un cadre social qui les normalise.
Ce phénomène n'est pas nouveau : la mort de Coluche en 1986, celle de Marie-France Pisier en 2011, ou encore celle d'Isabelle Mergault ont toutes provoqué des vagues d'émotions collectives comparables.
Ce que peut faire un psychologue clinicien
Si vous ressentez que la soirée hommage de ce soir soulève en vous quelque chose de plus profond — une mélancolie persistante, une angoisse diffuse, ou la résurgence d'un deuil ancien — un psychologue clinicien peut vous aider à :
- Nommer et contextualiser vos émotions pour mieux les traverser
- Distinguer le deuil parasocial d'un deuil réel sous-jacent que la disparition de l'acteur a pu réactiver
- Développer des ressources psychologiques pour faire face aux pertes futures
- Explorer le rôle des séries dans votre vie affective, sans jugement
La psychologie clinique s'est beaucoup intéressée ces dernières années aux liens que nous développons avec les médias. Ce n'est pas une lubie de l'ère Netflix : c'est une réalité de la condition humaine contemporaine, que les professionnels prennent désormais très au sérieux.
Regarder ce soir, en pleine conscience
Fais pas ci, fais pas ça commence à 21h10 sur France 2 et est disponible en streaming sur France.tv. Regarder ces épisodes peut être une belle façon d'honorer la mémoire de Bruno Salomone et de la série — à condition d'être attentif à ce que vous ressentez pendant et après.
Si vous constatez que la soirée remue plus que prévu, parlez-en. À un proche, d'abord. Et si besoin, à un professionnel de santé mentale. Un psychologue clinicien peut vous accompagner en consultation à distance, dans un format adapté à votre emploi du temps.
La perte d'une série culte n'est pas une broutille sentimentale. C'est une perte réelle, qui mérite d'être traversée avec le même soin qu'on apporterait à n'importe quelle autre épreuve émotionnelle.
Note : Cet article aborde des sujets relatifs à la santé mentale. Si vous traversez une période de deuil ou de détresse psychologique, consultez un professionnel de santé qualifié. En cas de crise, contactez le 3114 (numéro national de prévention du suicide).
