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Le film retrace les 14 années de détention de Mohamedou Ould Slahi, arrêté en 2001 et libéré en 2016 sans","La diffusion ce soir de *Désigné Coupable* sur France 2 remet Guantanamo sous les projecteurs. Le film retrace les 14 années de détention de Mohamedou Ould Slahi, arrêté en 2001 et libéré en 2016 sans jamais avoir été jugé. Ce 11 octobre 2026, des milliers de téléspectateurs français se posent la même question : comment une démocratie peut-elle maintenir des hommes en prison indéfiniment, sans procès, sans condamnation définitive ? La réponse est juridiquement complexe — et concerne aussi les ressortissants français.\n\n## Guantanamo en 2026 : une prison qui fêtera ses 25 ans en janvier\n\nOuverte le 11 janvier 2002 dans le sillage des attentats du 11-Septembre, la base de détention de Guantanamo Bay entamera sa vingt-cinquième année dans moins de cent jours. Selon un reportage d'Al Jazeera publié le 8 octobre 2026, la question reste entière : pourquoi cette prison est-elle encore ouverte alors que la guerre en Afghanistan est officiellement terminée ?\n\nQuinze hommes y sont encore détenus à ce jour. En janvier 2025, l'administration Biden avait transféré onze détenus yéménites vers Oman — des hommes jamais inculpés d'aucun crime après plus de vingt ans de captivité. Trois autres prisonniers restaient éligibles à un transfert, sept étaient impliqués dans des procédures de commissions militaires, et deux avaient été condamnés par ces mêmes commissions. Le procès de Khalid Cheikh Mohammed, principal cerveau présumé du 11-Septembre, serait désormais prévu pour janvier 2028, soit plus de 26 ans après les faits.\n\nLe coût de fonctionnement de la base s'élèverait à plus de 540 millions de dollars par an, selon les estimations du Pentagone citées par Al Jazeera. Ramené au nombre de détenus, c'est l'équivalent de 36 millions de dollars par personne et par an.\n\n## Comment la détention sans jugement peut-elle être « légale » ?\n\nC'est la question que pose le film — et que se posent chaque soir des milliers de Français. La réponse tient en un seul concept juridique : la catégorie de \"combattant ennemi illégal\", inventée par l'administration Bush après le 11-Septembre.\n\nLa Convention de Genève distingue deux catégories : les prisonniers de guerre (protégés par la IIIe Convention, droit à un procès équitable, retour au pays à la fin du conflit) et les civils (protégés par la IVe Convention). Les détenus de Guantanamo ont été délibérément placés hors de ces deux catégories. En les qualifiant de \"combattants ennemis illégaux\", l'administration américaine a soutenu qu'ils n'avaient droit ni aux protections de l'un ni à celles de l'autre.\n\nLe Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ratifié par les États-Unis en 1992, interdit pourtant la détention arbitraire à son article 9 : \"Tout individu arrêté ou détenu du chef d'une infraction pénale sera traduit dans le plus court délai devant un juge.\" La Cour suprême américaine a progressivement limité ces abus — notamment dans l'arrêt Boumediene c. Bush (2008), qui a reconnu aux détenus le droit d'habeas corpus. Mais la mise en œuvre de cet arrêt a été lente, partielle, et contestée à chaque étape.\n\nEn Europe, la Cour européenne des droits de l'homme a affirmé à plusieurs reprises que la détention indéfinie sans perspective de jugement constitue un traitement dégradant au sens de l'article 3 de la Convention européenne. Cela ne s'applique pas directement à Guantanamo — mais cela illustre le fossé entre les standards juridiques européens et la pratique américaine depuis 2002.\n\n## Que peut faire un avocat pour un détenu ou sa famille ?\n\n*Désigné Coupable* montre deux avocates américaines qui n'abandonnent pas. En France, le travail d'un avocat spécialisé en droit international ou en droits fondamentaux suit une logique similaire, mais avec des outils différents.\n\n**Premier levier : la protection consulaire.** Tout citoyen français détenu à l'étranger peut demander l'intervention du Consulat de France, qui dispose d'un droit de visite et peut transmettre des messages à la famille. Mais lorsque la détention est qualifiée de \"sécurité nationale\" par une puissance alliée, l'accès consulaire peut être refusé ou limité.\n\n**Deuxième levier : les recours devant les Nations Unies.** Le Groupe de travail sur la détention arbitraire, organe de l'ONU, peut être saisi par un avocat ou par la famille. Ses avis ne sont pas contraignants, mais leur portée politique et médiatique est réelle : dans plusieurs affaires, une déclaration du Groupe de travail a accéléré des libérations.\n\n**Troisième levier : la saisine de la CEDH.** Si le pays détenteur est partie à la Convention européenne — ou si un État européen est impliqué dans la chaîne de décisions —, un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme reste possible. Des affaires impliquant des transferts de détenus avec la complicité de services européens ont déjà été examinées par la CEDH.\n\n**Quatrième levier : le référé-liberté.** Devant le Conseil d'État français, cette procédure d'urgence peut être engagée lorsque l'État français est impliqué. Elle a été utilisée dans des affaires de ressortissants français détenus dans des camps en Syrie, avec des résultats variables mais non négligeables.\n\nUn avocat compétent peut activer plusieurs de ces leviers simultanément. 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Sa famille, basée à Marseille, apprend son arrestation six semaines plus tard par un intermédiaire.\n\n**Si la famille consulte un avocat spécialisé dans les 60 jours :** le conseil peut immédiatement engager une démarche consulaire renforcée auprès du Quai d'Orsay, déposer une requête auprès du Groupe de travail ONU sur la détention arbitraire, et préparer un recours en habeas corpus devant la juridiction américaine compétente. Coût estimé pour les 6 premiers mois de procédure : entre 20 000 € et 35 000 €, incluant honoraires, traduction de documents juridiques (arabe, anglais) et frais de procédure.\n\n**Si la famille attend plus d'un an avant de consulter :** certains délais de prescription pour les recours administratifs nationaux commencent à courir dès l'arrestation. La procédure se rallonge de 18 à 36 mois supplémentaires. Des voies de recours se ferment définitivement. 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